Universitas: ne vous laissez pas mystifier par cette calculatrice REEE

Publié le 25/10/2016 à 10:04

Universitas: ne vous laissez pas mystifier par cette calculatrice REEE

Publié le 25/10/2016 à 10:04

Certains lecteurs se souviendront de cette série de chroniques (1, 2, 3) que j’ai publiées à la fin de l’été au sujet des régimes enregistrés d’épargne-études (REEE). J’y ai critiqué Universitas, la fondation de bourses d’études bien connue pour son programme de REEE collectif.

Je pensais bien avoir fait le tour de la question et ne plus y revenir, jusqu’à ce que la fondation lance un tapage publicitaire en septembre. Impossible de l’avoir manquée, leur publicité a tourné à la télé et sur les réseaux sociaux pendant des semaines. On y voit une maman nostalgique, une boîte de souvenirs sur les genoux, parler de l’importance d’épargner pour l’avenir des enfants, jusqu’à ce qu’elle s’interrompe pour crier brutalement à son ado de baisser sa musique, puis de reprendre son monologue sirupeux pour conclure qu’on les aime nos jeunes, même à l’âge le plus ingrat.

Universitas a aussi payé des blogueurs pour relayer leur message, dont Joanne Boivin, une animatrice de radio de Québec qui ne se cache pas d’avoir publié un publireportage (une pub sous forme d’article) sur son blogue personnel. Transparente, elle l’a écrit au bas de son texte. C’est moins clair dans le cas de Mario Asselin, blogueur pour le Journal de Québec, dont le billet très favorable à Universitas a été publié deux jours après celui de Mme Boivin. La coïncidence m’a semblé louche... J’ai appelé M. Asselin, un ancien directeur d’école qui a déjà été candidat pour la CAQ, question de savoir s’il a été rémunéré. Il assure que non (et il l'a réaffirmé depuis la publication de ce billet), mais il dit avoir un cousin de la cuisse gauche qui travaille chez Universitas et qui lui aurait suggéré d’écrire un texte qui s'est avéré pour le moins gentil. «Vos chroniques ont provoqué un choc», m’a confié le commentateur de la région de Québec, où se trouve d’ailleurs le siège social de la fondation.

Dans son billet, M. Asselin écrit ceci pour expliquer pourquoi il a choisi un REEE chez Universitas : «Ce n'était pas un choix d'analyste financier basé sur des critères de rendement de nos maigres épargnes. C'était un choix de parents désireux d'insuffler de la confiance à nos garçons.»

Misère, on se croirait chez les Plouffe!

Justement, parlons encore de rendements, si vous le voulez bien. Car ce serait bien qu’en plus de leur insuffler de la confiance, on leur inculque aussi des notions de maths, aux enfants.

Toute la campagne d’Universitas renvoie à un micro-site Internet où l’on trouve une calculatrice qui permet d’évaluer la somme d’argent dont disposeront les parents en contribuant au REEE. Il y a deux curseurs, un pour choisir l’investissement mensuel et un autre pour indiquer l’âge de l’enfant à partir duquel les parents commencent à investir. On clique sur le bouton «Calculer», puis apparaissent le montant de l’épargne, celui des subventions et celui des revenus, basés sur un taux de rendement de 5%. Seulement, il y a un problème majeur. Les résultats de la calculatrice ne correspondent pas à celui que les parents obtiendront dans un REEE collectif chez Universitas, loin de là!

J’ai demandé à Daniel Laverdière, directeur principal chez Banque Nationale Gestion privée 1859 de tenter de reproduire les résultats de la calculatrice. Avec un simple fichier Excel de sept lignes, il arrive exactement aux mêmes chiffres. Le problème n’est pas que la calculatrice soit rudimentaire, c’est qu’elle omet deux caractéristiques du REEE collectif d’Universitas dont j’ai déjà parlé: 1) les deux tiers des contributions des parents au cours des 27 premiers mois représentent des frais de souscription qui servent à payer les représentants et sur lesquels il n’y aura JAMAIS de rendement; 2) ces frais de souscription sont remboursés aux parents à la fin du programme en puisant à même les revenus générés au cours des années.

Prenons le cas de parents qui durant 17 ans investiraient 50 $ par mois dans un programme de REEE collectif chez Universitas.

Selon la calculatrice de la fondation, les parents auraient versé 10 200 $ au REEE, reçu plus de 3 060 $ en subventions et obtenu quelque 7 400 $ de revenu, avec l’hypothèse d’un taux de rendement de 5 % (après frais, c’est énorme, mais c’est un autre sujet). Ce résultat, c’est ce à quoi peuvent raisonnablement s’attendre des parents si leurs premières contributions génèrent des rendements de 5% et si les revenus obtenus à la fin du programme ne sont pas amputés pour rembourser les frais de souscription. Autrement dit, pour que les parents obtiennent le résultat affiché par la calculatrice d’Universitas, ils doivent absolument éviter le REEE collectif, la vache à lait d’Universitas.

Que produirait alors vraiment le REEE collectif d’Universitas, demandez-vous? Excluons les subventions et les rendements sur celles-ci, le fonctionnement est le même partout. Concentrons-nous sur l’investissement des parents et les rendements qu’ils obtiennent sur leurs contributions.

Dans le calcul ci-haut, sur les 7400 dollars de revenus, quelque 5800$ proviennent du rendement du capital investi par les parents, la balance provient des rendements obtenus sur les subventions gouvernementales. En tenant compte du fait que les premières cotisations des parents ne génèrent aucun gain et que les revenus sont ponctionnés au terme du programme pour rembourser les frais de souscription, les parents n’obtiendront pas 5 800 $ de rendement avec le REEE collectif d’Universitas, mais un peu plus de 2 700 $, à peine.

La différence est de 3 100$. Cela équivaut au montant des subventions obtenues pendant 17 ans !

Chez Universitas, on explique qu'il s'agit d'un outil général, comme ceux que l'on trouve chez les concurrents, et qu'ils ne peuvent présumer du produit (REEE collectif ou individuel) que choisira un client, ni même de l'institution où il décidera d'ouvrir un REEE.

Sur son site, l'entreprise avertit l'internaute que les rendements ne sont pas garantis, que le taux de 5% est utilisé à titre d'exemple. Mais il n'y a pas de mention explicite que, pour atteindre le résultat affiché par la calculatrice avec l'aide d'un REEE collectif, il faut un taux de rendement presque deux fois plus élevé (9,2%)! On invite simplement les parents à consulter le prospectus. 

Avouez qu'il est quand même étrange qu'Universitas fasse miroiter des résultats sur son site Internet que des parents peuvent espérer atteindre partout, sauf dans son produit-phare, le REEE collectif. 

Mes billets précédents sur le sujet: 

Le piège des REEE collectifs

Le piège des REEE collectifs, la suite épeurante

Pour en finir avec le REEE

 

 

À propos de ce blogue

Les finances personnelles, ça consiste à gérer son argent au jour le jour en fonction d’objectifs plus ou moins éloignés. En regardant du bon angle, on constate qu’il s’agit d’un instrument pour réaliser ses ambitions et ses rêves. C’est avec humanité et une pointe d’humour que Daniel Germain compte aborder les finances personnelles dans ce blogue, dont l’objectif est de vous informer et de vous faire réagir. Daniel Germain assume la direction du magazine de finances personnelles Les Affaires Plus depuis 2002 et a développé de vastes connaissances sur le sujet.

Daniel Germain