Powerball: devenir soudainement milliardaire peut-il rendre fou?

Publié le 12/01/2016 à 11:50

Powerball: devenir soudainement milliardaire peut-il rendre fou?

Publié le 12/01/2016 à 11:50

J’ai l’impression que le poste frontalier de Lacolle n’a pas vu autant de Québécois passer depuis les dernières vacances estivales. Direction? Champlain, à la recherche du premier comptoir de la loterie de L’État de New York pour acheter des billets en vue du prochain tirage du Powerball.

Gros lot annoncé: 1,4 milliard de dollars américains.

Le montant en jeu vous vaudrait un laissez-passer pour joindre le cercle des 1%. Que dis-je, des 0,000025 % plus riches de la planète. Selon le dernier décompte de Forbes, il y aurait 1826  milliardaires dans le monde sur une population de 7,3 milliards d’habitants. On en compte moins d’une quarantaine au Canada.

Et ça ferait de vous un milliardaire particulier, car contrairement à Alain Bouchard et à la famille Coutu dont les milliards sont sur papier (en actions), vous seriez tout cash! Comme le nouvel ami mexicain de Sean Penn, El Chapo.

Il n’est pas nécessaire d’être citoyen américain pour gagner. Mais il faut acheter ses billets aux États-Unis. Voilà qui explique pourquoi vous êtes nombreux à traverser la frontière.

Suivez-moi sur Twitter / Pour lire mes billets précédents

Je me suis posé cette question: à combien doit s’élever la cagnotte pour déclencher chez le brave type de St-Jérôme le processus qui lui fera prétexter une gastro à son patron pour aller se procurer des billets au sud de la frontière? Plus le montant en jeu est élevé, plus de gens jouent. Je dois comprendre que pour certains, 100 millions de dollars US, ce n’est pas suffisant. Ni 500 millions. 900 millions? Bof… Au-delà du milliard, alors là oui! «Chérie, embarque dans le char!»

C’est vrai que les gagnants de la loterie ont tendance à dilapider leur gain, qu’il s’agisse de 100 000, un million, ou 10 millions. Ne prenons pas de risque, ne misons que sur des sommes impossibles à dépenser. Car pour réussir à passer à travers 1,4 milliard, ça prend un champion hors catégorie, un Jedi de la prodigalité.

Mais je tiens à vous avertir, la cagnotte de 1,4 milliard de dollars US n’est qu’un leurre. Si c’est le montant qui vous a incité à rouler jusqu’à Champlain ou Swanton, vous avez été manipulé. Vous gagnerez 1,4 milliard seulement si vous optez pour la rente de 30 ans. En effet, pour la plupart des gros lots remportés aux États-Unis, le gagnant a le choix entre une rente et un seul versement, lequel est moins élevé que le total de la rente perçue sur trente ans. C’est ce dernier montant qui est mis en évidence dans la promotion du tirage.

Or, la très grande majorité des chanceux optent pour le chèque unique. D’emblée, j’avais l’impression que leur choix était basé sur la crainte de mourir, la rente se terminant sans doute au décès du gagnant, ou sur des considérations fiscales. Mais finalement, je crois qu’ils ne soupèsent pas une seconde les deux options, le gros chèque s’imposant spontanément. Pourquoi étirer le plaisir?

Plutôt que la somme de 1,4 milliard, le gagnant du Powerball ne recevra «que» 868 millions. De ce montant, il faudra retrancher 30% pour payer le fisc américain, les gains de loterie étant imposables aux États-Unis (un Canadien ne paie de l’impôt sur cette somme qu’au gouvernement fédéral des États-Unis. Un Américain devrait en payer en plus au gouvernement de l’État de résidence. Le taux d’imposition peut varier considérablement d’un État à un autre, m’a expliqué le fiscaliste Luc Lacombe, de RCGT).

Vous êtes alors rendus à 607 millions de dollars américains. Une fois convertie en huards, la cagnotte s’élève à 831 millions de dollars. Le lot, ni les gains sur la conversion des devises ne sont imposables.

S’il gagne, le brave homme de St-Jérôme se retrouve donc avec 831 millions de dollars nets dans les poches. Qu’est-ce qu’il va faire avec 831 millions? Appeler Stephen Jarislowsky pour  prendre un café? Ça m’étonnerait qu’il réponde.

Le problème quand une richesse pareille vous tombe entre les mains, c’est que vous ne vous reconnaîtrez plus dans la plèbe alors que les ultra-riches ne vous considéreront pas comme un des leurs. Vous passerez pour un parvenu d’un côté et pour un imposteur de l’autre; seuls les profiteurs vous tourneront autour.

Huit cent trente et un millions. La somme est hallucinante. Elle me rappelle ce voyage en Arizona, quand je me suis pointé le nez sur le bord du Grand Canyon. On peut difficilement imaginer l’immensité du trou avant de le voir de ses yeux. C’est précisément à cet instant que j’ai développé une phobie des hauteurs. J’éprouve depuis un malaise à la seule idée de monter sur une échelle.

Outre le coût du billet et la facture fiscale, on paie sans doute d’une partie de sa santé mentale l’accès aussi rapide à un tel niveau de richesse.

«Pis, ça?» me direz vous.

Suivez-moi sur Twitter

Pour lire mes billets précédents

À propos de ce blogue

Les finances personnelles, ça consiste à gérer son argent au jour le jour en fonction d’objectifs plus ou moins éloignés. En regardant du bon angle, on constate qu’il s’agit d’un instrument pour réaliser ses ambitions et ses rêves. C’est avec humanité et une pointe d’humour que Daniel Germain compte aborder les finances personnelles dans ce blogue, dont l’objectif est de vous informer et de vous faire réagir. Daniel Germain assume la direction du magazine de finances personnelles Les Affaires Plus depuis 2002 et a développé de vastes connaissances sur le sujet.

Daniel Germain