Philanthropie: ne donnez pas à n'importe qui

Publié le 10/11/2015 à 11:50

Philanthropie: ne donnez pas à n'importe qui

Publié le 10/11/2015 à 11:50

Mes amis, je ne sais pas comment c’est pour vous au bureau, mais ici ça sent fort la sollicitude. Il y a des signes qui ne mentent pas; quand la direction envoie ses premiers courriels pour des rencontres «Centraide», c’est qu’on entre dans la haute saison des campagnes de financement.


Outre ces appels du grand patron, il y a les initiatives des collègues. Depuis une semaine, on se gave de dessert et de surplus d’Halloween dont le fruit de la vente est donné à des fondations. Judicieux concept, notre conscience s’élève dans le sillage de notre indice glycémique.


«C’est fou comment on est sollicité ici», faisait remarquer une collègue française. Ce n’est que le début. Il y aura la Fondation Mira, les 24h Tremblant, les pompiers, la Grande guignolée des médias, puis celle du Dr Julien, le Club des petits déjeuners (rien à voir avec moi) et j’en oublie 843 autres. On ne pourra plus s’aventurer à l’extérieur du bureau sans mettre la main dans sa poche… ou regarder le trottoir.


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La philanthropie n’est pas une tradition française, ni québécoise du reste. Le filet social est une responsabilité de l’État en France et ici, ç’a longtemps été l’affaire des bonnes soeurs et des curés. Chez les Anglos, par contre, la pratique est profondément ancrée.


Sa proximité avec la culture anglo-saxonne fait du Québec un endroit particulier où on sollicite beaucoup, mais où on donne relativement peu. Ici, la philanthropie est comme une greffe d’organe à moitié réussie. Ça fonctionne, mais le greffé crachote. Le don n’est pas naturel chez les Québécois. Et encore, comme on l’a vu à la suite du don historique de P.K. Subban à la Fondation de l’Hôpital pour enfants de Montréal, certains confondent philanthropie et évasion fiscale, plusieurs ayant accusé le défenseur du CH d’avoir posé ce geste pour sauver de l’impôt.


Bref, nous, Québécois, devons nous faire tirer l’oreille pour ouvrir notre portefeuille. Ça explique sans doute pourquoi, durant les deux mois précédant Noël, nous sommes si intensément sollicités. Notre budget discrétionnaire fait l’objet d’une forte concurrence dans le temps des fêtes.


C’est sans doute aussi pourquoi nous avons tendance à faire de petits dons à tout vent, sans nous questionner sur la cause à laquelle nous contribuons. Nous distribuons les billets de banque aux organismes le plus insistants ou aux premiers qui nous accrochent sur la rue. Puis nous poursuivons notre chemin, l’esprit déchargé. Bonne action: check!


On peut toujours pérorer sur la proportion grandissante qu’a prise la philanthropie. Certains affirment en effet que la multiplication des organismes de bienfaisance résulte d’une d’abdication de État à l’égard de certaines de ses responsabilités.


Je préfère voir la chose autrement: le don philanthropique est l’occasion d’allouer son argent à des problèmes qu’on estime importants, qui touchent nos valeurs et notre sensibilité. On peut être en désaccord avec la manière dont le gouvernement dépense l’argent de nos impôts (je vous ai entendus chialer contre l’aide à Bombardier), mais on peut déterminer l’ordre des priorités quand vient le moment de donner son argent. Alors, pourquoi ne pas pousser sa réflexion avant de soutenir une fondation ou un organisme de bienfaisance?


Il y a d’autres avantages à cibler une ou deux causes qui nous tiennent vraiment à coeur. D’abord, un don concentré est plus efficace, car il coûte aussi cher pour un organisme à administrer un don de 50 dollars qu’un don de 500 dollars. Sans compter que ça facilite la préparation de la déclaration de revenus.


Rappelons que les organismes de charité inscrits à l’Agence du revenu du Canada peuvent produire un reçu qui donne droit à un crédit d’impôt. Ce n’est pas le choix qui manque. On compte environ 2000 fondations et près de 15 000 oeuvres de bienfaisance. Pour les 200 premiers dollars, le crédit est de 28,53%. Pour tout ce qui excède cette somme, le taux s’élève à 49,97%.


Autrement dit, en endossant une cause avec un don important, vous incitez les gouvernements à vous imiter puisque les revenus auxquels ils renoncent vont à l’organisme que vous soutenez.


Pour avoir un impact réel sur votre moral et sur les problèmes du monde, faire des dons devrait s’inscrire dans une démarche planifiée et mûrement réfléchie. Ce qui n’empêche pas d’assouvir ses rages de sucre en achetant à vos collègues des mini Kit Kat et des parts de gâteau aux carottes.


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À propos de ce blogue

Les finances personnelles, ça consiste à gérer son argent au jour le jour en fonction d’objectifs plus ou moins éloignés. En regardant du bon angle, on constate qu’il s’agit d’un instrument pour réaliser ses ambitions et ses rêves. C’est avec humanité et une pointe d’humour que Daniel Germain compte aborder les finances personnelles dans ce blogue, dont l’objectif est de vous informer et de vous faire réagir. Daniel Germain assume la direction du magazine de finances personnelles Les Affaires Plus depuis 2002 et a développé de vastes connaissances sur le sujet.

Daniel Germain

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