Huit repères pour dénicher les meilleures entreprises

Publié le 28/04/2009 à 00:00

Huit repères pour dénicher les meilleures entreprises

Publié le 28/04/2009 à 00:00

Par Dominique Beauchamp

Il pourra ainsi soumettre les entreprises qui l'intéressent à une série de tests. " Pour tout investisseur, la partie est à moitié gagnée quand on évite les pires erreurs ", dit André Chabot, de Triasima.

François Rochon, président de Giverny Capital, propose une démarche en trois volets. Après avoir établi une liste d'entreprises qu'il admire et qui ont passé l'épreuve du temps, l'investisseur devrait repérer les plus performantes à l'aide de ratios de rentabilité et de rendement.

Ensuite, l'investisseur peut s'attarder au bilan pour s'assurer que le fardeau de la dette ne nuit pas à la capacité de l'entreprise de créer de la valeur pour ses actionnaires.

Enfin, l'investisseur devrait se pencher sur les mesures d'évaluation boursière afin d'établir si le titre de l'entreprise offre un rapport qualité-prix suffisant pour en faire un bon placement.

Pour mener à bien cette démarche, nous vous présentons huit repères essentiels pour établir le bulletin de santé financière d'une entreprise.

Premier volet : établir la rentabilité

Plus une entreprise est rentable et, surtout, plus sa rentabilité est constante au fil des ans, meilleures sont les chances qu'elle enrichisse ses actionnaires à long terme, explique François Rochon, président de Giverny Capital.

Trois repères essentiels mesurent la rentabilité. Dans tous les cas, il est préférable d'étudier leur tendance sur plusieurs années afin de s'assurer qu'un rendement élevé n'est pas que le produit d'une année exceptionnelle.

1 Marge bénéficiaire d'exploitation

La marge bénéficiaire d'exploitation évalue l'efficacité d'une entreprise à gérer ses ressources. Elle mesure le pourcentage du chiffre d'affaires que conserve l'entreprise après avoir réglé ses frais d'exploitation, précise Alain Chung, vice-président exécutif de Claret.

Par exemple, pour l'épicier Loblaw, on divise le bénéfice avant intérêts et impôts de 1 milliard de dollars (G$) affiché en 2008 par les revenus totaux de 30,8 G$. On obtient ainsi une marge d'exploitation de 3,4 % .

Pour que cet exercice ait un sens, il faut comparer des entreprises d'un même secteur d'activité, puisque le coût d'achat des marchandises vendues varie selon le secteur.

Ainsi, l'épicier Metro dégage une marge d'exploitation de 4,4 %, car il doit acheter toutes les denrées qu'il revend aux consommateurs, tandis que le fournisseur de logiciels de gestion Open Text affiche une marge trois fois plus élevée, à 13,8 %, puisque ses coûts se composent surtout des salaires des employés qui conçoivent les logiciels.

2 Rendement de l'avoir

Selon M. Rochon, le rendement de l'avoir des actionnaires est le meilleur indicateur de création de richesse d'une entreprise à long terme. Il mesure le rendement que l'entreprise génère sur les capitaux que lui ont confiés les actionnaires.

Ce rendement se calcule en divisant le bénéfice net figurant aux états financiers par l'avoir des actionnaires, donnée qu'on trouve au bilan. L'avoir inclut le total cumulatif des bénéfices qu'une société a réalisés au fil des ans, après le paiement de toutes ses dépenses et le versement des dividendes.

C'est avec ses bénéfices qu'une entreprise peut financer son expansion et donc la croissance future de ses bénéfices, tout en redonnant du capital aux actionnaires en leur versant un dividende ou en rachetant ses actions.

Si deux entreprises affichent un rendement de 20 %, par exemple, il faut analyser comment il a été obtenu, dit M. Rochon. Les entreprises qui empruntent beaucoup affichent souvent un rendement élevé, à cause de l'effet de levier.

" C'est un ratio simple qui parle beaucoup. Une société qui affiche un rendement élevé et stable au fil des ans a de bonnes chances de s'apprécier, car sa valeur comptable augmentera et elle aura aussi les moyens de verser un dividende ", dit André Chabot, fondateur de Gestion de portefeuille Triasima.

Ainsi, le Groupe BMTC, un détaillant québécois de meubles souvent cité pour la gestion rigoureuse de son capital et sa rentabilité élevée, dégage un rendement de l'avoir de 25 %.

Actuellement, l'évaluation boursière des banques et des assureurs baisse parce que leur rendement de l'avoir glisse vers 12 à 15 %, alors qu'il dépassait 20 % au sommet de leur rentabilité en 2007, souligne Steve Bélisle, analyste pour Investissements Standard Life.

