Mauvaise nouvelle: l'emploi augmente!

Publié le 28/11/2022 à 11:45

Mauvaise nouvelle: l'emploi augmente!

Publié le 28/11/2022 à 11:45

Le taux de chômage s’est maintenu à 5,2% en octobre, soit à peine 0,3% au-dessus du creux record de 4,9% enregistré pendant les mois de juin et de juillet. (Photo: 123RF)

EXPERT INVITÉ. D’abord, la bonne nouvelle: l’emploi augmente. Puis, la mauvaise: l’emploi augmente! Comment une même nouvelle peut-elle être à la fois bonne et mauvaise? C’est tout simplement parce que, dans ce cas-ci, la hausse de l’emploi a malheureusement pour effet d’alimenter l’inflation. Je m’explique.

En octobre dernier, l’économie canadienne a en effet créé 108 000 emplois, dont 28 000 au Québec, rattrapant du même coup une grande partie des pertes observées les mois précédents. Résultat: le taux de chômage s’est maintenu à 5,2% en octobre, soit à peine 0,3% au-dessus du creux record de 4,9% enregistré pendant les mois de juin et de juillet. Au Québec, le taux de chômage a même reculé de 0,3% pour s’afficher à 4,1%. Voilà donc de très bonnes nouvelles… habituellement! 

Toutefois, dans le contexte actuel qui a amené la Banque du Canada à relever fortement et rapidement ses taux d’intérêt de 350 points de base depuis le mois de mars, afin d’essayer de ralentir l’économie et de diminuer l’inflation, la hausse de l’emploi s’avère une bien mauvaise nouvelle. Et ce, parce que le marché du travail demeure trop serré et que les salaires continuent d’augmenter fortement. Les travailleuses et les travailleurs québécois ont en effet profité d’une hausse des salaires de 5,6% depuis un an, tout comme dans l’ensemble du Canada. Ainsi, il serait utopiste de s’attendre à ce que le taux d’inflation baisse dans une fourchette de 1 à 3% si les salaires augmentent à un rythme beaucoup plus élevé que cette cible.

 

D’autres hausses de taux

De juillet à octobre, l’inflation est certes descendue de 8,1 à 6,9%, en raison principalement de la chute des prix de l’essence. Les effets des récentes hausses du taux directeur se sont donc fait ressentir sur les prix, mais pas de façon aussi forte que l’aurait espéré la Banque du Canada. Les répercussions sont aussi apparentes dans les secteurs de l’économie qui sont sensibles aux taux d’intérêt: l’activité dans le marché de la construction a en effet accusé un important recul, tandis que les secteurs manufacturier et du détail ont aussi décliné. 

Pourtant, malgré des baisses marquées de l’emploi dans ces domaines d’activité, le marché du travail dans son ensemble a généré 71 000 nouveaux emplois au Canada depuis le début de la hausse des taux d’intérêt. Au Québec, la situation est restée stable avec une légère augmentation de 2000 emplois.

Bref, même si nous constatons les premiers signes d’un ralentissement, l’économie reste vigoureuse et en situation de demande excédentaire de biens et de services. Les marchés du travail restent tendus et les entreprises font encore état d’une pénurie de main-d’œuvre généralisée. Une majorité (53%) de dirigeants et d’entrepreneurs canadiens pensent d’ailleurs que, en regard de l’inflation, le pire est devant nous et non derrière, indique un récent sondage réalisé par BDC. Or, ce sont eux qui sont en première ligne et à même de constater, par leurs achats, que les pressions sur les prix resteront fortes pendant encore un certain temps. 

Voilà pourquoi il faut s’attendre à de nouvelles hausses du taux directeur. L’économie doit ralentir davantage pour rééquilibrer le marché du travail et réduire la pression sur les salaires.

À propos de ce blogue

Pierre Cléroux est vice-président à la recherche et économiste en chef de la Banque de développement du Canada.

Pierre Cléroux

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