Si les administrateurs de Bombardier avaient 40 ans...

Publié le 04/04/2017 à 16:59

Si les administrateurs de Bombardier avaient 40 ans...

Publié le 04/04/2017 à 16:59

Jean Monty, président du comité de rémunération de Bombardier

Si les membres du conseil d’administration de Bombardier avaient 40 ans, auraient-ils approuvé – proposé? - la rémunération des six membres de la direction?

Lorsque vous occupez un poste décisionnel, le passage du temps influence-t-il nécessairement vos perceptions pour en arriver à vous isoler de la réalité et du quotidien? Le pouvoir, lorsqu’il est exercé longtemps, pousse-t-il forcément ceux qui le détiennent dans le moule dicté par le système?

Je n’ai aucune réponse à ces questions. Et je tiens à préciser qu’il ne s’agit pas d’un jugement de valeur envers une génération en particulier. Il s’agit d’une réflexion sur le pouvoir. De ce qu’on en fait. De ce qu’on peut en faire. Peut-on réellement faire les choses autrement? Le système économique, ou politique, en place est-il plus fort que la capacité et le désir de changement des générations qui prennent le relais?

Si Bombardier comptait quelques administrateurs entre 30 et 45 ans, ils auraient peut-être évoqué l’air du temps, les médias sociaux, le débat sur les inégalités et le salaire minimum comme facteurs de risque - et d’éthique - à considérer au moment d’établir la rémunération des dirigeants. Ou peut-être pas. Et on les aurait écouté, ou pas. Mais cette hypothèse se situe dans le champ des possibilités. Cette discussion aurait pu naître. Pas parce que les 30-45 ans sont plus honnêtes ou plus éthiques que leurs aînés. Simplement parce qu’ils ont été exposés au pouvoir moins longtemps. Ce qui les pousse à prendre encore en considération l’écosystème, la société et les citoyens, qui se trouvent à l’extérieur des murs de l’entreprise. Plus on détient le pouvoir longtemps, plus on est confiant en son influence. Et plus  « les autres » deviennent un concept diffus.

On mise beaucoup sur les nouvelles générations. On les investit de grandes capacités de changement. D’une volonté de faire les choses autrement. On évoque leurs valeurs, si différentes de celles de la génération précédente. Mais, savent-elles, peuvent-elles, faire les choses autrement?

C’est ce dont on discutera lors de l’événement Tribu 17, qui se tiendra à l’Estérel, dans les Laurentides, de jeudi à samedi. À l’invitation de l’Institut du Nouveau Monde, 140 leaders de 30 à 45 ans partageront leurs histoires. Comment tentent-ils de faire les choses autrement? Quelles stratégies ont-ils imaginées pour «contourner le système»? Quels alliés ont-ils découverts? Quels préjugés/procédures/idées reçues ont-ils réussi, ou pas, à surmonter? L’événement se décline en trois volets: argent (affaires), pouvoir (politique) et identité. J’animerai le volet argent. Mon collègue Matthieu Charest vous fera un compte-rendu des discussions d’ici quelques jours.

Plusieurs grandes entreprises ont inscrit leur relève à Tribu 17. Parmi, celles-ci, on trouve Bombardier. Tant mieux. Il ne faut surtout pas réduire une entreprise à son équipe de direction. Une entreprise c’est la somme du travail de tous les employés.

 

À propos de ce blogue

Diane Bérard est chroniqueur et journaliste de solutions pour la marque Les Affaires. Elle contribue à l’édition papier, au contenu web et à l’animation des événements. Elle pratique le journalisme de solutions qui consiste à présenter, avec un regard critique, des initiatives qui tentent de résoudre des problèmes sociétaux. Ses champs d’intérêt sont le nouveau capitalisme, l’innovation sociale, l’éthique, la gouvernance et la finance socialement responsable. Elle est régulièrement invitée à commenter ces enjeux dans les médias. Elle a coécrit quatre best-sellers (Deux filles le mercredi soir, Les fous du roi, J’ai perdu ma montre au fond du lac, La chaise rouge devant le fleuve). Son blogue, «Le fil de Diane» aide le lecteur à trouver le chemin vers une économie à impact sociétal positif.

Diane Bérard

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