Chercher toujours plus loin, tout un défi

Publié le 19/05/2014 à 00:10

Chercher toujours plus loin, tout un défi

Publié le 19/05/2014 à 00:10

Comme les gisements d’envergure encore non exploités se font plus rares depuis quelques années, les compagnies d’exploration minière doivent pousser leur recherche toujours plus au nord de la province et plus profondément dans le sol. Ces nouvelles exigences s’accompagnent de défis technologiques majeurs, le premier étant de réussir à repérer les anomalies géologiques susceptibles de s’avérer des gisements intéressants à exploiter.


« Plus on va en profondeur, plus la géophysique est incontournable », affirme Denis Bois, directeur de l’Unité de recherche et de service en technologie minérale (URSTM) à l'Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT).


Les principes de cette science sont connus depuis longtemps, mais la façon de cartographier le sol selon les résultats obtenus a beaucoup évolué, entre autres grâce à la puissance des outils informatiques. La modélisation en trois dimensions est ainsi d’une aide précieuse pour valider des hypothèses géologiques. « Le modèle 3D nous offre une cible d’exploration beaucoup plus précise », explique Denis Bois.


La méthode gravimétrique – qui mesure les variations de la gravité terrestre – s’est également perfectionnée grâce à l’apparition de nouveaux outils. « Récemment, la compagnie Scintrex, de Toronto, a développé un gravimètre qui entre dans les trous de forage d’exploration minière, donc on est capable de voir des variations du champ gravitationnel à plusieurs kilomètres sous terre », relate le directeur de l’URSTM. Il ajoute que le système InfiniTEM développé par Abitibi Géophysique permet aussi « une meilleure investigation en profondeur ».


Martin Demers, directeur général exploration d’Hécla Québec (anciennement Mines Aurizon), mentionne quant à lui le système de détection CARDS, mis au point à Brossard par la firme DIAGNOS. « Ce n’est plus juste une technologie, c’est une façon de faire qui devient de plus en plus intéressante », estime-t-il.


« CARDS utilise l'intelligence artificielle et plusieurs algorithmes afin d’apprendre les "signatures" ou "empreintes digitales" de zones riches en ressources pour détecter les sites similaires dans des régions encore inexploitées », explique Michel Fontaine, vice-président secteur minier de DIAGNOS.


Des forages plus profonds et mieux dirigés


Mais la seule technique qui permettre de savoir s’il y a vraiment un gisement demeure encore d’aller forer. Et c’est là qu’entrent en jeu les foreuses à diamants fabriquées par Forages Rouillier, qui peuvent creuser jusqu’à 3 500 m.


« Pour aller plus profondément, il a bien sûr fallu développer des foreuses plus puissantes, raconte le président de l’entreprise, Mario Rouillier. Mais nous avons dû aussi améliorer notre expertise pour pointer nos tiges exactement à l’endroit où les clients les veulent et faire du forage directionnel. »


L’éloignement des territoires d’exploration du réseau d’infrastructures de transport constitue un autre défi de taille pour l’entreprise d’Amos. « Au Labrador, nous devons héliporter nos foreuses à chenilles jusque sur les sites d’exploration. Nous avons donc développé un modèle aux pièces plus légères avec un partenaire de Val-d’Or et nous l’avons utilisée pour la première fois fin 2013. »


L’entreprise a plusieurs autres projets de R-D en cours, surtout depuis novembre dernier, après l’acquisition d’une participation de contrôle dans le spécialiste des forages souterrains Forages Boréal et d’« une part significative » du manufacturier d’équipements de forage Versadrill Canada, tous deux situés à Val-d’Or.


« Nous avons toujours fait de la R-D, spécialement lorsque les temps sont plus difficiles, ajoute M. Rouillier. On a alors plus de temps de se pencher sur des suggestions d’amélioration faites par nos clients. »


Revenir à la base


À l’opposé, Hécla Québec tente de « revenir à la base » avec une méthode d’exploration basée avant tout sur des données, et non sur des modèles. « Notre façon de faire allie une manière historique de voir la géologie, c’est-à-dire l’observation et la cueillette d’informations sur le terrain, avec l’utilisation d’une approche d’échantillonnage systématique très moderne », résume son directeur général exploration, Martin Demers.


L’entreprise n’a pas besoin d’outils technologiques très poussés, car la cueillette de données est rattachée au travail manuel sur le terrain. « Par contre, nous bénéficions des avancées au niveau analytique, par exemple le spectromètre petit format qui nous permet d’avoir très rapidement une idée des concentrations du sol en certains éléments », poursuit le géologue.


Martin Demers est toutefois conscient que l’entreprise de Val-d’Or est « un peu mouton noir » dans le domaine, car « c’est très peu à la mode d’enlever les géologues de devant leur écran pour les envoyer sur le terrain ».

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