Le monde des accélérateurs est-il trop consanguin?

Publié le 18/12/2018 à 08:59

Le monde des accélérateurs est-il trop consanguin?

Publié le 18/12/2018 à 08:59

Crédit: 123rf

Jeudi dernier (13 décembre), c’était soir de graduation pour la 5e cohorte de l’accélérateur Banque Nationale-HEC Montréal.

En tout, 11 entreprises ont complété ce programme de trois mois. Avant de vous les faire connaître, j’aimerais partager une réflexion avec vous. Cette réflexion n’est pas liée à l’accélérateur Banque Nationale-HEC Montréal en particulier. Elle touche tous les accélérateurs généralistes sans distinction. Cette réflexion me trotte dans la tête depuis plusieurs mois déjà. C'est en apprenant que les gagnants de la cohorte 2017 de l'accélérateur Banque Nationale-HEC Montréal (FoodRelay, qui a partagé son parcours lors de la soirée du 13 décembre) amorcent un 4e parcours dans un accélérateur que j'ai décidé de partager mon questionnement. Je précise que FoodRelay n'est pas le seul "accéléré en série", bien au contraire. C'est une pratique courante. C'est pourquoi je profite de la fin de l’année pour lancer la discussion pour 2019.

Si l’on écarte les programmes spécialisés, le monde des accélérateurs est très consanguin. Je parle de celui de Montréal, puisque c’est celui que je connais. J’ai assisté à de nombreux Demo Day - c’est ainsi que l’on nomme le jour de la diplomation, lorsque les entrepreneurs font leur présentation finale en vue de la remise de prix. Les mêmes jeunes pousses apparaissent souvent chez plusieurs accélérateurs généralistes.

Tantôt en même temps. On m’a expliqué qu’il est possible pour un entrepreneur de participer à plusieurs programmes d’accélération de front. Surtout lorsque certains programmes comportent peu de classes de groupes, et plusieurs sessions d’accompagnement individuel.

Parfois, les entreprises enfilent les programmes un à la suite de l’autre. Elles en complètent un pour en amorcer tout de suite un autre. Et puis, il y a les entrepreneurs qui «magasinent». Ils postulent partout. S’ils reçoivent plusieurs réponses positives, ils se donnent le temps de choisir. Lorsqu’ils se désistent, sont-ils remplacés par d’autres candidats «en attente»? On l’espère.

L'écosystème des accélérateurs sert-il la cause de l'entrepreneuriat et du développement économique et sociétal?

Bref, l’échantillon total des accélérateurs généralistes s’avère limité et répétitif. J’observe qu’il s’homogénéise au même rythme que se multiplie ce type de programmes. Je comprends la stratégie pour les gestionnaires de ces programmes: ils souhaitent tous accueillir LA jeune pousse que tout le monde s’arrache. Je comprends aussi la stratégie pour les entrepreneurs qui veulent profiter au maximum des ressources disponibles. Mais je me demande si, au final, l’écosystème y gagne: sert-on la cause de l’entrepreneuriat et du développement économique et sociétal?

Maintenant qu’il a atteint une certaine maturité, le secteur des accélérateurs devrait peut-être distinguer l’entreprise et la solution. Il est vrai que certains enjeux contemporains comme la sécurité alimentaire, le gaspillage, la gestion des déchets, la santé mentale et la pénurie de main-d’oeuvre constituent des occasions d’affaires incontournables. Il est donc normal qu’on retrouve des jeunes pousses qui s’y attaquent dans les programmes d’accélération. Mais, compte tenu de l’ampleur de ces enjeux, ne faudrait-il pas encourager l’épanouissement de plus qu’une poignée d’entreprises pour les régler?

La question est lancée.

Voyons maintenant à quels enjeux s’attaquent les 11 entreprises diplômées de la cohorte 2018 de l’accélérateur Banque Nationale-HEC Montréal.

