Faire des affaires dans le Nord, ça coûte cher

Publié le 11/02/2012 à 00:00, mis à jour le 09/02/2012 à 15:58

Faire des affaires dans le Nord, ça coûte cher

Publié le 11/02/2012 à 00:00, mis à jour le 09/02/2012 à 15:58

Par Suzanne Dansereau

Mine Raglan [Photo : Xstrata NICKEL]

Retards, coûts plus élevés, voire prohibitifs, rareté de produits essentiels, absence d'infrastructures : quiconque veut faire des affaires au Nunavik doit composer avec les contraintes dues à l'éloignement.

Au Nunavik, l'expression «région éloignée» prend tout son sens. Sur ce territoire de 500 000 km2 qui compose le triangle septentrional du Québec - et représente 36 % de sa superficie -, il n'y a pas de routes carrossables. La région n'est accessible que par avion ou par bateau, et par ce dernier moyen de transport, qu'entre juin et octobre. Le reste de l'année, tout est gelé et rien ne pousse.

Faire venir 2 500 $ de produits alimentaires de Montréal coûtait l'an dernier 1 800 $ en frais additionnels de transport par avion au propriétaire de Kuujjuaq Pizza, avant qu'il ne devienne bénéficiaire d'un programme fédéral.

Par bateau, il faut compter des délais allant de trois semaines à deux mois avant de recevoir la marchandise. «Tout est fonction de la disponibilité des places», explique Pascal Nadeau, ingénieur et directeur des services pour la firme de construction Laval Fortin Adams.

Même le transport par avion peut avoir des ratés : le jour de mon vol, le 737 de First Air qui devait me prendre à Montréal et me mener directement à Kuujjuaq a dû se rendre plus au nord, à Iqualuit, au Nunavut, à cause d'un pépin avec le camion devant livrer de l'essence à l'avion à Kuujjuaq. Résultat : quatre heures de retard sur l'horaire prévu.

Kuujjuaq n'a que deux petits hôtels deux étoiles : hors de question d'y débarquer sans prévenir lors d'une visite de fonctionnaires ou de représentants de minières, ou encore au moment d'audiences publiques...

Un conseil de Jean-François Arteau, adjoint du président de la société Makivik : «Dans la gestion de l'approvisionnement, il faut souvent commander plus que nécessaire et prévoir la construction d'entrepôts.»

Conclusion : une planification serrée s'impose. «Mieux vaut ne pas oublier une boîte de clous dans le trajet par bateau, car elle va vous coûter 6 $ le kilo par avion», lance Pascal Nadeau.

Électricité et chauffage

Dans le Grand Nord, le coût de l'électricité s'élève en moyenne à 50 cents du kilowatt-heure, contre 3 cents pour l'hydroélectricité, parce qu'en l'absence de branchement au réseau d'Hydro-Québec, on s'alimente au pétrole qu'on doit faire venir du sud. À ce prix-là, vous comprendrez pourquoi Kuujjuaq n'a pas de boulangerie.

Dans l'espoir de réduire de 30 % sa dépendance au diesel, la minière Xstrata Nickel envisage d'aménager un parc d'éoliennes pour alimenter sa mine Raglan, située au nord, près du village de Salluit. Mais la construction d'un parc éolien est toutefois complexe à cause du givre, de l'enneigement et du pergélisol. Xstrata attend la conclusion finale d'une longue étude.

Lorsque l'entreprise Laval Fortin Adams s'est fait demander par la chinoise Jien Canada de démarrer cet hiver les fondations en ciment de son concentrateur, elle a dû trouver 24 unités de chauffage au diesel, d'une capacité totale de 14 millions de BTU, en l'espace de deux semaines. «Et il fallait que les unités soient toutes de la même marque pour éviter les bris. On a dû les faire venir de l'Ouest canadien, car il n'y avait pas 24 unités semblables au Québec», raconte M. Nadeau.

«Quand on travaille dans le Grand Nord, la logistique est une grande partie du travail», ajoute-t-il.

Le pergélisol

Le pergélisol force Xstrata Nickel à ajouter du sel dans l'eau de sa mine pour éviter le gel, ce qui a pour effet d'abîmer les équipements plus vite à cause de la corrosion.

Le pergélisol complique aussi la construction d'un chemin de fer entre Schefferville et Kuujjuaq.

Dans le village de Salluit, la fonte accélérée du pergélisol a endommagé les infrastructures existantes et restreint la construction de nouvelles résidences.

Construction

Lorsque Xstrata a agrandi son quai de livraison à Baie-Déception, la facture s'est élevée à 50 millions de dollars, une somme largement supérieure au prix de la construction d'un quai dans le Sud.

Cette année, juste à côté des installations de Xstrata, Nunavik Nickel Mines a démarré la construction de son propre quai en vue de l'exploitation de sa mine. Mais la structure s'est effondrée. Conséquence : l'ouverture de la mine est reportée d'une année. Construction Gély de Québec, responsable de la construction, n'a pas donné suite à notre appel. Et Genivar, le sous-traitant, a refusé de répondre à nos questions.

La construction d'habitations au Nunavik coûte deux fois plus cher que dans le sud, estime la Coopérative des services financiers du Nunavik. Au prix très élevé du transport, du matériel, de la machinerie... s'ajoute le coût de la main-d'oeuvre à loger et à nourrir. Et il faut travailler rapidement à cause du gel : le défi est de boucler une année de construction en six mois, indique Pascal Nadeau.

66 %

Écart entre le coût de la vie à Kuujjuaq et celui à Québec - Kuujjuaq étant la moins chère des villes du Nunavik.

125

Nombre de conteneurs de nourriture sèche transportés chaque année par bateau pour nourrir les employés de la mine Raglan.

20 000

Nombre de livres de nourriture périssable transportée chaque semaine par avion pour les besoins de la mine Raglan.

17

Multiplicateur du prix d'un kilowatt-heure au Nunavik comparativement au réseau d'Hydro-Québec.

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