Entrevue n°273 : Sylvain Couthier, lauréat du prix Entrepreneur social de l'année, remis par la Fondation Schwab et le Boston Consulting Group


Édition du 23 Janvier 2016

Entrevue n°273 : Sylvain Couthier, lauréat du prix Entrepreneur social de l'année, remis par la Fondation Schwab et le Boston Consulting Group


Édition du 23 Janvier 2016

Par Diane Bérard

«La croissance importe beaucoup à l'entrepreneur social, car elle augmente son impact» - Sylvain Couthier, lauréat du prix Entrepreneur social de l'année, remis par la Fondation Schwab et le Boston Consulting Group.

Sylvain Couthier a d'abord été joueur de rubgy professionnel. Depuis 1996, son équipe, c'est ATF Gaia, une entreprise de service informatique parisienne dont l'effectif est composé à 80 % de personnes handicapées. En 2008, Sylvain Couthier l'a transformée en entreprise sociale. Il a été nommé Entrepreneur social de l'année par la Fondation Schwab et le Boston Consulting Group. Je l'ai rencontré au Forum des nouveaux champions, à Dalian, en Chine.

Diane Bérard - ATF Gaia n'était pas une entreprise sociale à ses débuts...

SYLVAIN COUTHIER - En effet, l'entreprise a été lancée il y a 20 ans avec une préoccupation plutôt environnementale. ATF est une société de services informatiques. Nous gérons les appareils en fin de vie. Nous les rachetons et nous leur donnons une seconde vie en les remettant en état. Ces appareils sont ensuite revendus au complet ou en pièces détachées à des entreprises ou à des particuliers.

D.B. - Comment ATF Gaia est-elle devenue une entreprise sociale ?

S.C. - C'est le fruit du hasard et d'une volonté de gagner ma vie comme entrepreneur, mais pas à n'importe quel prix. À l'époque, mon associé, qui est aujourd'hui décédé, était en dialyse. Il recevait des traitements tous les jours. Et puis, mon père était handicapé. J'étais donc conscient des défis professionnels que vivent les personnes fragilisées. ATF se développait bien. La loi française de 2005 sur la gestion des déchets électroniques nous a donné un bon coup de pouce. La même année, la France a introduit le statut d'entreprise adaptée commerciale pour promouvoir l'emploi de personnes handicapées dans les entreprises classiques et non uniquement dans les ateliers protégés. L'un et l'autre m'ont incité à faire évoluer notre modèle économique pour adhérer à l'entrepreneuriat social. Notre mission, c'est l'emploi ou le retour en emploi des personnes handicapées.

D.B. - Votre personnel se compose à 80 % de personnes handicapées. Cela entraîne-t-il des surcoûts ?

S.C. - Oui, il y en a trois types : une part de 5 % résulte des équipements adaptés, 15 %, de l'encadrement supplémentaire requis, et 80 %, de l'absentéisme.

D.B. - Cela plombe-t-il vos résultats ?

S.C. - Pas vraiment, car nous bénéficions de subventions. Il faut savoir qu'en France, les entreprises de plus de 20 salariés doivent compter 6 % d'employés handicapés. Si ce n'est pas le cas, l'entreprise doit payer une contribution. Ou elle peut sous-traiter le travail chez une entreprise qui emploie des personnes avec des handicaps.

D.B. - Le fait d'être une entreprise sociale influe-t-il sur votre relation avec vos clients ?

S.C. - Je crois que oui. Notre mission sociale nous rend davantage partenaires avec eux. Et puis, soyons francs, nous contribuons à leur image et à leur action de RSE [responsabilité sociale d'entreprise]. D'ailleurs, nous fournissons un rapport de RSE à nos clients. Ils peuvent inclure les mandats qu'ils nous accordent dans la réduction de leur empreinte carbone, leur implication sociale, ainsi que leur gestion responsable des ressources naturelles. De grandes sociétés comme Total apprécient beaucoup notre service et sa contribution à leur RSE. Nous sommes au coeur d'un cercle vertueux.

D.B. - Vous avez déjà dit que l'entrepreneuriat social, ce n'est pas de la charité...