Santé

Myelin (Marc-Olivier Schüle, Marise Bonenfant, François Menet)

Pour son lancement, cette application de collaboration et d’information en santé mentale se concentre sur l’autisme. À terme, d’autres champs d’expertise s’ajouteront. Myelin vise deux clientèles avec deux déclinaisons différentes de son produit. D’abord, les cliniques. Ensuite, les patients et leurs proches. Cette jeune pousse veut autonomiser le patient et son entourage pour permettre des choix libres et éclairés.

Main-d’œuvre

The Plus Value (Selwa Rafi, Leidy Ojeda)

Il s’agit d’une plateforme de perfectionnement au leadership pour les cadres du secteur de l’aérospatial, de la sécurité et de la défense. Pourquoi vise-t-elle cette clientèle en particulier? Parce que ces cadres ont souvent une formation très technique qui ne les prépare pas nécessairement à occuper un poste de gestion. The Plus Value élabore un programme personnalisé pour le candidat. Parcours que les RH peuvent suivre.

C3pH (Alexandre Gauthier, Dominic Migneault, Nicolas Sève)

C’est une plateforme d’abonnement qui propose des pratiques de gestion innovantes pour fidéliser les employés. Une fois l’enjeu de fidélisation identifié par l’entreprise, on lui propose des solutions éprouvées dans d’autres entreprises. La devise de C3PH: «En attendant les robots, développons le potentiel humain des organisations».

Technologie

Pilot Things (Éric Szymkowiak)

Ce logiciel donne aux villes, aux immeubles et aux usines le contrôle des objets connectés. Prenons l’exemple de la ville de Bordeaux, en France. Celle-ci contrôle à distance la maintenance de ses lampadaires, entre autres. Les objets connectés utilisent les réseaux de télécommunication pour envoyer leurs données à des serveurs. Ces données sont utilisées par les services de maintenance pour planifier leurs travaux, par exemple. Pilot Things noue des alliances avec fournisseurs de technologies, comme Cisco et Microsoft, aussi bien que des fabricants d’objets.

Divertissement

Mirage Sport Électronique (Yannick Babin)

Cette société vise le développement du sport électronique de compétition. Elle fournit aux créateurs de jeux vidéo une structure pour créer des événements et faciliter leur mise en marché. Mirage testera d’abord sa plateforme avec deux jeux, puis elle compte en ajouter régulièrement.

Gueule d’érable (Florence Montuoro-Kervin, Karl Delisle-Pagé)

Munich a son Oktoberfest. Montréal, son festival de l’érable. La première édition de «Gueule d’érable» a eu lieu en 2017, lors des festivités du 350e anniversaire de Montréal. La troisième édition se tiendra du 26 au 28 avril 2019, au Vieux-Port de Montréal. Les organisateurs voient grand: 15 cabanes à sucre, 25 food trucks, 40 heures de programmation musicale, des concours d’hommes forts et de femmes forts (en association avec Econofitness). On vise 25 000 participants en trois jours. En 2020, on sort de Montréal : Tremblant, Ottawa et Vancouver. Et en 2021, «Gueule d’érable on the road», à South by Soutwest et à Tokyo. À l’étranger, le festival se veut un véhicule pour les produits québécois. Au Québec, une diversification de l’offre de divertissement extérieur lors d’une période creuse, soit avril.

Commerce de détail

Market Spell (Amhed Awod)

Cette place de marché électronique propose des produits canadiens. Le fondateur, Amhed Awod, désire conjuguer rendement financier, environnemental et social. Ses serveurs sont alimentés à 100% d’énergie renouvelable. Il soutient plusieurs organismes caritatifs. Quant à ses fournisseurs, près des trois quarts (70%) sont des artisans et des artistes et 30%, des PME. Sa clientèle se compose majoritairement de femmes (75%), à qui il propose un système de récompense pour les fidéliser.

