Narrative, la start-up suédoise qui veut vous convaincre de déverser vos souvenirs dans les nuages

Publié le 04/09/2014 à 11:24

Narrative, la start-up suédoise qui veut vous convaincre de déverser vos souvenirs dans les nuages

Publié le 04/09/2014 à 11:24

Selon Oskar Kalamaru, co-fondateur de Narrative, rares sont ceux qui sont inconfortables avec sa caméra miniature, qu'on peut voir ci-dessus, entre deux boutons de sa chemise. [Photo : Julien Brault]

Si le personnage de Leonard dans le film Memento avait eu une caméra Narrative, bien moins de sang et d’encre de tatouage n’auraient coulés. Pas plus grosse qu'un paquet d'allumettes, la caméra suédoise se porte sur ses vêtements et prend automatiquement des photos toutes les 30 secondes.

« Vous utilisez Instagram pour raconter la version filtrée de votre vie, tandis que Narrative permet de raconter votre véritable histoire », explique Oskar Kalmaru, co-fondateur de Narrative, que j'ai interviewé dans un marché de Stockholm, devant une assiette de Smørrebrød.

Cette véritable histoire, les utilisateurs peuvent la sauvegarder en ligne sur l'espace de stockage fourni par Narrative à ses clients. La caméra, qui se détaille 229 $ US, inclut un abonnement de 3 mois au service de stockage de Narrative. Ceux qui veulent continuer à y entreposer leurs photos ensuite devront débourser 9 $ par mois pour ce faire.

Malheureusement, il faut brancher la caméra de Narrative sur son ordinateur pour téléverser ses photos en ligne, une étape qui semble superflue à l'ère des téléphones intelligents. Oskar Kalmaru, à qui j'ai fait la remarque, m'a expliqué que la caméra était un premier modèle, et que la connectivité pourrait être ajoutée à sa successeure.

Ce n'est toutefois qu'un détail. Malgré les limites de son produit, la start-up suédoise de 35 employés est la première à introduire un produit visant spécifiquement à améliorer artificiellement la mémoire de ses utilisateurs. En ce sens, Narrative offre un produit aussi transformateur que les Google Glass, qui ont pour leur part le potentiel d'augmenter la compréhension de ceux qui les portent en qui a trait à leur environnement immédiat.

Introduite en 2007, l'ancêtre de la caméra de Narrative, la SenseCam de Microsoft, visait les personnes souffrant de troubles de la mémoire. La caméra miniature est donc une version grand public d'un appareil initialement conçu pour les malades. On pourrait en dire autant des Google Glass, qui sont bâties sur des technologies comme la reconnaissance de caractères, laquelle a été développée pour permettre aux aveugles de lire n'importe quel document.

Oskar Kalmaru avoue d'emblée que Narrative s'est inspirée de Microsoft : « La SenseCam lancée en 2007 était grosse et rudimentaire, explique-t-il. Aujourd'hui, en raison de la taille des composantes, on peut rejoindre une clientèle tout à fait différente, car même les gens normaux veulent se souvenir de leur vie de manière plus précise; c'est pour ça que les journaux personnels et les albums de photos sont aussi populaires. »

Oskar Kalamaru et ses co-fondateurs avaient vu juste. La campagne Kickstarter qu'ils ont lancée en 2012 avec un objectif de 50 000 $ leur a rapporté plus d'un demi-million de dollars. Avec près d'un an de retard, ils ont finalement livré les 40 000 caméras Narrative promises à leurs contributeurs sur Kickstarter en décembre 2013. Depuis lors, ils ont vendu quelque 10 000 caméras supplémentaires.

Si Narrative prévoit introduire de nouveaux modèles, elle ne prévoit pas ajouter une fonction d'enregistrement sonore dans un avenir prévisible. Sans surprise, ce n'est pas un obstacle technique qui explique cette décision, mais un obstacle social.

En s'assurant que sa caméra soit visible des interlocuteurs de ceux qui la portent, et en limitant ses fonctions à la prise de photos, Oskar Kalamaru croit avoir développé un produit moins controversé que les Google Glass. Ce dernier m'a d'ailleurs assuré que l'appareil, qu'il porte souvent, ne lui a jamais causé d'ennuis. « Il y a des gens qui m'ont demandé de l'enlever, car ils voulaient avoir une conversation privée et ils n'étaient pas confortables avec le fait que je porte une caméra, mais personne n'a été plus loin que ça. »

Selon Oskar Kalamaru, cependant, les obstacles sociaux aux appareils comme celui de Narrative sont appelés à s'évanouir avec le temps. « Les gens sont de plus en plus habitués au fait que leur vie privée pourrait faire partie de celle de quelqu'un d'autre. Par exemple, vous ne pouvez pas assumer que, en ce moment même, que quelqu'un n'est pas en train de nous prendre en photo avec son téléphone. »

 

À propos de ce blogue

DE ZÉRO À UN MILLION est le blogue de Julien Brault, qui a fondé la start-up Hardbacon en juin 2016. L’ancien journaliste de Les Affaires relate ici chaque semaine comment il transforme une idée en entreprise. Dans ce blogue, Julien Brault dévoile notamment chaque semaine ses revenus. Une démarche sans précédent qui est cohérente avec les aspirations de Hardbacon, qui vise à aider les gens à investir intelligemment en faisant voler en éclat le tabou de l’argent. Ce blogue sera ainsi alimenté jusqu’à ce que Hardbacon, qui n’avait aucun revenu lors de la publication du premier billet, génère un million de dollars en revenu annuel.

Julien Brault

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