Des Québécois veulent lancer une nouvelle banque

Publié le 17/06/2016 à 10:31

Des Québécois veulent lancer une nouvelle banque

Publié le 17/06/2016 à 10:31

Des partcipants au groupe de discussion d'Impak Finance sur la banque idéale (Crédits: Jonathan Chaloux et Alexandre Bigot)

En août prochain, les Québécois seront invités à devenir actionnaires d’une nouvelle banque: Impak Finance. La future institution financière canadienne –qui devrait amorcer officiellement ses activités en 2018– lancera une campagne de financement participatif par actions (equity crowdfunding).

La plus récente banque canadienne aurait été créée il y a six mois. Il est possible pour un petit groupe de lancer une banque depuis que le gouvernement canadien a retiré l’obligation que celles-ci soient détenues par un nombre élevé d’actionnaires («widely held »). Ce qui a ouvert la porte à de petits acteurs comme la future Impak Finance.

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La mission particulière d’Impak Finance

Impak Finance offrira tous les services traditionnels d’une banque et sera soumise à la loi canadienne sur les institutions financières. Mais elle aura une particularité: tous les projets qu’elle financera seront des projets à impact. C’est-à-dire des projets qui ont des retombées sociales ou environnementales concrètes.

Vous me direz que tout projet d’entreprise crée des emplois donc qu’il a automatiquement des retombées sociales. Ce n’est pas de cela dont il est question dans ce cas-ci. Impak Finance se spécialisera dans l’investissement d’impact. Le terme «investissement d’impact» a été inventé en 2007. La définition la plus citée le décrit comme étant «des investissements visant à créer un impact positif au-delà des rendements financiers». Les investisseurs d’impact cherchent à aller au-delà du «ne pas nuire» et s’orientent vers le déploiement intentionnel afin de mettre en place des solutions aux problèmes sociaux.

Sur le site de l’Association pour l’investissement responsable, on peut lire que l’investissement d’impact se différencie des placements traditionnels ainsi:

1) L’intention des investisseurs: ceux-ci cherchent à allouer le capital à des placements pour lesquels ils s’attendent à la fois à un rendement financier (allant du remboursement du capital à des rendements supérieurs) et à un impact sociétal défini.

2) L’intention de l’entité émettrice: les modèles d’affaires des entités émettrices (qu’ils soient à but lucratif ou sans but lucratif, des fonds, des entreprises ou d’autres instruments financiers) sont intentionnellement construits pour créer une valeur financière et sociale.

3) Mesure des impacts: les investisseurs et les sociétés émettrices sont en mesure de démontrer comment ces intentions déclarées se traduisent en impacts sociaux mesurables.

Qui sont les fondateurs d’Impak Finance?

Ils sont une douzaine incluant des Québécois, des Canadiens et des Européens. J’en ai rencontré deux mardi soir lors d’une présentation au Salon 1861. Ce sont Paul Allard (connu pour avoir cofondé Zaq Interactive Solutions dans les années 90, une société qui développait des intergiciels pour la télé interactive) et Tima Gros (qui a œuvré longtemps dans le secteur du développement durable). Cette double expertise représente les piliers de ce projet, soit la technologie et le développement durable. Car Impak Finance n’aura pas de présence physique. Ce sera une banque en ligne.

Pourquoi avoir choisi cette mission?

Les fondateurs d’Impak Finance ont identifié plusieurs sources d’insatisfaction chez les clients des banques. La principale étant l’opacité. Opacité de l’information et de la gouvernance, mais aussi opacité de l’utilisation des fonds des déposants. Un certain nombre d’entre eux souhaitent que leur argent soit redéployé dans la société à des fins arrimées à leurs valeurs.

Investir, c’est voter

Le consommateur a compris qu’acheter c’est voter. Aujourd’hui, l’épargnant réalise qu’investir c’est aussi voter. Par ses placements, l’investisseur peut influencer le sens du développement économique. Certaines institutions financières offrent des fonds éthiques ou des fonds responsables ou des fonds verts. Ce sont tous des produits de finance durable. Impak Finance compte tirer profit de cet appétit vers la finance durable et attirer à ceux et celles qui veulent voter avec leurs investissements. Car, soyons francs, les institutions financières canadiennes sont très en retard en matière de finance durable. Plusieurs n’offrent aucun produit de ce type. Et lorsqu’elles en offrent, leur personnel ne les propose pas parce qu’il n’y croit pas vraiment ou qu’il ne les comprend pas.

À propos de ce blogue

Diane Bérard est chroniqueur et journaliste de solutions pour la marque Les Affaires. Elle contribue à l’édition papier, au contenu web et à l’animation des événements. Elle pratique le journalisme de solutions qui consiste à présenter, avec un regard critique, des initiatives qui tentent de résoudre des problèmes sociétaux. Ses champs d’intérêt sont le nouveau capitalisme, l’innovation sociale, l’éthique, la gouvernance et la finance socialement responsable. Elle est régulièrement invitée à commenter ces enjeux dans les médias. Elle a coécrit quatre best-sellers (Deux filles le mercredi soir, Les fous du roi, J’ai perdu ma montre au fond du lac, La chaise rouge devant le fleuve). Son blogue, «Le fil de Diane» aide le lecteur à trouver le chemin vers une économie à impact sociétal positif.

Diane Bérard

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