Belle&Belly (Caroline Papazian)

Cette PME s’attaque à un sous-secteur de l’industrie du vêtement aux prises avec un enjeu d’obsolescence programmée: les vêtements de maternité. Un vêtement de maternité ne peut être porté bien longtemps. Après la grossesse, il rejoint la montagne de rebuts que cette industrie engendre. La fondatrice de Belle&Belly s’inspire de l’économie circulaire pour proposer un service de location de vêtements de maternité. Chaque vêtement est loué à répétition pendant un an et demi, puis il est vendu au rabais. Ce service permet de réduire le coût de la garde-robe de maternité tout en permettant d’augmenter la diversité sans accroître l’impact environnemental.

Alimentation/agriculture

On mange quoi (Clarisse Fournier, Anthony Ouzeau,Yann Berhault)

«On mange quoi, ce midi/ce soir?» Voilà l’enjeu auquel s’attaquent ces trois entrepreneurs. Ils proposent des repas préparés et des boissons dans les machines distributrices. Ce sont «les nouvelles technologies au service de l’artisanat alimentaire local.» Ce traiteur propose 100 repas imaginés par 15 chefs québécois. Les stocks sont gérés en temps réel pour assurer un approvisionnement adéquat. On retrouve ces repas dans les machines distributrices de certaines cafétérias (grâce à un partenariat avec la multinationale Sodexo) ainsi que dans les lieux publics de forte affluence. L’entreprise a ses propres cuisines. On mange quoi propose aussi un service de traiteur traditionnel. Sa devise, «Mangez local, quand vous voulez, où que vous soyez.»

D’AM (Annie Lafleur)

Une ex-barista qui se lance dans la fabrication de lait d’amande, voilà l’histoire de D’AM. Annie Lafleur s’est donné comme mission de produire le lait d’amande «le plus pur au monde» en se limitant à quatre ingrédients: des amandes, de l’eau, du sirop d’érable et du sel. D’AM mise sur la baisse de consommation de lait de vache et le gain de popularité des laits alternatifs. Pour sa mise en marché, la jeune pousse vise des ambassadeurs spécialisés: les baristas. Ainsi, Cole Torode, nommé meilleur barista au Canada en 2018, a adopté D’AM. Il le sert dans la chaîne de cafés qu’il a cofondée, Rosso, en Alberta. La stratégie a été répétée avec la chaîne 49 th Parallel Coffee, de Vancouver. D’autres chaînes réputées seront approchées, en souhaitant qu’elles adoptent elles aussi D’AM pour avoir un effet d’entraînement sur le reste de l’industrie.

Agrilog (Raphaëlle Viau, Fred Viau, Mathieu Phaneuf)

Agrilog aide et soutient les agriculteurs dans l’entreposage de leur récolte, afin de sécuriser leurs grains et maximiser leurs revenus. Pour se préserver, le grain doit être aéré. Les capteurs locaux d’Agrilog - un système électronique autonome basé sur l’internet des objets - facilitent la ventilation des silos en attendant la livraison. L’agriculteur reçoit l’information à distance, en temps réel. Le trio d’entrepreneurs travaille actuellement à une version abordable de sa technologie. Pour la petite histoire, l’arrière-grand-père de Raphaëlle et Fred Viau fut le premier agronome diplômé au Québec.

Les gagnants de la cohorte 2018 de l’accélérateur Banque National-HEC

Premier prix: Agrilog

Deuxième prix: Gueule d’érable

Troisième prix: D’AM

Prix du public: D’AM

À propos de ce blogue

Diane Bérard est chroniqueur et journaliste de solutions pour la marque Les Affaires. Elle contribue à l’édition papier, au contenu web et à l’animation des événements. Elle pratique le journalisme de solutions qui consiste à présenter, avec un regard critique, des initiatives qui tentent de résoudre des problèmes sociétaux. Ses champs d’intérêt sont le nouveau capitalisme, l’innovation sociale, l’éthique, la gouvernance et la finance socialement responsable. Elle est régulièrement invitée à commenter ces enjeux dans les médias. Elle a coécrit quatre best-sellers (Deux filles le mercredi soir, Les fous du roi, J’ai perdu ma montre au fond du lac, La chaise rouge devant le fleuve). Son blogue, «Le fil de Diane» aide le lecteur à trouver le chemin vers une économie à impact sociétal positif.

Diane Bérard

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