De la mélamine pour faire pousser des tomates


Édition du 31 Janvier 2015

De la mélamine pour faire pousser des tomates


Édition du 31 Janvier 2015

Sylvain Miron, directeur général. À ses côtés, le propriétaire de la PME, Stéphane Bertrand. [Photo: Jérôme Lavallée]

Début janvier, un vent glacial souffle sur les plaines de Mirabel ; mais dès qu’on entre dans les Serres Stéphane Bertrand, une tout autre atmosphère nous attend. Sous les plafonds de verre, l’air est chaud et humide, nous rappelant immédiatement le doux climat des tropiques. Ici, l’été est désormais au rendez-vous douze mois par année, grâce à l’ajout d’un nouveau système de chauffage à la biomasse.

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Mais il ne s’agit pas d’une chaudière comme les autres. Comme combustible, elle utilise des copeaux de mélamine, produisant ainsi une énergie moins coûteuse que le gaz naturel et peu polluante pour chauffer l’ensemble des serres. La chaudière a été conçue par Construction Mario Daigle.

« Bien que ces résidus, provenant d’usines d’armoires de cuisine, contiennent du formaldéhyde, un produit toxique, un système de filtration perfectionné permet d’éliminer, à la sortie, la très grande majorité des particules polluantes », explique Sylvain Miron, directeur général de l’entreprise. Stéphane Bertrand, le propriétaire, s’approvisionne en biomasse auprès d’une entreprise qui lui appartient conjointement avec son père.

Tripler la surface de production

En marche depuis novembre dernier, cette chaudière, alimentée en résidus de bois par un ingénieux système automatisé, est la première étape d’un ambitieux plan d’agrandissement de l’entreprise.

D’ici septembre 2016, on fera plus que tripler la surface de production en serre, qui passera de 1,7 à 5,7 hectares. Les travaux de construction d’un nouveau complexe de serres de 2 ha sont en cours. La production devrait y débuter en mars. Une autre serre, de taille équivalente, accueillera des plants de tomates et de concombres à partir de septembre 2016. La nouvelle chaudière chauffera l’ensemble des serres.

Les nouvelles constructions intégreront plusieurs composants éconergétiques, comme l’installation d’écrans thermiques au plafond, pour diminuer les pertes de chaleur pendant la nuit, de murets isolés à la base de toutes les serres et de murs en polycarbonate, un matériau plus isolant que le verre.

La biomasse, une ressource abondante

Avec l’utilisation de la biomasse plutôt que le gaz naturel pour le chauffage, ces mesures engendreront une diminution des gaz à effet de serre correspondant au retrait annuel de 2 400 voitures de la route.

« Qui plus est, la biomasse est une matière extrêmement abondante au Québec. On prévoit que son prix suivra le rythme de l’inflation au cours des vingt prochaines années », dit Jean Gobeil, ingénieur forestier chez Gobeil Dion & associés, une entreprise spécialisée en implantation de système à la biomasse, qui a conseillé ce producteur agricole.

Avec les coûts d’opération, on estime que la biomasse résiduelle coûte 1,8 sous pour le kilowattheure thermique, contre 5,1 sous pour le gaz naturel. Ceci représente une économie en frais énergétique de 60 %.

Ce projet d’expansion constitue un investissement de 14 millions de dollars, pour lequel le propriétaire Stéphane Bertrand a obtenu une aide gouvernementale de 3,9 M$ par l’intermédiaire du Fonds vert. L’entreprise produit principalement des tomates roses, un fruit plus sucré et moins acide que les tomates rouges. « La production de ce cultivar très capricieux nous distingue de la concurrence », dit Sylvain Miron.

Même si elles ne sont pas certifiées biologiques, les tomates roses de Stéphane Bertrand sont produites, dit-on, avec un minimum d’impacts environnementaux. Par exemple, plutôt que d’utiliser des pesticides pour éliminer un insecte nuisible, on introduit un autre insecte pour contrôler sa prolifération, selon les principes de la lutte intégrée. « Autre point vert : notre culture en serre permet de réutiliser jusqu’à trois fois l’eau d’arrosage », explique Sylvain Miron.

Ces tomates de serre sont écoulées dans les supermarchés de la province. Actuellement, on estime que 20 % des tomates vendues au Québec sont produites localement. Le reste proviendrait de l’Ontario et du Mexique. « On est très loin de l’autosuffisance », affirme Sylvain Miron. Les Serres Stéphane Bertrand emploient 35 employés en haute saison, nombre qui passera à une cinquantaine quand toutes les nouvelles serres entreront en production.

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