Entrevue n°318: Daniel Ramot, cofondateur de l’application de transport collectif Via


Édition du 11 Mars 2017

Entrevue n°318: Daniel Ramot, cofondateur de l’application de transport collectif Via


Édition du 11 Mars 2017

Par Diane Bérard

Daniel Ramot, cofondateur de l’application de transport collectif Via

Depuis 2017, les Parisiens ont accès à une nouvelle offre de transport collectif. Aux heures de pointe, ils peuvent se déplacer pour cinq euros grâce à l'offre Plus de l'application LeCab. Derrière celle-ci se cache la start-up Via, démarrée par les Israéliens Daniel Ramot et Oren Shoval. Lancée en 2012, Via a recueilli 130 millions de dollars. Cette riposte à Uber se situe entre le taxi et le transport collectif traditionnel.

Diane Bérard - Vous avez un doctorat en neurosciences de Stanford. Quel est le lien avec le secteur des transports ?

Daniel Ramot - (Rires) Ma mère m'a posé la même question ! Elle m'a dit : «Quelle drôle d'idée ! Après toute cette éducation de haut niveau que tu as reçue...» J'ai toujours voulu être entrepreneur. Mon cofondateur, Oren Shoval, et moi sommes amis depuis 20 ans. Nous avons exploré toutes sortes d'idées d'entreprises. Il fallait simplement respecter deux critères : que notre idée ait un impact positif sur la société et qu'elle exige un développement technologique complexe. Le secteur du transport remplit ces deux conditions. Des déplacements fluides et accessibles facilitent la vie de milliers de citoyens. Et pour y arriver, il faut développer des algorithmes complexes.

D.B. - Vous visez la réingénierie du transport public. Quel vide souhaitez-vous combler ?

D.R. - La demande de transport collectif est dynamique, elle change constamment. À la fin d'un match au Madison Square Garden de New York, par exemple, la demande explose, puis retombe. Mais il n'y a pas que ces variations brusques. Il y a aussi les variations à moyen terme. Les populations se déplacent, le visage des quartiers évolue. Dans les deux cas, il n'est pas facile d'adapter l'offre régulière de transport collectif. Il faut s'en remettre à des compléments. L'application Via en fait partie.

D.B. - Via est inspirée des sheruts israéliens. De quoi s'agit-il ?

D.R. - Les sheruts sont des fourgonnettes qui parcourent les mêmes routes que les bus et portent le même numéro qu'eux. Vous les hélez à n'importe quelle étape du trajet. Pas besoin de vous trouver à un arrêt. S'il reste de la place, le chauffeur s'arrête et vous montez. Il vous en coûte le même prix qu'un trajet en bus, mais c'est plus rapide. Et vous pouvez descendre où vous le souhaitez. On trouve cette formule partout dans le monde. En Amérique du Sud, on les nomme colectivos, et en Thaïlande, tuk tuk. La formule israélienne nous est familière, à Oren et à moi, car nous sommes originaires de ce pays.

D.B. - Quelle est l'offre de Via ?

D.R. - Via est moins chère qu'un taxi. Et plus pratique que le bus, à un prix presque semblable. Vous téléchargez notre application. Vous inscrivez vos informations personnelles ainsi que votre numéro de carte de crédit. Lorsque vous avez besoin d'un transport, vous envoyez une demande par l'intermédiaire de l'application. Votre position nous est connue par géolocalisation. Nous vous demandons de vous rendre à un arrêt virtuel, qui ne se trouve jamais à plus de deux ou trois coins de rue de vous. Vous avez cinq minutes pour y être. Si l'offre vous convient, vous l'acceptez et vous vous rendez au lieu de rencontre. Le chauffeur vous attend une minute, pas plus. L'algorithme s'assure que le chauffeur ne fait aucun détour inutile pour les autres passagers se trouvant déjà dans le véhicule.

D.B. - Quelle est la différence entre Via et le service de Lyft ou d'Uber ?

D.R. - C'est très différent, car Lyft et Uber offrent du taxi individuel. Via est un service collectif. Depuis qu'Uber et Lyft proposent aussi un service de transport partagé, nos services se ressemblent davantage. Toutefois, nous ne pratiquons pas de politique de prix dynamique, comme le fait Uber. Nos prix sont fixes, peu importe les circonstances ou la demande.

D.B. - Sur les pieds de qui votre entreprise marche-t-elle ?

D.R. - Personne. Via vient simplement compléter l'offre de transport collectif. Parfois, le transport partagé convient. Parfois, il ne convient pas. Si vous avez un rendez-vous galant, vous souhaitez probablement être seuls dans le véhicule. Il en va de même si vous avez un appel important à effectuer pendant votre déplacement. Toutefois, si vous cherchez l'efficacité et un coût modéré, le service collectif convient tout à fait.

D.B. - Le transport collectif est un service public. Ne devrait-il pas être offert par l'État ?

D.R. - C'est une idée préconçue. Jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, le métro de New York, par exemple, était exploité par une société privée. Il faut repenser le transport public, surtout dans un contexte où les ressources des États diminuent. Une société privée peut très bien contribuer à l'offre de transport public.

D.B. - Le traitement des chauffeurs oeuvrant pour les plateformes de transport suscite la controverse. Comment vos chauffeurs sont-ils rémunérés ?

D.R. - Le recrutement et la rétention des chauffeurs font partie de nos enjeux majeurs. C'est ce qui freine notre croissance. Il est bien plus difficile de recruter des chauffeurs que de trouver des clients. C'est pourquoi nous accordons un soin particulier au traitement de nos chauffeurs. Nous les payons à l'heure et nous leur garantissons un minimum d'heures par semaine.

D.B. - Comment recrutez-vous des chauffeurs ?

D.R. - Plusieurs nous sont recommandés. Pour trouver les autres, nous faisons de la publicité. Nous nous affichons sur Craiglist, sur les panneaux, à l'arrière des autobus...

D.B. - En janvier 2017, vous avez annoncé un partenariat avec la SNCF pour vous implanter à Paris. C'est l'autre moitié de votre modèle de revenu. Expliquez-nous.

D.R. - Nous menons deux stratégies parallèles, chacune assortie de sa source de revenu. D'abord, nous exploitons notre plateforme, où les consommateurs accèdent à notre service directement. Leur trajet est facturé par leur carte de crédit. Nous partageons les revenus avec nos chauffeurs. Nous faisons aussi équipe avec un système de transport public, un organisme gouvernemental ou une société de transport privée à qui nous fournissons notre plateforme sous licence. C'est le cas de notre partenariat avec Keolis [une filiale à 70 % de la SNCF] et du service de transport privé de luxe LeCab. Désormais, les clients de LeCab ont accès à un service supplémentaire, l'offre Plus. C'est le service Via. Une offre à prix fixe, moins chère que le service régulier LeCab, puisque le chauffeur transporte plusieurs passagers.

D.B. - Quels sont vos principaux défis ?

D.R. - Il nous faut trouver l'équilibre entre nos deux services. La plateforme que nous exploitons directement nous permet de recueillir une foule de données, qui contribuent à améliorer l'efficacité de notre algorithme. Et, du coup, d'optimiser les trajets pour satisfaire les passagers davantage et permettre à nos chauffeurs d'effectuer plus de courses. Les licences que nous accordons nous évitent de nous casser la tête avec les exigences réglementaires étrangères. Nos partenaires locaux, eux, sont au courant de ces exigences.

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