Le test de la «boule»


Édition du 20 Février 2016

Le test de la «boule»


Édition du 20 Février 2016

Je me méfie des questionnaires qui orientent vos choix de placements en tentant de déterminer votre tolérance au «risque», risque que je définirai ici comme l'incertitude ou le doute quant à ce qu'il adviendra de votre argent. Ils ne sont pas inutiles, mais ils ne sont pas une panacée non plus.

Cela dit, dans le passé, lorsque je donnais des présentations sur des produits de placement, je m'apercevais bien que la capacité à prendre des risques n'avait rien à voir avec l'âge du client, ses responsabilités familiales ou la taille de son portefeuille. J'ai pu constater que des individus qui avaient une situation personnelle semblable faisaient des choix très différents.

Autrement dit, il n'y a pas une proportion arrêtée qui soit universelle entre des titres à revenu fixe et des actions pour un individu de 40 ans avec deux enfants, un salaire annuel de 80 000 $, un portefeuille de 150 000 $, et une retraite prévue à 65 ans.

Selon moi, la tolérance au «risque» est davantage un trait de personnalité qu'une question liée à la situation personnelle. Si des questionnaires permettent de mieux cerner cette personnalité, ils sont en théorie utiles.

Or, à cet égard, trois chercheurs invitent les investisseurs à la prudence quant aux résultats qu'ils obtiennent. «Les questionnaires types administrés par les conseillers financiers pour déterminer la tolérance au risque financier contiennent surtout des stéréotypes de personnes, ils emploient des méthodes de pointage apparemment non scientifiques et traitent souvent le risque comme un concept unidimensionnel. La valeur des profils de risque qu'ils génèrent est discutable, puisque les questionnaires qui les produisent diffèrent d'une institution à l'autre et ne fournissent pas un profil constant du même client ; par conséquent, celui-ci peut recevoir des recommandations différentes de conseillers, dépendamment du questionnaire utilisé. Cette incohérence est susceptible d'exposer un investisseur à un risque inutile.»1

Surestimer la tolérance au risque

L'investisseur autonome a accès en ligne à nombre de ces questionnaires concoctés par diverses institutions pour soutenir la vente de leurs produits. Il peut aussi se rabattre sur un questionnaire mis au point par deux autres chercheurs dans un article universitaire dont une traduction est disponible sur le site de l'Institut québécois de planification financière2. Il comporte seulement 13 questions à choix multiples.

J'aimerais cependant y ajouter d'autres indicateurs fondés sur mon expérience. Au fil des ans, j'ai observé que la plupart des investisseurs surestimaient, souvent de beaucoup, leur tolérance à l'incertitude et leur capacité à encaisser des pertes. Même ceux dont le profil de risque obtenu au moyen de ce genre de questionnaires laissait présager le contraire.

C'est un peu comme dans l'armée. On a beau s'entraîner, rien n'est comparable à l'horreur d'un vrai champ de bataille. De la même manière, rien ne vaut un bon marché baissier pour jauger votre véritable tolérance au risque : c'est en quelque sorte un baptême du feu. Or, pour rester dans les références chrétiennes, beaucoup sont appelés, mais peu sont élus.

C'est ce que j'appelle le test de la «boule». La boule dans l'estomac, bien sûr, qui est une manifestation d'angoisse devant la perte, peut-être permanente, de votre argent si durement gagné. Il y a dans cette boule une richesse d'enseignement qui vaut 100 questionnaires : c'est un des moments où l'on veut perdre la boule...

C'est pourquoi, selon moi, vous ne devriez jamais détenir une proportion en actions qui menace votre quiétude. Vous seul pouvez déterminer cette proportion, et rarement du premier coup. Une ordonnance d'anxiolytiques ne devrait pas être requise pour vivre avec un portefeuille.

Ce que je suis prêt à perdre sans mettre en danger mon avenir

Une deuxième interrogation pour vous aider à déterminer la proportion en actions : quelle portion de mon portefeuille pourrais-je perdre de façon permanente sans que cela mette en danger mon avenir ?

Ici encore, je préfère jouer de prudence : à mon avis, vous ne devriez jamais détenir une proportion en actions qui menacerait votre sécurité financière, s'il advenait un événement rare et imprévisible, mais qui, s'il se réalisait, aurait des conséquences dévastatrices pour vous.

Il est possible, pour certains membres de régimes de retraite à prestations déterminées aux conditions avantageuses, de détenir une proportion en actions plus élevée. Les pertes permanentes de capital en actions sont alors moins dures à encaisser.

C'est parce que ces considérations sont très personnelles que vous ne verrez pas dans cette chronique de recommandations quant à la pondération d'un portefeuille.

1 W.W. Cooper, Angela T. Kingyens, Joseph C. Paradi, « Two-stage financial risk tolerance assessment using data envelopment analysis », European Journal of Operational Research 233 (2014), page 273

2 J.E. Grable et R. H. Lyton, « Financial Risk Tolerance Revisited : The Development of a Risk Assessment Instrument », (1999) 8 Financial Services Review, page 163. Test traduit : www.iqpf.org/userfiles/File/outils/quest- tolerance-risque-IQPF.pdf

À la une

Nombre record de femmes élues à l'Assemblée nationale

Il y a 30 minutes | La Presse Canadienne

Des 125 députés qui composeront la nouvelle Assemblée nationale du Québec, on en comptera désormais 58 de sexe féminin.

ESG: le facteur E a-t-il encore sa place?

Il y a 14 minutes | Louise Champoux-Paillé

BLOGUE INVITÉ. Le facteur E est sûrement celui qui possède la plus grande notoriété de la triade.

Nouveau revirement d'Elon Musk, qui propose à nouveau de racheter Twitter

13:34 | AFP

La cotation de l’action Twitter a été suspendue mardi à la Bourse de New York «en attendant des informations».