Halloween! à la japonaise

Publié le 07/11/2014 à 17:17

Halloween! à la japonaise

Publié le 07/11/2014 à 17:17

Le 31 octobre, comme pour souligner l'Halloween et faire sursauter les marchés, la Banque du Japon a décidé d'assouplir encore davantage une politique monétaire déjà plus souple qu'un karateka. Cette surprise a été accueillie favorablement par les marchés boursiers, mais les perspectives d'avenir pour l'économie et les actifs japonais demeurent pour le moins incertaines.

Les mesures annoncées ont essentiellement pour but d'étendre encore davantage le bilan de la Banque du Japon, bilan qui atteignait déjà des sommets sans précédent à plus de 200 billions de yens (oui, oui, 200 000 milliards…) à la fin 2013. L'objectif est d'accroître ce chiffre de quelque 80 billions de yens par année, tout en allongeant le terme moyen restant des obligations du gouvernement japonais par près de trois ans. Parallèlement, la Banque du Japon a l'intention d'élargir sont programme d'achat de fonds négociés en bourse et de fiducies d'investissement immobilier (J-REIT). La cible d'inflation de 2% si élusive au Japon depuis 25 ans, surtout en prévision d'une nouvelle taxe à la consommation prévue pour octobre 2015, est l'objectif avoué de ces mesures.

L'annonce du gouverneur Haruhiko Kuroda coïncidait avec la divulgation des plus récents plans du plus important fonds de pension au monde (US$1.2 billions d'actifs), le Government Pension Investment Fund (GPIF) japonais, qui s'apprête à liquider pour 20 billions de yens d'obligations du gouvernement japonais tout en augmentant sa pondération dans les actions japonaises de 17% à 25%. L'action de la banque centrale a donc servi à absorber une partie de la mauvaise nouvelle du côté obligataire et n'a fait qu'amplifier la réaction positive du marché boursier.

Malgré les effets positifs observés, la célébration risque d'être brève alors que le Japon continue à faire face à des vents dominants qui laissent perplexe. Bien que le yen se soit déprécié tel qu'anticipé à la suite de l'annonce, la réaction pourrait être de courte durée. Les mesures annoncées sont moins importantes que lors de l'annonce précédente en avril 2013, le marché favorisait déjà le dollar américain face au yen, le différentiel de taux entre les deux devises justifie difficilement le taux de change actuel et la parité du pouvoir d'achat suggère une valeur du yen beaucoup plus élevée qu'elle ne l'est à l'heure actuelle.

Bien que l'affaiblissement du yen et l'assouplissement de la politique monétaire aient été largement favorables au marché boursier japonais jusqu'à présent, il semble bien que la prochaine mesure à être adoptée sera une taxe à la consommation qui ne sera positive ni pour l'économie ni pour les profits corporatifs. Dans ce contexte, les exportateurs japonais pourraient s'en sortir passablement mieux que les entreprises domestiques puisqu'ils sont en mesure de bénéficier des bienfaits observés jusqu'à présent (en moyenne, profits bonifiés de 0.56% pour chaque 1% de baisse du yen selon UBS), tout en étant beaucoup moins affectés par une taxe de la sorte.

L'investisseur avisé

L'investisseur avisé qui a une exposition au marché japonais doit s'assurer d'être très sélectif dans le choix de ses titres. Certaines entreprises présentent encore un potentiel d'appréciation alléchant, mais dans l'ensemble les évaluations actuelles reflètent déjà la majorité des bonnes nouvelles. La décision de couverture de la devise sera aussi particulièrement importante compte tenu des forces sous-jacentes et de la volatilité potentielle du yen.

Questions à poser

Avant de prendre une décision, renseignez-vous auprès d'un professionnel qualifié:

- Quelle est la pondération de mon portefeuille attribuée au marché japonais?

- Quels sont les critères de décision dans le choix des titres japonais composant mon portefeuille?

- Est-ce que mon exposition à la devise japonaise est couverte?

À propos de ce blogue

Au fil des ans, Pierre a conseillé un large éventail d'investisseurs privés et institutionnels, y compris des familles fortunées, des fondations et des fonds de pension sur la saine gestion de leurs actifs. Au-delà de sa connaissance approfondie des marchés financiers, des stratégies d'investissement et de la construction de portefeuille, il a développé une expertise plus particulière en matière de conseil aux investisseurs sur l'utilisation de stratégies de placement non traditionnelles et d'investissements internationaux. Le mandat de ce blogue est donc d'aiguiller les lecteurs dans l'exploration de pistes paraissant inhospitalières à première vue, mais pouvant mener à des expériences très gratifiantes lorsqu'on sait s'y orienter. Pierre est titulaire d'un MBA, porte les titres de Chartered Financial Analyst (CFA) et Chartered Alternative Investment Analyst (CAIA), et est également Fellow de l'Institut canadien des valeurs mobilières et de l'Institut des banquiers canadiens. Il travaille pour UBS (Canada) à titre de gestionnaire privé senior.

Pierre Czyzowicz

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