Aluminium: «Les tarifs américains font plus de mal aux États-Unis qu’au Canada»

Offert par Les Affaires


Édition du 20 Octobre 2018

Aluminium: «Les tarifs américains font plus de mal aux États-Unis qu’au Canada»

Offert par Les Affaires


Édition du 20 Octobre 2018

Jean Simard, président et chef de la direction de l’Association de l’aluminium du Canada (AAC)

Entrevue avec Jean Simard, le président et chef de la direction de l’Association de l’aluminium du Canada (AAC) qui représente les trois producteurs d’aluminium Alcoa, Alouette et Rio Tinto.

Les Affaires : Quelle est votre réaction à la conclusion du nouvel Accord États-Unis Mexique Canada (AÉUMC), qui n’a finalement pas entraîné la suppression des tarifs sur les importations d’aluminium canadiens ?

Jean Simard : Globalement, nous sommes réconfortés que les trois pays aient réussi à s’entendre sur un nouvel accord. Cela enlève un voile d’incertitude qui freinait beaucoup les processus décisionnels dans les grandes industries comme la nôtre. 

Nous sommes évidemment déçus que cette question des tarifs n’ait pas été réglée même si nous ne sommes pas si étonnés que cela. Le jeu des négociations est fort complexe et extraire la discussion sur les tarifs a peut-être contribué à l’aboutissement d’une entente. Mais il y a encore une fenêtre d’opportunité qu’il faut saisir.

L.A. : Laquelle ?

J.S. : Pour nous, cette période, entre le moment formel de l’entente et sa signature, est stratégique pour continuer à négocier. Il faut utiliser ce momentum qui s’est développé pour poursuivre les discussions.

L.A. : Comment expliquez-vous cette attitude agressive des États-Unis ?

J.S. : Officiellement, le raisonnement est que les secteurs de l’acier et de l’aluminium sont menacés au point où la sécurité nationale des États-Unis est remise en question.

Il faut voir qu’au fil des ans, on assiste à une érosion du tissu industriel américain, plus spécifiquement dans l’acier, mais plus récemment dans l’aluminium. Plusieurs alumineries ont fermé ces dernières années, en réaction directe à l’effondrement du prix de l’aluminium dans le monde. En 2008, avec la crise mondiale, le prix est en effet passé de 3 000 $ la tonne à 1 200 $, et est resté bas depuis.

Ce qu’il faut voir, c’est que pendant ce temps, la Chine a accru sa capacité de production de manière sans précédente dans l’histoire. De 11 % de la production mondiale il y a 15 ans, elle est passée à 55 % aujourd’hui ! Ce qui a eu pour effet d’exercer une pression à la baisse sur les prix.

Avec 40 ans de moyenne d’âge (contre 25 ans au Canada), les usines américaines sont les plus anciennes au monde et il n’y a pas eu d’investissement pour les moderniser, comme nous l’avons fait au Canada. Ajoutez à cela un dollar américain fort, vous avez des usines qui ne sont plus assez performantes et donc obligées de fermer.

L.A. : À vous entendre, les États-Unis se tromperaient donc de cible ?

J.S. : Le fond du problème en effet, c’est la surcapacité chinoise. Les Américains ont initié une série de démarches à l’égard de la Chine pour contenir ce problème, appuyé d’ailleurs par le Canada. Mon association et son équivalence aux États-Unis amènent ce dossier au sein des discussions du G7 ou du G20.

Mais après, il ne faut pas nier le volet politique : le Président Trump a pris des engagements pendant sa campagne pour ramener des emplois dans le tissu industriel lourd des États-Unis. Il ne faut pas non plus nier l’opportunisme qu’il y a derrière. On retrouve dans l’entourage du Président Trump beaucoup de gérants de l’industrie de l’acier. Cela nous a pris du temps à comprendre, mais il nous est devenu évident qu’une compagnie américaine, Century Aluminium, détenue par le suisse Glencore, a aussi eu un rôle en coulisse, comme le démontre Bloomberg dans un reportage récent.

L.A. : Quels sont vos arguments pour essayer d’inverser la donne ?

J.S. : Déjà, le Canada fait partie des pays qui soutiennent les États-Unis sur l’enjeu chinois. À cela, il faut ajouter que nous sommes le plus grand fournisseur d’aluminium des Américains depuis toujours et de très loin.

Et qu’aujourd’hui, les exportations ne diminuent pas malgré les tarifs. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : l’an dernier, les États-Unis ont produit 700 000 tonnes d’aluminium pour une consommation de... 5,5 millions ! Jamais ils ne vont pouvoir combler cet écart de production, ce ne serait pas rentable. La logique de marché indique qu’il y a une voie de passage.

D’ailleurs, les conséquences sont plus grandes du côté américain. Nous avons 8 000 emplois à plein temps au Canada dans l’aluminium primaire qui nourrissent 160 000 emplois aux États-Unis dans la transformation. Les tarifs américains font plus de mal aux États-Unis qu’au Canada !

L.A. Vous ne voyez pas d’impact immédiat des tarifs ici ?

J.S. : Le Canada fait partie d’une chaîne de valeur totalement intégrée. Nous produisons des produits à valeur ajoutée pour des secteurs de niche où les contrats se signent un an à l’avance. Les commandes sont donc déjà passées. Il faut par exemple 9 mois pour certifier une usine pour travailler avec Ford ou GM.

Le risque pour nous est donc plus sur le moyen terme, avec l’impossibilité pour certains d’absorber le surcoût de 10 % sur les marges bénéficiaires.

Au niveau de la transformation, les aides gouvernementales couvrent à peu près tous les facteurs de risque. Il sera important de les garder si la crise dure plus longtemps.

L.A. : Quel est votre sentiment sur les mois à venir ?

J.S. : Je suis prudemment optimiste. La politique est tellement volatile du côté américain. Les élections de mi-mandat vont être un indicateur très important. 

Il faut bien voir que nous avons un écosystème complet, grâce notamment à la force de l’hydro-électricité, très solide et très compétitif, avec une productivité à la tonne parmi les meilleures au monde. Depuis 2008, nous nous sommes repositionnés dans les produits à valeur ajoutée, ce qui a été une stratégie gagnante.

Notre grande difficulté, c’est le coût de construction d’une usine, qui nous empêche de faire des expansions. En conséquence, et comme nous sommes à plein régime, si je veux me diversifier géographiquement, en Europe par exemple, je dois mettre fin à un client. C’est une grosse décision stratégique.

— Propos recueillis par Kévin Deniau

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