Le coût faramineux de rouler en voiture

Publié le 03/11/2015 à 11:45

Le coût faramineux de rouler en voiture

Publié le 03/11/2015 à 11:45

Je suis un insulaire assumé. Je ne ressens pas le besoin de traverser un pont pour trouver mon plaisir, cela aux dépens de mes connaissances géographiques de la banlieue où j’ai peu de repères. Par exemple, quand j’entendais à la radio le chroniqueur à la circulation avertir les auditeurs que la route 132 était bloquée sur toute la longueur en direction ouest à partir de Montarville, la nouvelle ne parvenait pas à sortir mon cerveau de son indolence matinale.


Mais quand j’ai croisé par hasard le boulevard en question, à Boucherville, j’étais sous le choc. Comment des gens pouvaient poireauter dans le trafic aussi loin de leur destination, me suis-je demandé. Alors maintenant, quand j’écoute Yves Desautels décrire les bouchons à la hauteur de Montarville pendant que j’enfile mes pantoufles, j’éprouve un sentiment partagé, entre la pitié sincère et le plaisir sadique.


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La congestion routière est une maladie de notre civilisation. Elle occasionnerait chaque année des coûts économiques de 1,8 milliard de dollars dans la région de Montréal et, tel un cancer, elle s’aggrave et s’étend. Les bouchons se forment de plus en plus tôt le matin, et de plus en plus loin en périphérie. Certaines artères, comme l’autoroute Métropolitaine, sont congestionnées de manière presque permanente. Et le moindre événement météorologique vient semer le chaos sur le réseau routier.


Difficile de trouver plus absurde qu’une voiture qui, tout en brûlant de l’essence inutilement, fait perdre du temps à son propriétaire alors qu’elle a été inventée pour lui en faire gagner. Une autoroute saturée de bagnoles immobiles jusqu’à l’horizon est pour moi une représentation crédible de l’enfer. Assurément de la bêtise humaine. 


Hier, on apprenait qu’un groupe d’économistes préconisait l’implantation du péage à tous les ponts autour de l’île de Montréal afin de réduire la congestion routière dans la région. Est-ce la solution? Ce rapport soulève non seulement un débat nécessaire, mais il nous rappelle aussi que nous vivons dans une culture du char. Et dans cette culture, le véhicule n’est plus seulement un moyen de transport, mais une forme d’expression de soi.


L’industrie l’a bien compris. Les publicités des fabricants puisent allègrement dans les images de liberté, de plaisir et de réussite sociale. On expose des voitures racées qui filent sans entrave dans le désert, sur des routes de campagne ou dans un décor urbain et branché improbables où le trafic n’existe pas. Et on fait miroiter des frais hebdomadaires minimes grâce un plan de financement interminable. Dans la réalité, on paie des fortunes pour être prisonniers des bouchons de circulation. 


La culture de la voiture s’exprime par l’importance que l’on accorde au transport collectif (minime) et par ce que l’on est effectivement prêts à payer pour être seul dans son habitacle. Ce prix comprend les journées perdues chaque année dans le trafic. Et bien sûr l’impact sur le portefeuille.


S’il peut paraître absurde de s’infliger les bouchons de circulation matin et soir, les sacrifices financiers qu’il faut consentir pour posséder une voiture, neuve tout particulièrement, défient souvent le bon sens. Et parfois deux fois plutôt qu’une!


On affirme souvent que la valeur d’une voiture se déprécie rapidement. La réalité est qu’elle ne se déprécie pas plus vite qu’un autre bien acheté neuf, et même moins. Mais puisque l’automobile est de loin le bien le plus coûteux qu’on puisse acquérir, sa dépréciation pèse très lourd sur les finances. On estime en général qu’un véhicule aura perdu la moitié de sa valeur au bout de trois ans. Une voiture de 30 000 dollars ne vaudra plus que 15 000 dollars trois ans plus tard. Et chaque année subséquente, elle perdra 10% de sa valeur. Logiquement, on devrait laisser assumer par un autre le coût de dépréciation des trois premières années, mais on préfère se tourner vers l’auto de l’année si les mensualités ne nous apparaissent pas trop douloureuses. 


Au coût de dépréciation, il faut ajouter celui du financement, le coût d’utilisation, les assurances, l’immatriculation et le stationnement. Au total, le coût d’une auto peut facilement dépasser 8 000 dollars par année. Souvent bien plus.


Même si vous ne me verrez jamais au salon de l’auto, je ne suis pas contre la voiture. Mais il vaut la peine de se rappeler parfois le coût prohibitif que représente l’automobile, sur le plan collectif autant que sur le plan individuel.


Et que pour ce prix, on se rend de plus en plus difficilement du point A au point B.


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À propos de ce blogue

Les finances personnelles, ça consiste à gérer son argent au jour le jour en fonction d’objectifs plus ou moins éloignés. En regardant du bon angle, on constate qu’il s’agit d’un instrument pour réaliser ses ambitions et ses rêves. C’est avec humanité et une pointe d’humour que Daniel Germain compte aborder les finances personnelles dans ce blogue, dont l’objectif est de vous informer et de vous faire réagir. Daniel Germain assume la direction du magazine de finances personnelles Les Affaires Plus depuis 2002 et a développé de vastes connaissances sur le sujet.

Daniel Germain

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