Pétrole : le moment est-il venu ?


Édition du 23 Janvier 2016

Pétrole : le moment est-il venu ?


Édition du 23 Janvier 2016

Le titre semblait un peu alarmiste et on avait en fait hésité avant d'en coiffer la chronique : «Pétrole, vers l'apocalypse». C'était à la mi-octobre, le prix du baril de pétrole West Texas Intermediate (WTI) se promenait alors légèrement sous les 50 $ US. Le pronostic : d'ici quelques semaines, il sera à 30 $ US.

Eh bien, nous y sommes.

La prévision n'était pas la nôtre (même si on l'endossait). C'était celle de Josef Schachter, de Maison Placements Canada, l'analyste qui, depuis plusieurs mois, est probablement celui qui a le mieux anticipé le marché pétrolier.

«Plongeon culminant du prix du pétrole en cours, soyez prêts à réagir», écrivait quelques jours avant Noël M. Schachter dans un commentaire, en invitant les investisseurs à se préparer à se positionner sur une série de titres lorsque leurs cours atteindraient un prix d'achat prédéterminé. Pour plusieurs de ces titres, le prix d'achat recommandé est aujourd'hui atteint ou sur le point de l'être. Le moment serait-il venu ?

Une parenthèse

Une parenthèse avant d'aller plus loin.

La meilleure façon d'investir dans le secteur pétrolier serait d'acheter des barils de brut, par l'intermédiaire d'un fonds négocié en Bourse (FNB) dont la valeur des actions s'appuierait sur la valeur de barils entreposés un peu partout dans le monde.

Malheureusement, c'est un investissement qui n'existe que dans la théorie. Contrairement à l'or et à quelques autres métaux, il n'y a pas de FNB dont la valeur est établie par la détention physique de barils de pétrole. Probablement parce que les risques de destruction et de perte physique de l'actif seraient trop coûteux à assurer. Il existe des FNB qui utilisent les contrats à terme, comme l'United States Oil Fund (USO, 8,76 $ US). Ces produits financiers sont cependant conçus pour reproduire les mouvements à court terme du prix du baril. Ils échouent lamentablement à corréler un rendement à plus long terme. Il y a même un risque élevé d'enregistrer des pertes sur ces produits lorsque la courbe des contrats à terme (futures) est en ascension, ce qui est le cas actuellement.

Parenthèse fermée pour constater que l'instrument le moins complexe pour jouer les sociétés est soit un fonds de sociétés pétrolières, soit l'investissement direct dans les sociétés.

Voyons de plus près la suite des choses. Avec quelques questions en rafales.

1. Le pétrole remontera-t-il ?

Il n'y a aucun doute là-dessus. À 30 $ US le baril, peu de producteurs pétroliers dans le monde font encore de l'argent. Plus l'or noir demeurera longtemps à ce niveau, plus le nombre d'arrêts de production sera important. Il y a une limite à changer quatre trente sous pour deux trente sous. Les sociétés ne mettront pas en production des puits qui ne sont pas rentables. Et, ultimement, les banques rappelleront les prêts des sociétés dont les puits ne sont pas rentables actuellement, mais qui roulent sur des encaisses et des lignes de crédit encore disponibles dans l'espoir que le prix se redressera.

2. À combien le pétrole peut-il remonter ?

Une bonne question. Certains estiment que le prix du pétrole doit être à 45 $ US pour amener un bénéfice aux sociétés en exploitation dans les deux plus importants champs du schiste texan, le Permian Basin et Eagle Ford. C'est un prix minimal. Mais il y a de la production à plus haut coût ailleurs dans le monde. L'écart actuel entre l'offre et la demande n'exige pas un énorme retrait de capacité. Sur une production mondiale moyenne de 57,1 millions de barils chez les pays non membres de l'OPEP (on présume que les pays membres ne réduiront pas leur production), c'est de 0,8 à 1,8 % de la production qui doit cesser. Il est assuré que, même lorsque les prix auront remonté à 45 $ US, il y aura encore nettement plus que 1,8 % de la production mondiale dont les coûts seront supérieurs à ce prix. Cette production ne sera pas plus soutenable à long terme, faute de rentabilité. Sur la base du raisonnement, M. Schachter croit que le pétrole remontera éventuellement à 70 $ US le baril.

3. Cette remontée se fera-t-elle en 2016 ? Et, si oui, jusqu'où ?

La grande question. Jusqu'à maintenant, l'interrogation était du côté de l'offre. Quand celle-ci diminuerait-elle ? À 30 $ US le baril, il y a fort à parier qu'elle va effectivement reculer au cours des prochains mois.

En raison des problèmes que connaît la Chine, l'interrogation vient cependant de se transporter du côté de la demande. Si la production baisse, mais que la demande suit également, le problème ne sera pas réglé pour autant.

Dans les différents scénarios de croissance de la demande (OPEP, AIE, etc.), la Chine représente environ 25 % de la croissance prévue.

Il y a aussi le fait que les stocks pétroliers sont très élevés dans le monde. Et qu'il faudra du temps pour qu'ils reviennent à des niveaux plus normaux. Le doute pourrait subsister pour un temps dans le marché, même lorsque l'offre et la demande reviendront à l'équilibre. Il faudra peut-être que ces stocks baissent avant que les prix ne rebondissent sensiblement.

Quand même, un rebond à 40 $ US semble fort possible pour la fin de 2016. Et, bien qu'il faille être prudent avec le raisonnement (les productions anticipées peuvent avoir changé), une comparaison entre le cours d'aujourd'hui des titres de l'univers de Maison Placements et leur cours au moment où le brut était à 40 $ US laisse entrevoir des potentiels de gains élevés dans plusieurs cas (de 15 % à 50 %).

À chacun de faire ses devoirs et d'évaluer les risques. Il va de soi qu'une société plus endettée comme Encana offre aujourd'hui plus de potentiel de rebond, mais aussi plus de risques qu'une société comme Imperial Oil.

Sur le radar

Pétrole West Texas Intermediate

Le cours sur un an

Source : Bloomberg

Recommandations de Maison Placements Canada

Société pétrolière (cours au 18 janv. 2016) / Cours d'achat recommandé

Birchliff (BIR, 3,17 $) / 3,30-3,50 $

Canadian Natural Resources (CNQ, 23,62 $) 24-26 $

Cenovus Energy (CVE, 16,67 $) / 14-15 $

Encana (ECA, 5,27 $) / 6-7 $

Husky Energy (HSE, 12,76 $) / 14-15 $

Imperial Oil (IMO, 39,74 $) / 33-35 $

Suncor Energy (SU, 29,44 $) / 27-29 $

Tourmaline Oil (TOU, 22,50 $) / 20-21 $

Source : Maison Placements Canada

Suivez François Pouliot sur Twitter @f_pouliot

À propos de ce blogue

Diplômé en droit de l'Université Laval, François Pouliot est avocat et commente depuis plusieurs années l'actualité économique et financière. Il a été chroniqueur au Journal Le Soleil, a collaboré au Globe and Mail et dirigé les sections économiques des différentes unités de Quebecor Media, notamment la chaîne Argent. Au cours de sa carrière, il a aussi fait du journalisme d'enquête ce qui lui a valu quelques distinctions, dont le prix Judith Jasmin. La Bourse Southam lui a notamment permis de parfaire son savoir économique à l'Université de Toronto. François a de même été administrateur de quelques organismes et fondation. Il est un mordu des marchés financiers et nous livre son analyse et son point de vue sur diverses sociétés cotées en bourse. Québec inc. sera particulièrement dans sa mire.

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