3 Le rendement du capital

Le rendement du capital investi constitue un baromètre encore plus complet de l'efficacité de l'entreprise à dégager un bénéfice avec le capital que lui ont confié tous ses bailleurs de fonds, les actionnaires et les créanciers.

Certains financiers préfèrent ce ratio, car le capital qui entre dans son calcul est moins exposé que le rendement de l'avoir des actionnaires aux distorsions que peuvent causer les radiations d'actif des entreprises.

Il se calcule en divisant le bénéfice net après impôts par la somme de l'avoir des actionnaires et de la dette totale. Si une entreprise dégage un rendement de 30 %, cela signifie que, sur chaque dollar investi dans ses activités, elle tire un bénéfice de 30 cents.

Peu d'entreprises sont capables de dégager un rendement du capital supérieur à 10 % année après année. Mais ce sont les plus susceptibles de s'apprécier à long terme en Bourse.

Par exemple, le rendement du capital du producteur de jus Industries Lassonde est passé de 10 %, en 2006, à 15,7 % en 2008.

Deuxième volet : mieux comprendre les risques liés au bilan

Un endettement élevé peut gonfler le rendement d'une entreprise en période de prospérité, mais ce fardeau peut rapidement miner sa valeur lorsque l'économie et les conditions du crédit se détériorent.

" Ce sont les créanciers, et non les actionnaires, qui mettent la main sur les actifs d'une entreprise quand elle est trop endettée et ne peut plus faire face à ses engagements financiers ", dit Alain Chung, de Claret.

Pour se donner une marge de manoeuvre, l'investisseur doit payer moins cher les actions des entreprises plus endettées que leurs semblables et carrément éviter les plus endettées.

4 Ratio dette totale-BAIIA

Le ratio qui compare la dette totale d'une entreprise à son bénéfice avant intérêts, impôts et amortissement (BAIIA) indique rapidement sa capacité de rembourser ses dettes, dit Marc L'Écuyer, gestionnaire chez Cote 100.

Ainsi, le câblodistributeur et fournisseur de services sans fil Rogers Communications affichait une dette de 8 G$ en 2008 et un BAIIA de 1,8 G$, soit un ratio de 2,2.

Autrement dit, Rogers pourrait rembourser sa dette en un peu plus de deux ans, si elle y consacrait toutes ses ressources financières. En revanche, il faudrait presque quatre ans à sa rivale Quebecor pour rembourser sa dette de 4,9 G$, et plus de six ans à CanWest Global, qui tente actuellement d'éviter la faillite.

De façon générale, André Chabot, de Triasima, devient plus vigilant lorsque ce ratio dépasse 2,5. C'est d'ailleurs souvent à ce seuil que les banquiers commencent à resserrer les conditions de crédit des entreprises.

5 Ratio dette totale-capital total

Ce ratio dresse un portrait plus global que le précédent du bilan d'une entreprise. Il se calcule en divisant la dette totale par la somme de la dette et de l'avoir des actionnaires.

Il est utile pour autant qu'on compare des entreprises d'une même industrie, dit Steve Bélisle, d'Investissements Standard Life.

Un fournisseur d'électricité réglementé peut emprunter davantage qu'un détaillant parce que ses éléments d'actif ont une longue durée de vie et lui procurent des flux de trésorerie réguliers. De plus, il adapte ses tarifs en fonction de tous ses coûts, dont les frais d'intérêts.

Ainsi, la dette totale de Fortis, un fournisseur d'électricité des Maritimes, représente 64 % de son capital total, alors que ce ratio n'est que de 25 % pour le détaillant de la déco-rénovation Rona, précise M. Bélisle.

Troisième volet : l'évaluation boursière, pour acheter à bon prix

Les experts sont unanimes. Une bonne entreprise n'est pas toujours un bon placement. Le prix auquel on paie l'action fait souvent toute la différence.

6 Ratio cours-bénéfice

Le fameux ratio cours-bénéfice représente la valeur accordée à chaque dollar de bénéfice généré par l'entreprise.

" Un titre qui s'échange à 10 fois le bénéfice par action signifie que si l'investisseur place 1 000 $, il recevra 100 $ en bénéfice ", illustre Marc L'Écuyer, gestionnaire chez Cote 100.

Ce ratio se trouve sur tous les sites financiers. Pour le calculer, on divise le cours du titre par le bénéfice par action réalisé ou prévu.

Par exemple, le cours de l'épicier Metro s'établit actuellement à 37,51 $ et son bénéfice par action des 12 derniers mois, à 2,71 $. Cela donne un ratio cours-bénéfice de 13,8.

De façon générale, les entreprises dont la croissance du bénéfice est supérieure à celle de ses semblables se négocient à un ratio cours-bénéfice plus élevé. Le ratio cours-bénéfice traduit les attentes de croissance pour les prochaines années.

