Oscars: l'actrice, l'abuseur et la fonctionnaire milliardaire

Publié le 05/03/2018 à 11:52

Oscars: l'actrice, l'abuseur et la fonctionnaire milliardaire

Publié le 05/03/2018 à 11:52

France McDormand,vedette de 'Three Billboards outside Ebbing", a remporté l'Oscar de la meilleure actrice hier soir. (Crédit: Red Carpet Report on Mingle Media TV)

Hier, la lumineuse Frances McDormand a remporté pour la deuxième fois l’Oscar de la meilleure actrice. En 1997, l’Académie lui avait décerné pour son rôle de policière enceinte dans Fargo. En 2018, elle le remporte pour son rôle de mère écorchée par le viol et le meurtre brutal de sa fille dans le film « Three Billboards Outside Ebbing, MIssouri». Pour en savoir plus sur le contenu du discours de Frances McDormand et le concept de "inclusion rider", je vous conseille de lire ceci.

Deux personnages de femmes fortes.

Hollywood aime les femmes fortes… à l’écran. Dans la vie, c’est une autre histoire.

Au cours des 11 dernières années, 4% des films américains ont été réalisés par des femmes. Et leur carrière dure pas mal moins longtemps. Plus des trois quarts (83,7%) des femmes ne dirigent jamais un second film. Cette proportion chute à 55,3% chez leurs homologues masculins. C’est ce que nous apprend un récent rapport de la University of Southern California Anneberg School for Communication and Journalism.

Qu’est-ce qui pourrait faire bouger les choses?

La compagnie de production d’Harvey Weinstein.

Vous avez bien lu, je parle de celui-là même qui est accusé d’inconduite sexuelle par plus de 70 actrices.

Comment est-ce possible?

C’est simple, sa société de production vient d’être rachetée par un groupe mené par Maria Contreras-Sweet, milliardaire et ex-responsable du dossier des PME à la Maison-Blanche.

Ce groupe a déboursé 500M$US - dont 225M$US serviront à rembourser la dette - pour acquérir les actifs de la Weinstein Company. Les 150 employés seraient donc préservés.

Les nouveaux propriétaires comptent déployer une série de mesures pour redorer l’image de la maison de production et tenter d’inspirer le secteur au complet.

Maria Contreras-Sweet, ex-banquière, ex-fonctionnaire, investisseure et milliardaire est désormais coprorpriétaie de la Weinstein Company (Crédit: gouvernement des États-Unis)

Le message de la nouvelle copropriétaire de la Weinstein Company à ses homologues de l’industrie du cinéma

«The recent events at The Weinstein Company have put focus on how women in the entertainment industry have been treated. (…) We believe that reorganizing the Company as a woman-led venture will be an inspiration to the industry, and a new model for how an entertainment company can be both financially successful and treat all its employees with dignity and respect.»

Les mesures que les nouveaux propriétaires de la Weinstein Company comptent déployer

1- Changer le nom de l’entreprise;

2- Nommer un conseil d’administration majoritairement composé de femmes. Je sais que ce n’est pas magique. Mais la diversité sur un CA donne toujours de meilleurs résultats que l’homogénéité. Ça amène plus de questions, plus de discussions et ça réduit le risque de rater des angles morts qui pourraient mener l’organisation dans le mur;

3- Créer un fonds d’indemnisation de 80M$US pour les femmes qui seront reconnues victimes d’abus de la part d’Harvey Weistein ou de tout autre membre de la direction. Je précise que cette condition a été imposée par le procureur général de l’État de New York, Eric Schneiderman. De la somme de 80M$US, entre 40M$US et 50M$US proviendront de la vente de police d’assurance, de la vente de certains projets de films ainsi que d’une marge de crédit.

Maria Contreras-Sweet n’a pas d’expérience dans le secteur du divertissement. Elle a fait carrière dans le secteur privé. En 2006, elle a fondé la ProAmerica Bank, une institution financière destinée aux entreprises démarrées par la communauté hispanique des États-Unis. Puis, elle a fait le saut en dans la fonction publique où elle a dirigé les 44 000 employés de la California cabinet Secretary of the Business, Transportation and Housing Agency. Cette agence avait un budget de 14G$US. En 2014, elle est passée au US Small Business Administration qui gère un portefeuille de prêts de 120G$US.

On jugera les qualités de gestionnaire de Maria Contreras-Sweet et sa volonté de contribuer à établir une forme d’équité à Hollywood à ses choix de recrutement au CA et dans les différents postes de gestion de la maison de production.

Le défi consistera à recruter des gens compétents dans l’industrie cinématographique, mais qui ne traîneront pas avec des façons de faire,et de penser, dépassées et injustes.

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À propos de ce blogue

Diane Bérard est chroniqueur et journaliste de solutions pour la marque Les Affaires. Elle contribue à l’édition papier, au contenu web et à l’animation des événements. Elle pratique le journalisme de solutions qui consiste à présenter, avec un regard critique, des initiatives qui tentent de résoudre des problèmes sociétaux. Ses champs d’intérêt sont le nouveau capitalisme, l’innovation sociale, l’éthique, la gouvernance et la finance socialement responsable. Elle est régulièrement invitée à commenter ces enjeux dans les médias. Elle a coécrit quatre best-sellers (Deux filles le mercredi soir, Les fous du roi, J’ai perdu ma montre au fond du lac, La chaise rouge devant le fleuve). Son blogue, «Le fil de Diane» aide le lecteur à trouver le chemin vers une économie à impact sociétal positif.

Diane Bérard

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