Barack Obama a raison: nous vivons à une belle époque

Publié le 15/11/2019 à 22:28

Barack Obama a raison: nous vivons à une belle époque

Publié le 15/11/2019 à 22:28

L'ancien président américain Barack Obama (Source photo: Getty Images)

ANALYSE GÉOPOLITIQUE – L’histoire est une discipline fantastique. Elle permet d’avoir une perspective à long terme et de comprendre le présent, en plus de ne pas sombrer dans un pessimisme plutôt à la mode ces temps-ici, même dans les milieux économiques. Barack Obama l’a bien expliqué lors de son passage à Montréal.

Lors d’une «conversation» au Centre Bell le 14 novembre organisée par la Chambre de commerce du Montréal Métropolitain devant 12 000 personnes, l’ancien président américain a déclaré que nous vivons dans une époque choyée de l’histoire humaine. Oui, une belle époque, malgré la menace que fait peser le changement climatique sur l’environnement, l’économie et nos sociétés.

Si chacun d’entre nous devait choisir une période de l’histoire, la plupart d’entre nous choisirait sans doute de vivre maintenant, souligne l’ancien leader démocrate.

Mais puisque nous sommes en Amérique du Nord, une société qui n’a d’yeux que pour le présent et où on n’enseigne pas suffisamment l’histoire, la perception selon laquelle nous vivons des heures sombres est bien ancrée dans nos têtes.

Or, cette mauvaise perception a non seulement un impact sur l’humeur des citoyens, mais aussi sur celle des entrepreneurs, des chefs d’entreprises et des investisseurs.

Montée du populisme d’extrême gauche et d’extrême droite, augmentation des inégalités entre les pays et à l’intérieur des États, climat toxique sur les réseaux sociaux, polarisation du débat public…

Le monde fait certes face à plusieurs défis depuis la récession mondiale de 2008-2009, et ce, après deux décennies d’espoir dans la foulée de la chute du mur de Berlin, de la fin de l’apartheid en Afrique du Sud, de l’unification de l’Europe puis de la démocratisation de l’Amérique latine.

Par contre, le monde va beaucoup mieux maintenant comparativement à toutes les autres périodes de l’histoire, fait remarquer Barack Obama.

Sans être «complaisant», il souligne par exemple que les sociétés de par le monde sont en général de plus en plus tolérantes à l’égard des minorités (sexuelles, visibles et religieuses), même dans les régimes opaques et très conservateurs.

Ce n’est pas tout.

Les jeunes sont de plus en plus scolarisés, à commencer par les filles. La médecine soigne de plus en plus de maladies jugées incurables il y a quelques décennies encore. L’espérance de vie a tendance à augmenter.

Malgré la guerre en Syrie ou en République démocratique du Congo, le nombre et la mortalité des guerres entre États ont aussi diminué drastiquement depuis 1945.

Et à ceux qui s’inquiètent de la polarisation de la société américaine, l’ancien président rétorque qu’elle était encore bien plus polarisée durant la guerre civile (1861-1865), un conflit qui a fait 750 000 morts!

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Mais comme nous sommes constamment bombardés de mauvaises nouvelles, cette surdose d'information (souvent sans mise en contexte) teinte notre perception du monde, surtout pour ceux et celles qui ne s'intéresssent pas à l'histoire.

Or, un petit recul historique permet justement de constater à quel point d’autres périodes ont été -et de loin- beaucoup plus sombres qu’aujourd’hui :

  • la Première Guerre mondiale (1914-1918), qui a provoqué la chute de quatre empires (l’empire allemand, l’empire austro-hongrois, l’empire russe et l’empire ottoman), sans parler de la révolution communiste en Russie, en 1917.
  • La montée du fascisme (un mouvement révolutionnaire, anti-bourgeois, anti-capitaliste, anti-démocratique, où l’État contrôle toutes les facettes de la société et où l’individualité n’existe plus) en Europe dans les années 1920 et 1930, notamment en Allemagne et en Italie.
  • la Deuxième Guerre mondiale (1939-1945), qui a pratiquement détruit l’ensemble de l’Europe, et qui a consacré l’émergence de deux superpuissances, les États-Unis et l’Union des républiques socialistes soviétique (URSS), une dictature communiste qui a asservi ensuite l’Europe de l’Est.
  • La guerre froide (1945-1991), qui a provoqué de vives tensions entre les États-Unis et l’URSS. Pendant presqu’un demi-siècle, l’humanité a couru le risque de voir le monde être anéanti par une guerre nucléaire totale, surtout lors de la crise des missiles à Cuba, en 1962.

