Sans journalistes, la démocratie est à risque

Publié le 27/08/2019 à 14:22

Sans journalistes, la démocratie est à risque

Publié le 27/08/2019 à 14:22

Des journaux.

(Photo: 123RF)

BLOGUE INVITÉ. Depuis quelques années, une véritable hécatombe secoue la presse écrite. Au Québec et ailleurs, des journaux, même parmi les plus prestigieux, frôlent année après année la catastrophe. D’ailleurs, la plupart n’existeraient déjà plus sans un propriétaire milliardaire.

Ici, le triste destin est le même. De La Presse en passant par Le Devoir et dernièrement le Groupe Capitales Médias, la quasi-totalité de nos journaux vivent péniblement sur respirateur artificiel.

Journaliste de carrière, mon père a travaillé de longues années à l’Agence France-presse, couvrant des moments clés de l’histoire du Québec tels la crise d’Octobre, la venue du Général de Gaulle et l’arrestation et le transfert du criminel Jacques Mesrine. C’est grâce aux multiples anectodes qu’il me racontait le soir que j’ai très rapidement été intéressé par les divers enjeux de l’actualité locale et internationale.

Ayant obtenu mon baccalauréat en science politique de l’Université de Montréal, j’ai, au fil des ans, analysé et surtout compris l’immense importance d’un journalisme indépendant de qualité. Depuis près de quatre ans, j’écris moi-même sur le site LesAffaires.com, et adore plus que tout au monde ce privilège et cette liberté d’expression.

Avec la faillite du Groupe Capitales Médias et le sauvetage obligatoire du Gouvernement du Québec, j’ai entendu tout au long de la semaine une multitude d’opinions. «Qu'on les laisse faire faillite», «C’est la faute de Facebook», «C’est pas le rôle du Gouvernement de les financer», «On va encore perdre cet argent»…

Rares sont les sujets aussi polarisants que celui de la crise des médias. À mes yeux, de nombreux facteurs ont fait en sorte que, tout doucement, nous en sommes arrivés là. Le manque d’innovation, le retard technologique, le transfert du dollar publicitaire vers d’autres plateformes, l’aveuglement des multiples gouvernements, la disparition du journaliste de carrière remplacé par des chroniqueurs misant sur l'opinion, le désintéressement général de beaucoup de gens et une tonne d’autres raisons ont fait en sorte que le bel âge du journalisme n’est plus.

Tristement, l’ère de «l'infotainement» comme dirait mon père, a remplacé le journalisme professionnel. On ne lit plus d’articles, on se contente des titres. On ne s’informe plus, on préfère se divertir. Quand on ouvre un téléjournal avec, comme grande nouvelle, le gagnant d’une téléréalité où les cotes d’écoutes d’une série télé de la veille, on comprend que ce n’est plus de l’information qu’on regarde, mais bien du divertissement.

On l’oublie, mais la presse est à la base des plus grands scandales du dernier siècle. C’est le Washington Post qui a provoqué la chute du Président Nixon avec une enquête sur le Watergate. C’est le New York Times, the Guardian et Le Monde qui ont été les premiers à avoir accès d’une manière privilégiée aux informations confidentielles de Wikileaks. C’est l’Associated Press qui a parlé en premier des sévices perpétrés par des soldats américains à la prison d’Abou Ghraib, en Irak. Des exemples comme ceux-ci, il y en a des milliers. 

L’information indépendante, neutre et fiable est la plus grande garantie de la démocratie. Il suffit de voir comment les gouvernements tyrans traitent les journalistes qui osent prendre la parole contre le pouvoir. Torture, assassinat, disparition, emprisonnement sont le triste sort de dizaines de journalistes à travers le monde qui ont le courage de vouloir s’exprimer.

Une crise complexe

La crise est complexe. Nous sommes malheureusement beaucoup plus nombreux à vouloir savoir tous les détails du renvoi de l’entraîneur de l’Impact, que de lire un article de fond sur la crise humanitaire en Méditerranée. Est-ce générationnel? Est-ce par manque d’intérêt? Est-ce en raison de l’immense quantité d’information qui inonde notre quotidien? Je crois certainement que c’est un amalgame de tous ces facteurs et bien plus.

Dangereusement, si la presse indépendante disparaît, c’est aussi un peu notre pouvoir qui disparaît. Imaginez ce qu’un gouvernement pourrait faire en toute impunité s’il n’y avait plus de journalistes comme chiens de garde? Imaginez la désinformation à laquelle nous ferions face si la seule information que nous recevions venait de groupes d’intérêts ou de lobbys. 

Comme face à tout défi, la plupart des êtres humains préfèrent la facilité. Je comprends la frustration de certains qui voient en l’aide gouvernementale un autre gaspillage de fonds publics. Cependant, s’il y a une dépense à faire, c’est bien celle-ci… non pas sans conditions.

Nous devons revoir de fond en comble l’ADN même de la presse écrite. Qualitativement, financièrement, journalistiquement, légalement. Nous ne pouvons pas, en tant que société progressiste, n’avoir aucun accès à une information neutre et fiable, c’est carrément notre démocratie qui est en jeu!

 

À propos de ce blogue

Je me suis lancé en affaires quelques jours après avoir gradué de l’Université de Montréal en science politique. Un peu par hasard, beaucoup par folie, je suis devenu entrepreneur sans trop savoir ce qui m’attendait. Bien que ma première expérience en affaires fut catastrophique, je suis tombé en amour avec l’entrepreneuriat. Aujourd’hui, je suis à la tête d’un des plus grand producteurs de spiritueux et prêt-à-boire en Amérique du Nord et ce ne sont pas les projets qui manquent! Depuis novembre 2015, je partage chaque semaine ici mes idées, mes opinions et ma vision sur le monde des affaires et les sujets de société qui m’interpellent. Bienvenu dans mon monde!

Nicolas Duvernois

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