Facebook: devra-t-on rendre obligatoire le port du voile?

Publié le 27/09/2011 à 07:00, mis à jour le 30/09/2011 à 14:53

Facebook: devra-t-on rendre obligatoire le port du voile?

Publié le 27/09/2011 à 07:00, mis à jour le 30/09/2011 à 14:53

Par Dominique Froment

[Photo : Bloomberg]

Pendant que les pays occidentaux jonglent avec la délicate question du voile islamique, Bertrand Salvas se demande si on ne devra pas le rendre obligatoire pour protéger la vie privée.

Blague à part, le notaire spécialisé en droit des technologies estime que la nouvelle fonction adoptée par Facebook est la plus inquiétante pour la vie privée qu’il n’ait jamais vue.

Il s’agit de la reconnaissance faciale, une version beaucoup plus évoluée que le portrait-robot utilisée par la police. Dans certaines villes, des secteurs chauds sont surveillés par des caméras. Rien de bien nouveau. Mais dans certains cas, ces caméras sont reliées à un système de reconnaissance faciale. Les photographies des fauteurs de troubles ayant été numérisées, lorsque l’un d’eux apparaît dans le champ de vision d’une caméra, le système en avertit immédiatement les policiers de garde.

«Si on dissèque la vie des gens à la seconde près, on va pouvoir trouver de tout, craint aussi l’avocat Michel A. Solis, de Solis Juritech. Je peux très bien me retrouver sur une photo d'une violente manifestation d'une cause que je n'épouse pas du tout, alors que je ne faisais que me rendre à mon bureau. Quelqu'un prend la photo, l'affiche, Facebook me reconnaît et me voilà associé à une cause contre mon gré."

Tant que ce système de reconnaissance faciale était réservé aux policiers, on pouvait vivre avec. Mais voilà que Facebook l’a adopté cet été. «En plus, ça s’est fait par la porte arrière, comme d’habitude chez Facebook», lance M. Salvas. Cette nouveauté se présente par la fonction permettant aux usagers d’identifier des personnes sur les photos qu’elles ajoutent à leur profil.

Sous prétexte de faciliter cette tâche supposément fastidieuse, Facebook propose la fonction « tag suggestion » qui, lors du téléchargement d’une photo, suggère des profils d’usagers pour identifier les gens qui y apparaissent d’après l’analyse de leurs « signatures faciales ».

«Facebook pousse le cynisme jusqu’à mettre des millions d’abonnés à contribution pour constituer une base de données inquiétante sur eux, affirme M. Salvas. Ainsi, plus nos amis nous identifient, plus Facebook pourra nous reconnaître.»

Et bien entendu, selon son habitude, ces fonctions s’appliquent par défaut à tous les comptes, à moins de s’y soustraire. Et même là, seule la fonction présentant votre profil comme choix à un usager qui télécharge une photo contenant ??? sur son profil est désactivée. Autrement dit, Facebook continuera quand même d’identifier toutes les personnes se trouvant sur les photos reçues et d’accumuler ces informations pour référence future.

«Quand on pense que deux cents millions d’images s’ajoutent chaque jour à la masse documentaire de Facebook, déjà évaluée à 100 milliards de photos, le potentiel d’abus apparaît dans toute son horreur», estime M. Salvas.

«Si Facebook permet la reconnaissance faciale, poursuit M. Solis, si une recherche peut être effectuée et si la seule fonctionnalité qu'on peut désactiver est le lien avec la page personnelle de la personne sur la photo, toute personne appelée à recevoir une telle photo, qu'il soit juge, assureur ou journaliste, devra le faire avec circonspection, car la photo pourra venir de n'importe qui, dans n'importe quelles circonstances, aura pu être modifiée, etc.»

Par ailleurs, M. Solis s’inquiète de ce que les tribunaux québécois tendent à accueillir la preuve électronique à bras ouverts. «Ils pourraient être un peu plus sélectifs, car trop souvent ils ne se préoccupent pas de comment la preuve en question a été obtenue. Par exemple, l'assureur ayant démontré, par une photo de la page Facebook de l'assuré, que celui-ci n'était pas si malade qu'il le disait, s'est-il fait passer pour quelqu'un d'autre pour accéder à la page et à la photo ?»

 

 


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