Reconstruction d'Haïti: les erreurs à éviter

Publié le 25/01/2010 à 09:35

Reconstruction d'Haïti: les erreurs à éviter

Publié le 25/01/2010 à 09:35

Par Aude Marie Marcoux

La reconstruction d’Haïti ne sera pas une tâche facile. Les besoins du pays étaient déjà immenses avant la catastrophe, il est difficile d'imaginer la situation maintenant. L’urgence d’agir est encore plus grande! Mais comment prioriser, comment décider ce qui doit être fait?

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Et comment éviter les erreurs, par exemple en fixant des priorités qui ne tiendraient pas compte du cas particulier d’Haïti ou qui n’envisageraient pas la reconstruction dans une perspective durable?

Voici cinq erreurs à éviter, selon les experts interrogés par lesaffaires.com :

1. Ne pas impliquer les Haïtiens

La pire erreur des représentants qui se réuniront à Montréal serait d’imposer des décisions qui auraient été prises ailleurs, sans consultation, sans tenir compte de ce que pourrait vouloir faire les Haïtiens. «Ils doivent éviter la tentation qui est très facile, vu l’incapacité démontrée par les Haïtiens à bien gérer leur pays, d’être tentés d’adopter la voie unilatérale, un semblant de consultation sans vraiment consulter. Il faut donc non seulement consulter, mais il faut associer intimement les Haïtiens disponibles et disposés, à tout ce qui sera entrepris», selon Daniel Holly, professeur spécialisé en relations internationales au département de science politique de l’UQAM.

Sinon, selon cet expert membre de la communauté haïtienne, «c’est une greffe qui va se faire sur un pays qui n’aura rien eu à dire.»

Le directeur général par intérim d’Oxfam Québec, Michel Verret, ajoute que bien que le Canada, les États-Unis, le Fonds monétaire international, la Banque mondiale et les gouvernements amis d’Haïti voudront jouer un rôle, ceux-ci devront s’entendre pour écouter et faire valoir les priorités des Haïtiens. Aider dans le conseil pour la reconstruction, mais ne pas faire à leur place. «Je serais très sensible au fait qu’on dit à un peuple: assoyez-vous, regardez nous faire et après ça on vous donnera le tout clé en main. »

2. Ne pas s’engager à long terme

M. Verret qui, au moment de l’entrevue, ne savait pas encore si la Coalition humanitaire, un réseau canadien d’ONG, allait participer à la réunion du 25 janvier, affirme que s’il avait un message à lancer, ce serait le suivant : «On prend des engagements aujourd’hui, mais il faudra se rappeler demain qu’on a pris ces engagements.»

Quarante ans d’expérience en aide humanitaire font dire à Michel Verret qu’il faut éviter que ce tremblement de terre ne fasse que passer à l’histoire. «On a beaucoup vu des gens promettre beaucoup, parce que l’attention était là et parce qu’il y avait tout le côté tragique. Petit à petit, les efforts s’éloignent. L’exemple de tout ce qui est fait comme promesses lors des crises alimentaires en Afrique est criant, affirme-t-il. À moment donné on aura tout promis, on aura été d’accord sur ceci, sur cela, mais on finira par trouver que la conjoncture est plus complexe, que les Haïtiens sont capables de se débrouiller seul et on aura peut-être des hésitations à mettre les sommes qu’on avaient promises.»

Daniel Holly partage cet avis : il ne faut pas penser que tout sera terminé dans 10 ans, grâce aux 10 milliards $ d’aide internationale qui seront peut-être octroyés. L’ampleur de la tâche en Haïti est telle qu’il ne faudrait pas se donner une limite temporelle trop courte.

3. Ne pas penser qu’on peut miser sur le reste du pays

Michel Verret, qui a réalisé plusieurs voyages en Haïti, affirme qu’un tremblement de terre à Port-au-Prince signifie que l’ensemble de la gestion du pays est touché. «Tout est centralisé à Port-au-Prince en termes de pouvoir décisionnel. Alors si la structure du gouvernement s’effondre à Port-au-Prince, cela signifie que tout y passe. Même chose avec la sécurité civile, les banques…»

Il ne faut pas penser que les infrastructures des régions épargnées par le séisme sont suffisamment fortes pour s’y appuyer au cours de la reconstruction du pays.

«On a qu’à penser au gâchis environnemental en Haïti ou au drame qu’a connu la ville des Gonaïves au moment des quatre cyclones qui ont frappé le pays», soutient M. Holly. «Tout ceci a eu lieu précisément parce que les campagnes sont laissées à elles-mêmes. Il n’y a pas vraiment de grandes infrastructures. Par exemple, la plus grande partie du pays n’est pas électrifiée.»

4. Ne pas envisager la situation comme une possibilité de renouveau

Le travailleur humanitaire estime qu’il ne faudrait pas oublier de profiter de l’occasion pour penser au renouveau d’Haïti et ainsi englober un grand nombre de préoccupations qui existaient déjà.

«L’urgence, la crise, c’est aussi l’opportunité», soutient M. Verret. «Dans cette reconstruction, il faudrait s’assurer de mettre en place les moyens qui permettront au gouvernement haïtien et à sa population d’envisager positivement la décennie suivante, voire les 50 prochaines années. »

«Les Américains ont convaincu certains de leurs alliés de reconstruire l’Allemagne après la Deuxième guerre mondiale en envoyant des fonds massifs : c’était le Plan Marshall», note Stéphane J. Pallage, directeur du Département des sciences économiques de l’École des sciences de la gestion de l’UQAM. «C’est ce que vivra probablement Haïti dans une proportion un peu moindre... Mais il y a là une possibilité de repartir à zéro, sur d’excellentes bases.»

5. Ne pas rebâtir Haïti dans une perspective régionale

Daniel Holly stipule que cette reconstruction ne peut se faire que solidairement, tant avec son voisin la République dominicaine qu’avec la communauté caribéenne (CARICOM). Il ne faudrait pas envisager la remise sur pied d’Haïti sans une perspective d’intégration économique régionale du pays.

«Si on doit penser la reconstruction d’Haïti en termes d’intégration dans le sous-ensemble régional au plan économique, il faudrait éviter de définir la spécificité de la participation haïtienne qui ferait d’Haïti le parent pauvre, comme ça été fait historiquement lors du déploiement de l’industrie sucrière dans les Caraïbes», note l’expert en relations internationales.

 

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