S.C. - Je suis avant tout un entrepreneur. Mais la place de l'humain et le sens de ma démarche importent aussi.

D.B. - Et quelle place la croissance occupe-t-elle ?

S.C. - La croissance importe pour tout entrepreneur. Elle compte encore plus pour l'entrepreneur social, parce que la croissance de mon entreprise signifie la croissance de mon impact social. Mais ce qui importe le plus, et qui assure la pérennité et la croissance d'ATF Gaia, c'est que nos clients nous choisissent d'abord pour notre performance professionnelle.

D.B. - Vous avez diversifié vos activités récemment. Racontez-nous.

S.C. - Depuis deux ans, nous ne nous cantonnons plus dans le recyclage et la remise en état des ordinateurs en fin de vie. Nous offrons aussi le service de maintenance ainsi que la préparation des machines neuves pour les employés. De plus, nous avons des techniciens qui offrent du soutien au téléphone.

D.B. - Qu'en est-il de vos projets de diversification géographique ?

S.C. - Nous voulons étendre notre modèle en France et peut-être dans les pays européens limitrophes. L'automne dernier, nous avons racheté une entreprise de Toulouse qui offre le même service que nous. Nous allons la transformer en entreprise sociale.

D.B. - La Fondation Schwab et le Boston Consulting Group vous ont choisi comme Entrepreneur social de l'année. Pourquoi ?

S.C. - Il fallait répondre à trois critères : avoir un impact social ; avoir un modèle d'entreprise pouvant être reproduit ; avoir un modèle économique qui ne dépende pas des subventions gouvernementales. L'aide de l'État ne compte que pour 5 % du chiffre d'affaires d'ATF Gaia ; le reste vient de nos revenus récurrents. Ce sont nos contrats qui assurent la pérennité de l'entreprise.

D.B. - On vous a récompensé, entre autres, pour votre aspect innovant. Expliquez-nous.

S.C. - Nous proposons de la formation aux futurs employés. Chaque année, nous donnons près de 700 heures de formation. Nous repérons les besoins futurs du marché et nous permettons à des personnes handicapées de les acquérir pour développer leur employabilité. Notre but consiste à sécuriser le parcours professionnel de nos employés en les professionnalisant. Nous avons également développé des partenariats pour améliorer la qualité de vie des personnes fragilisées : organisation de modes de transport, aide pour trouver des logements adaptés et facilitation de l'accès au crédit.

D.B. - Ce prix d'Entrepreneur social de l'année, en quoi consiste-t-il ?

S.C. - D'abord, c'est l'occasion de maximiser la visibilité de notre projet. Et puis, nous avons accès à un réseau formidable. Ainsi, nous avons été invités à participer au Forum économique mondial régional en Europe ainsi qu'au Forum économique des nouveaux champions, en septembre dernier, à Dalian, en Chine. Ce forum est organisé par Klaus Schwab, créateur de la Fondation Schwab qui remet ce prix. Ce forum réunit 1 500 personnalités du monde de la science, de la technologie, des affaires et de la politique. Enfin, ce prix nous donne accès à l'expertise de cinq consultants du Boston Consulting Group pendant six semaines. Ils vont nous aider à peaufiner notre stratégie et à définir les prochaines étapes de notre croissance.

D.B. - Parlons de vos employés. Plusieurs n'ont pas travaillé depuis de nombreuses années...

S.C. - En effet, certains n'ont pas travaillé depuis 5, voire 10 ans. Comme ils se trouvent éloignés du marché du travail, la société les réduit à leur statut de personnes handicapées. Et ils en arrivent à se définir ainsi eux-mêmes. En leur apprenant un métier, on les aide à se voir «capables» à nouveau. Ils retrouvent une fierté, une confiance en eux.

D.B. - À quoi mesurez-vous la réussite de la réinsertion de vos employés ?

S.C. - Je sais que nous avons réussi chaque fois qu'un de nos employés recommence à faire des projets de vie. Ils élaborent des plans de vacances. Ils songent à s'acheter une propriété. Ou bien ils amorcent une vie de couple.

Suivez Diane Bérard sur Twitter @diane_berard

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