Les entreprises peu endettées et celles qui affichent des rendements de l'avoir et du capital investi supérieurs à la moyenne ou à leur industrie obtiennent aussi des évaluations plus élevées.

Ainsi, le titre du pharmacien Shoppers Drug Mart s'échange à 15 fois le bénéfice par action, alors que celui du détaillant Rona s'échange à 10 fois le sien parce que la croissance des bénéfices de Shoppers a été plus régulière que celle de Rona. De plus, Shoppers a dégagé un rendement de l'avoir de plus de 17 % en 2009, alors que celui de Rona a été de 11 %.

Il peut être tentant de chercher les ratios cours-bénéfice les plus bas, mais ces entreprises sont parfois de fausses aubaines, car leur cours reflète une dette élevée ou un bénéfice décroissant.

Il faut surtout éviter d'acheter un titre dont le ratio cours-bénéfice est élevé, car il pourra difficilement s'apprécier si son cours tient déjà compte des bons coups de l'entreprise.

À leur sommet de la fin des années 1990, les titres de Microsoft et de Pfizer s'échangeaient à des ratios farfelus qui ont atteint jusqu'à 50 fois le bénéfice. Les investisseurs qui ont acheté ces titres à un tel ratio ont été doublement pénalisés quand la croissance du bénéfice a ralenti en même temps que le ratio cours-bénéfice chutait.

Plus près de nous, la vedette techno Research In Motion s'échangeait à 60 fois le bénéfice en juin 2008, un ratio excessif qui a fait plonger le cours lorsque la crise du crédit s'est muée en une grave récession. Ce ratio n'est plus que de 15.

7 Ratio cours-valeur comptable

Ce ratio divise le cours par la valeur comptable par action. Cette dernière se calcule en divisant l'avoir des actionnaires au bilan par le nombre d'actions en circulation. Un ratio cours-valeur comptable supérieur à 1 signifie que le cours est plus élevé que la valeur de liquidation de l'entreprise ou les capitaux propres attribuables aux actionnaires ordinaires.

Ce ratio doit attirer notre attention quand il déborde de la fourchette habituelle pour le secteur d'activité de l'entreprise.

" Il faut se poser des questions si le ratio est très faible, car c'est un signe que le marché a perdu confiance dans la valeur de l'entreprise. Par contre, quand il est trop élevé, cela dénote que les investisseurs surévaluent l'entreprise ", dit Alain Chung.

Ainsi, les banques canadiennes valaient trois fois leur valeur comptable en 2007, alors que leur rendement de l'avoir des actionnaires atteignait 25 %. Ce ratio élevé indiquait que les investisseurs surestimaient la probabilité que les banques maintiennent leur rentabilité à des niveaux records, explique Steve Bélisle.

8 Ratio valeur de l'entreprise-BAIIA

On obtient ce ratio en divisant la somme de la valeur boursière et des dettes par le bénéfice avant intérêts, impôts et amortissement (BAIIA).

Il donne une évaluation plus complète de l'entreprise. D'ailleurs, ce ratio sert souvent de mesure pour les acquisitions, puisqu'il inclut la dette que l'acquéreur prend en charge.

Une société ayant une valeur boursière de 600 millions de dollars (M$) et une dette de 400 M$, a une valeur d'entreprise de 1 G$. Si son BAIIA est de 140 M$, le ratio valeur de l'entreprise-BAIIA s'établit à 7,1.

Plus ce ratio est bas, plus l'action de l'entreprise est attrayante par rapport au rendement financier que dégage son exploitation. Un ratio supérieur à 10 est élevé, alors qu'un ratio inférieur à 5 est faible, souligne André Chabot.

Ce ratio permet également d'évaluer des entreprises sur la même base. Le BAIIA fait abstraction des intérêts, des impôts et de l'amortissement des actifs, qui varient beaucoup selon la nature des activités des entreprises. En outre, le BAIIA est une donnée plus stable que le bénéfice net qui, lui, peut être modifié en raison de l'évolution des pratiques comptables des entreprises, précise Stephen Gauthier, stratège chez Demers Valeurs mobilières.

L'amortissement n'est pas une dépense qui exige une sortie d'argent, si bien que le BAIIA reflète mieux les fonds que génère l'exploitation de l'entreprise.

On peut aussi calculer ce ratio à l'envers pour obtenir le rendement financier que procure l'entreprise. " Si j'achète l'action d'une société dont la valeur d'entreprise est de 1 milliard et qui dégage un BAIIA de 140 millions, la division de ces 140 millions par 1 milliard donne un rendement financier de 14 %. J'ai alors fait une bonne transaction ", explique M. Chung.

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