La fin du rapport annuel

Publié le 22/06/2015 à 16:41

La fin du rapport annuel

Publié le 22/06/2015 à 16:41

Assistons-nous à la mort du rapport annuel? Pourrait-il être remplacé par le rapport intégré?

Le reporting intégré conjugue les données financières et extra-financières.

Il donne au lecteur un portrait plus complet de l’entreprise qu’un simple rapport annuel. Mais le rapport intégré est d’abord utile à l’organisation qui le publie. Pour le produire, elle doit identifier tous les facteurs - tangibles et intangibles - qui influencent sa capacité à créer de la valeur à court, moyen et long terme. Si cette démarche est bien conçue, elle mène à des changements dans les priorités, les comportements et la prise de décision dans l’organisation.

Le reporting intégré sert à la fois les entreprises dites «traditionnelles» et les entreprises sociales. Le défi des premières consiste à intégrer des mesures extra-financières en marge de leurs indicateurs traditionnels. Quant aux entreprises sociales, pour attirer des investisseurs, elles doivent développer des mesures financières de leurs actions sociales et environnementales.

Le 10 juin dernier, j’ai assisté, à l’Esplanade, à une présentation du Comptoir de l’innovation. Cette société française a créé la méthodologie CDI ratings pour mesurer la rentabilité des entreprises sociales. Il s’agit d’une série d’indicateurs relevés sur un horizon de cinq à sept ans. Parmi ceux-ci, des indicateurs financiers traditionnels tels la solvabilité, le niveau d’endettement, l’évolution des charges, etc. Mais aussi des indicateurs extra-financiers comme la réplicabilité du modèle, la pérennité de l’action, la qualité des emplois créés, la pertinence de la réponse par rapport au problème social, etc. La somme pondérée de tous ces indicateurs donne une cote qui varie de AAA à DD, comme celles attribuées par les grandes agences de notation. Le CDI ratings pourrait bientôt être utilisé par les entreprises québécoises. Des discussions sont en cours.

Le concept de rapport intégré progresse aussi chez les entreprises traditionnelles. Environ 3000 entreprises à travers le monde produisent des rapports intégrés. La plupart se trouvent en Afrique, principalement en Afrique du Sud, là où cette démarche est devenue obligatoire. En Amérique du Nord, Edelman, Potash, VanCity et Prudential produisent des rapports intégrés.

À la fin de 2014, GDF Suez a été la première société du CAC 40 à publier un rapport intégré. La société Videndi, quant à elle, a publié une version abrégée. Et la société d’investissement Eurazeo vient de faire de même.

À quoi ressemble un rapport intégré?

L’International Integrated Reporting Council (IRRC) a publié, en décembre 2013, le Cadre de référence du Reporting Intégré dans lequel il définit les principes fondamentaux et les exigences en reporting intégré. L’IRRC est une coalition d’investisseurs, d’entreprises, d’acteurs réglementaires et de décideurs créée en août 2010 pour travailler sur une réforme du rapport annuel. L’IRRC définit le rapport intégré - IR - comme une communication concise sur la façon dont la stratégie, la gouvernance, la performance et les perspectives de l’organisation conduisent, compte tenu de son écosystème, à la création de valeur à court, moyen et long termes.

Les six formes de capitaux qui créent de la valeur

L’IRRC détermine six formes de capitaux que peuvent créer de la valeur pour une entreprise: le capital social, le capital humain, le capital manufacturier, le capital financier, le capital environnemental et le capital intellectuel.

Les limites du rapport intégré

Le rapport intégré et une amélioration par rapport au rapport annuel. Mais il n’est pas parfait. Les entreprises trouvent le processus trop lourd. Elles ont raison. Il y a bien plus d’informations à colliger. C’est un passage obligé fastidieux avant que ces indicateurs soient développés. Ce n’est pas tout. Il reste un défi important, comme en témoigne cette analyse. Le rapport intégré ne tient pas compte des externalités négatives qui affectent les parties prenantes… à moins que l’entreprise estime que ces externalités représentent un risque ou une opportunité pour elle.

On ne pourra jamais obtenir une transparence complète de la part des entreprises. Elles cultiveront toujours un jardin secret. Tentons simplement qu’il ne s’étende pas comme la mauvaise herbe.

À propos de ce blogue

Diane Bérard est chroniqueur et journaliste de solutions pour la marque Les Affaires. Elle contribue à l’édition papier, au contenu web et à l’animation des événements. Elle pratique le journalisme de solutions qui consiste à présenter, avec un regard critique, des initiatives qui tentent de résoudre des problèmes sociétaux. Ses champs d’intérêt sont le nouveau capitalisme, l’innovation sociale, l’éthique, la gouvernance et la finance socialement responsable. Elle est régulièrement invitée à commenter ces enjeux dans les médias. Elle a coécrit quatre best-sellers (Deux filles le mercredi soir, Les fous du roi, J’ai perdu ma montre au fond du lac, La chaise rouge devant le fleuve). Son blogue, «Le fil de Diane» aide le lecteur à trouver le chemin vers une économie à impact sociétal positif.

Diane Bérard

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