MTY : le retrait de Stanley Ma crée des remous


Édition du 12 Mai 2018

MTY : le retrait de Stanley Ma crée des remous


Édition du 12 Mai 2018

Par Dominique Beauchamp

Stanley Ma. [Photo: Gilles Delisle]

À chaque fois que l'artisan de la réussite d'une entreprise aimée tire sa révérence, un petit doute s'installe.

C'est ce qui s'est produit avec le Groupe d'alimentation MTY (MTY, 46,00 $) depuis que Stanley Ma, 71 ans, a annoncé qu'il cédera la présidence le 2 novembre, même s'il compte rester un président du conseil très actif.

La décision de Claude St-Pierre, sa conjointe, de quitter en même temps son poste de chef de l'exploitation, tout en demeurant administratrice, soulève aussi des interrogations dans le milieu financier.

L'action du franchiseur des chaînes Thaï Express, Valentine et Madisons, entre autres, a perdu 4 % les 2 et 3 mai avant de rebondir.

« Nous préférons prendre le temps qu'il faut et rencontrer les dirigeants avant de nous prononcer », a indiqué Pierre-Olivier Langevin, de Medici Gestion de portefeuille stratégique.

L'homme de la situation

Dans l'esprit des financiers consultés, Éric Lefebvre est l'homme de la situation pour remplacer M. Ma puisqu'il maîtrise déjà bien tous les rouages internes et financiers du franchiseur.

« Nous connaissons Éric depuis des années. Il est vif et compétent. La transition se fera en douceur, puisque M. Ma présidera le conseil », a raconté Jeff Mo, gestionnaire chez Mawer Investment Management.

Promu en 2012, l'actuel chef de la direction financière était déjà l'agent de liaison entre la société, les analystes et les investisseurs institutionnels.

« La promotion de M. Lefebvre, qui jouait un rôle très actif dans tous les aspects de la gestion, ne change rien aux perspectives fondamentales de l'entreprise, si ce n'est que de susciter un peu d'incertitude chez les actionnaires », croit Michael Glen, de Macquarie Research.

Si le recrutement des remplaçants aux postes de M. Lefebvre et de Mme Saint-Pierre ajoute aux appréhensions, la succession formelle à la tête de l'entreprise clarifie enfin un irritant souvent soulevé par les analystes et les actionnaires de MTY, évoque l'analyste.

« Nous avons une bonne idée des personnes à l'interne qui seront nommées. Nous allons leur parler dans les prochaines semaines et établir un plan définitif. Il n'y a pas de garantie que ces personnes accepteront des rôles plus séniors, ça vient avec pas mal de pression et de responsabilités », a confié M. Lefebvre.

Le dirigeant rappelle que MTY a pris énormément d'ampleur et compte 5 700 commerces et 70 enseignes. « Nous sommes maintenant à une étape à laquelle il est pertinent de séparer les acquisitions des autres fonctions », a-t-il expliqué en entrevue.

M. Ma se concentrera sur ses forces

« À 71 ans, il est tout à fait normal que M. Ma prenne des mesures pour se retirer des opérations et laisser la place à son équipe. J'anticipe d'ailleurs qu'il sera un président du conseil très engagé », dit Philippe Le Blanc, PDG de Cote 100 et actionnaire de MTY.

Stanley Ma reste le plus gros actionnaire, avec 19,4 % des actions. « Sa plus grande valeur ajoutée provient justement de son expertise sur le plan des acquisitions et de la stratégie. Nous avons aussi confiance en M. Lefebvre qui est chez MTY de longue date et qui fait un excellent travail », renchérit-il.

Plus de transparence souhaitée

L'analyste de Macquarie profite de l'occasion pour dire aux dirigeants de MTY qu'ils gagneraient à tenir des téléconférences trimestrielles et à fournir des orientations financières pour les 3 à 5 prochaines années.

M. Michael maintient sa recommandation d'achat et son cours cible d'un an de 60 $, qui offre un potentiel de regain de 30 %.

Très serein face au changement de garde, en raison de l'expérience de M. Lefebvre et du rôle actif que joueront encore M. Ma et Mme St-Pierre, Leon Aghazarian, de la Financière Banque Nationale, ne touche pas non plus à son cours cible de 53 $.

Le déclin de presque 20 % du titre de MTY depuis le début de l'année est amplifié par la vente d'actions par des actionnaires d'Imvescor qui ne voulaient pas garder les actions de MTY qu'ils ont reçues en échange lors de son acquisition, croit M. Glen.

Les investisseurs institutionnels auront l'occasion de se faire entendre le 30 mai, lors de l'allocution de M. Lefebvre, à la conférence des titres du Québec organisée par Financière Banque Nationale.


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