Lenny Lighter, un homme d'affaires dans le domaine de la restauration

Publié le 06/08/2019 à 15:02, mis à jour le 06/08/2019 à 15:10

Lenny Lighter, un homme d'affaires dans le domaine de la restauration

Publié le 06/08/2019 à 15:02, mis à jour le 06/08/2019 à 15:10

Une salle de restaurant

Le restaurant Moishes (Photo: tirée de la page Facebook du restaurant)

Avec Marie Labrosse

BLOGUE INVITÉ. Lenny Lighter, ancien propriétaire et gérant actuel de l’emblématique grilladerie Moishes de Montréal, ne se décrirait pas comme un homme timide. Par contre, il a dû apprendre à devenir extraverti pour réussir dans son métier. Chaque soir, quand il travaille, M. Lighter accueille les clients à l’entrée du restaurant pour les mettre dans l’ambiance familière de ce monument culinaire montréalais.

« L’attitude que j’adopte envers les clients est une compétence acquise; je l’ai travaillée et perfectionnée au fil des années, car elle ne me serait pas venue naturellement, explique Lenny Lighter. J’ai tout appris en observant mon père, un véritable extraverti. » 

Interagir avec ses hôtes n’est pas la seule ficelle du métier que lui a apprise son père, Moishe Lighter, la raison d’être du restaurant. En effet, Moishe a acquis l’entreprise à l’issue d’un pari avec son patron en 1938, alors qu’il travaillait comme aide-serveur. Depuis, le restaurant fait partie de la famille. 

Très attaché à la grilladerie, Lenny Lighter a donc à cœur d’offrir la meilleure expérience possible à ses clients. Bien sûr, lorsqu’une nouvelle critique de son restaurant paraît dans la presse, il a hâte de la lire, mais il n’est pas moins nerveux lorsque vient le temps de consulter les commentaires en ligne des clients.

« Tout ce qui concerne mon entreprise me touche personnellement, dit M. Lighter. Quand les gens aiment ce que je fais, j’y vois une affirmation de ce que je suis, de mon métier. Mais l’inverse est vrai aussi. Ceux qui rédigent de mauvaises critiques le font parce qu’ils ont été déçus. Ça me blesse, parce que ma véritable passion, c’est de ne pas décevoir, de permettre aux gens d’apprécier pleinement leur expérience. Après tout, j’en suis responsable. »

Il est rare que Moishes s’attire de mauvaises critiques, mais lorsque c’est le cas, M, Lighter passe à l’action. Loin d’adopter une attitude défensive, il estime qu’il est de son devoir de corriger les erreurs qui peuvent nuire à l’expérience d’un convive. Ainsi, après que des clients se soient plaints que le restaurant coûtait trop cher et restait inaccessible à une certaine clientèle, M. Lighter a choisi d’offrir un menu à prix réduit, du mercredi au samedi, après 21H00.

En partie grâce à l’investissement personnel de Lenny Lighter, le restaurant Moishes demeure un lieu incontournable, même s’il a célébré l’an dernier son 80e anniversaire depuis son local intemporel du boulevard Saint-Laurent. Au cours de la dernière décennie, M. Lighter a su faire des choix audacieux pour que son restaurant, qu’il considère d’abord et avant tout comme une entreprise, puisse prospérer. D’instinct, il sait quelle voie emprunter pour perpétuer la tradition de Moishes tout en s’adaptant aux tendances d’aujourd’hui.

« Je me vois comme un homme d’affaires dans le domaine de la restauration, alors que la plupart des propriétaires de restaurant, qui en sont aussi les chefs, sont de véritables artistes, qui laissent s’exprimer leur talent et leur passion en cuisine », dit-il.

Assurer l'avenir de Moishes

Ainsi, entre autres mesures prises pour entretenir la popularité du restaurant, il a étendu la marque Moishes à des produits de détail, disponibles en supermarché. Les clients peuvent désormais savourer les plats emblématiques de Moishes, soit la salade de chou, les cornichons et la viande, dans le confort de leur foyer, ce qui semble les ravir. En effet, la vente au détail compte aujourd’hui pour environ les deux tiers des revenus de l’entreprise.

« Comme notre entreprise et notre marque sont assez connues, je pense pouvoir affirmer que nos clients réguliers ne sont pas les seuls à acheter notre salade de chou, explique M. Lighter. Notre marque interpelle les clients de nombreuses chaînes de supermarchés. J’estime que la grande majorité des personnes qui achètent nos produits ne sont jamais venues manger au restaurant et ne le feront probablement jamais. »

Cette expansion de la marque constituait la première étape d’un plan stratégique visant à assurer l’avenir de Moishes. En décembre 2018, M. Lighter annonce avoir vendu le restaurant au Groupe Sportscene, propriétaire de La Cage — Brasserie Sportive.

Au départ, les amoureux du restaurant ont semblé déçus à l’annonce de cette transaction, craignant que les nouveaux propriétaires n’altèrent la tradition de Moishes, longue de plusieurs décennies. Mais M. Lighter est demeuré à la barre du restaurant, ce qui, à son avis, a permis d’assurer une collaboration des plus équitables entre le Groupe Sportscene et lui. 

« Il me faut leurs compétences particulières, telles que les ressources humaines, et eux ont besoin de moi parce que je suis le cœur et l’âme de ce restaurant, explique M. Lighter. J’ai l’impression d’avoir affaire à mes partenaires, et non d’être un employé qui rend des comptes à ses patrons. »

M. Lighter avait à cœur de trouver un acheteur québécois pour la grilladerie Moishes afin de protéger l’héritage de sa famille. L’histoire de son père, jeune immigrant roumain ayant réussi à prospérer à Montréal, motive chacune de ses décisions. Il était donc logique de confier la propriété du restaurant à un groupe qui comprendrait son importance sur le plan culturel.

« Je pense à mon père, descendu du bateau à l’âge de 13 ans avec seulement quelques dollars en poche, explique-t-il. Qu’il soit arrivé à Montréal et ait réussi à accomplir tout ça - faire sa vie, fonder une famille, créer une entreprise - c’est important pour moi. Il me fallait rester ici et vendre à un groupe québécois. »

Lien vers le balado (en anglais seulement)

Le présent article est une transcription condensée et modifiée d’une entrevue animée par Karl Moore, professeur agrégé à l’Université McGill, dans le cadre de l’émission The CEO Series, présentée sur les ondes de CJAD et produite par Marie Labrosse, étudiante à la maîtrise en langue et littérature anglaises à l’Université McGill.. L’entrevue intégrale fait partie de la plus récente saison de The CEO Series et est disponible en baladodiffusion.

 

À propos de ce blogue

Chaque semaine, Karl Moore, professeur agrégé à la Faculté de gestion Desautels de l’Université McGill, s’entretient avec des dirigeants d’entreprise de calibre mondiale au sujet de leur parcours, les dernières tendances dans le monde des affaires et l’équilibre travail-famille, notamment.

Karl Moore