Comme mentionné plus haut, la seule véritable ombre au tableau à notre époque est la crise écologique, créée de toute pièce par la société de surconsommation qui s’est développée après la Deuxième Guerre mondiale.

  • Le climat de la Terre se réchauffe rapidement en raison des émissions de gaz à effet de serre (GES). Il a déjà progressé de 1 degré Celcius depuis le début de l’ère industrielle. Ce réchauffement ne doit pas dépasser les 2 degrés, et, pour y arriver, l’humanité doit réduire ses émissions de 45% d’ici 2030, selon le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC).
  • L’humanité consomme les ressources naturelles à un rythme supérieur à celui de leur cycle de renouvellement naturel, soit environ 50 milliards de tonnes métriques par année, selon le magazine américain Foreign Policy (Why Growth Can’t Be Green). 
  • L’activité humaine détruit la biodiversité et les écosystèmes de la planète qui nous rendent des services écologiques essentiels et inestimables comme la production d’eau et d’oxygène.
  • Les océans s’acidifient et affectent négativement la vie marine, qui représente une source importante de protéines pour nourrir les humains.

La crise écologique est donc majeure.

Malgré tout, l’ancien président américain demeure optimiste, notamment pour la lutte au changement climatique. Nous avons encore le temps pour changer les choses, mais il faut faire vite, prévient-il.

Outre la mobilisation des jeunes et de Greta Thunberg, il affirme que les énergies vertes progressent très vite et deviennent un choix judicieux tant sur les plans écologiques et qu’économiques.

Il donne l’exemple du charbon (l’énergie fossile la plus polluante et émettrice de GES), un secteur en déclin aux États-Unis en raison de ses coûts de production trop élevés.

Selon Barack Obama, l’intelligence artificielle peut aussi être d’une aide précieuse dans la lutte au changement climatique.

Par exemple, elle peut déterminer quelle est la manière la plus efficace pour chauffer et éclairer un bâtiment, réduisant ainsi la consommation d’énergie, les émissions de GES (si la source d’énergie est d’origine fossile) et la facture énergétique.

Le 44e président des États-Unis n'a pas soulevé ce point, mais on peut aussi imaginer un futur pas si lointain où un système d’IA ou un ordinateur quantique (une machine dotée d’une capacité de calcul exponentielle) sera capable de calculer avec précision la quantité de ressources et d’énergie que peut consommer chaque pays afin de s’assurer d’avoir un vrai développement durable tout en réduisant les GES.

Bref, une troisième voie est possible.

Nous n’avons pas bêtement le choix entre le climatoscepticisme et la «collapsologie», ce mouvement qui affirme que le monde s’effondre et que la fin de la civilisation approche, voire la disparition de l’humanité.

La mobilisation, la planification et l’action à l’échelle planétaire sont toujours possibles.

Nous pouvons nous appuyer sur des millions de scientifiques, des ressources financières sans commune mesure dans l’histoire humaine, des entrepreneurs dynamiques et innovateurs qui veulent changer le monde, sans parler d’États organisés (incluant les villes, les États fédérés) capables d’interagir et de s’entraider.

Comme le dirait si bien Barack Obama, yes, we can.

Car nous vivons au 21e siècle.

 

 

À propos de ce blogue

Dans son analyse hebdomadaire Zoom sur le monde, François Normand traite des enjeux géopolitiques qui sont trop souvent sous-estimés par les investisseurs et les exportateurs. Journaliste au journal Les Affaires depuis 2000 (il était au Devoir auparavant), François est spécialisé en commerce international, en entrepreneuriat, en énergie & ressources naturelles, de même qu'en analyse géopolitique. François est historien de formation, en plus de détenir un certificat en journalisme de l’Université Laval. Il a réussi le Cours sur le commerce des valeurs mobilières au Canada (CCVM) de l’Institut canadien des valeurs mobilières et il a fait des études de 2e cycle en gestion des risques financiers à l’Université de Sherbrooke durant 15 mois. Actuellement, il est inscrit au MBA à temps partiel à l'Université de Sherbrooke. Depuis une vingtaine d’années, François a réalisé plusieurs stages de formation à l’étranger: stage à l’École supérieure de journalisme de Lille, en France (1996); stage auprès des institutions de l'Union européenne, à Bruxelles (2002); stage auprès des institutions de Hong Kong (2008); participation à l'International Visitor Leadership Program du State Department, aux États-Unis (2009). En 2007, il a remporté le 2e prix d'excellence Caisse de dépôt et placement du Québec - Merrill Lynch en journalisme économique et financier pour sa série « Exporter aux États-Unis ».

François Normand

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