La coop funéraire qui analyse le cycle de vie des funérailles

Publié le 06/05/2016 à 12:22

La coop funéraire qui analyse le cycle de vie des funérailles

Publié le 06/05/2016 à 12:22

Ma mère est décédée le 16 mai 2012. Louis, Caroline et moi avons travaillé fort pour respecter ses dernières volontés tout en nous permettant de boucler la boucle sereinement. Il a fallu répondre un tas de questions. Il y en a toutefois une que nous ne nous sommes jamais posée : quelle est l’empreinte environnementale du type de funérailles que nous avions choisi?

Je me la suis posée mercredi soir. Novae, le média de l’économie positive et engagée, a dévoilé ses prix de l’entreprise citoyenne. La Coopérative funéraire des Deux Rives, à Québec, a gagné dans la catégorie « empreinte carbone ».  J'a pensé à maman. J’ai appelé Gary Lavoie, le dg, pour comprendre comment on mène un dossier aussi délicat que l'empreinte carbone des funérailles.

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Le défi humain du secteur funéraire

Réduire l’empreinte carbone d’une papetière, d’un restaurant ou d’une imprimerie pose un défi logistique et financier. Réduire l’empreinte carbone d’une entreprise funéraire pose aussi un défi humain. Les endeuillés qui organisent le rituel funéraire sont généralement souffrants. Ajouter le sort de la planète à leurs considérations n’est pas évident. Comment la Coopérative funéraire des Deux-Rives s’y est-elle prise?

Méthodiquement. Son association, la Fédération des coopératives funéraires du Québec, s’est d’abord dotée d’une politique de développement durable. Puis, elle l’a incarnée à travers deux volets : les bonnes pratiques de gestion (efficacité énergétique des immeubles, par exemple) et les funérailles elles-mêmes.

Le rituel funéraire le moins polluant? Aucun rituel...

L’industrie funéraire est extrêmement polluante. Les déplacements des proches venus rendre hommage au défunt. L’embaumement qui utilise des produits toxiques qui pénètrent le sol si le corps est enterré. Les émissions de CO2 lorsque le corps est incinéré. (80% des défunts de Montréal sont incinérés et entre 70% et 75% des défunts de Québec, et ces chiffres ne cessent d’augmenter). Les pierres tombales que l’on taille, grave et transporte. Celles-ci constituent une plus grande source de pollution que les corps eux-mêmes.

La Coopérative funéraire des Deux-Rives a procédé ( avec l’aide de la firme Optimum) à l’analyse cycle de vie de tous les rituels funéraires possibles pour déterminer les émissions de CO2 associés à chacun. Elle a ensuite établi la forme de compensation requise. Cela varie entre 0,63 et 3,85 arbres par funéraille. Le rituel le moins polluant? Il ne faut pas de rituel, soit mettre en terre du corps dès le décès. Pas d'exposition ni d'incinération ni de cérémonie.

Faire preuve d'humanité et de créativité

Il est irréaliste de demander à des endeuillés de ne souscrire à aucun rituel. J’avais besoin de dire au revoir à maman, mes enfants aussi. De la voir une dernière fois parée de ses bijoux favoris. « Nous sommes donc intervenus sur tout le reste », explique Gary Lavoie, le dg de la Coopérative funéraire des Deux-Rives. Ils ont convaincu leur fournisseur Cercueils Magog de fabriquer des cercueils en bois plus écologiques. En s’assurant qu’il y ait trois gammes, pour toutes les bourses. Ils ont collaboré avec une entreprise d’économie sociale qui fabrique des urnes pour imaginer un modèle en bois utilisant de la colle végétale. Cette OBNL recrute de employés souffrant d’un handicap intellectuel. «Ceci nous permet d’avoir à la fois un impact social et environnemental», explique Gary Lavoie.

À la fin de chaque année, la coop évalue l’empreinte environnementale des 2000 funérailles qu’elle organise. Cet impact est traduit en nombre d’arbres dont la moitié est plantée dans la coopérative forestière Fernand-Boilleau, au Saguenay. Le reste est planté au Pérou, avec la collaboration de l’organisme Socodevi.

Assister aux prix de l’entreprise citoyenne et repartir en réfléchissant à l’impact de nos rituels funéraires… C’est ça la magie du travail de journaliste. Vous ne savez jamais ce que vous allez découvrir ;-)

 

 

 

 

 

À propos de ce blogue

Diane Bérard est chroniqueur et journaliste de solutions pour la marque Les Affaires. Elle contribue à l’édition papier, au contenu web et à l’animation des événements. Elle pratique le journalisme de solutions qui consiste à présenter, avec un regard critique, des initiatives qui tentent de résoudre des problèmes sociétaux. Ses champs d’intérêt sont le nouveau capitalisme, l’innovation sociale, l’éthique, la gouvernance et la finance socialement responsable. Elle est régulièrement invitée à commenter ces enjeux dans les médias. Elle a coécrit quatre best-sellers (Deux filles le mercredi soir, Les fous du roi, J’ai perdu ma montre au fond du lac, La chaise rouge devant le fleuve). Son blogue, «Le fil de Diane» aide le lecteur à trouver le chemin vers une économie à impact sociétal positif.

Diane Bérard

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