Xbox One X : l'occasion ratée de Microsoft?

Publié le 22/11/2017 à 10:44

Xbox One X : l'occasion ratée de Microsoft?

Publié le 22/11/2017 à 10:44

Au grand plaisir des amateurs de jeu vidéo, Microsoft a mis en marché la plus récente version de sa console Xbox One au début du mois. Celle-ci est beaucoup plus musclée que la Xbox One S, une version lancée plus tôt qui coûte presque moitié moins cher que la X. La médiathèque est à peu de choses près similaire, certains titres étant exclusifs à la Xbox One X parce qu'ils affichent des images de meilleure résolution (4K), ou parce qu'ils demandent un peu plus de traitement informatique.


En une seule phrase, on peut dire que la Xbox One S est comparable à la Xbox One d'origine, tandis que la Xbox One X propose une performance comparable à celle d'un PC conçu exprès pour le jeu vidéo coûtant deux ou trois fois son prix.


Pas de surprise, alors, si les critiques des sites spécialisés en jeu vidéo sont jusqu'ici plutôt positives. Pour avoir joué avec pendant deux semaines, et pour avoir comparé les mêmes titres (Minecraft et les plus récents opus de la saga Wolfenstein, notamment) sur les deux consoles, on peut confirmer que la One X livre une expérience qui ne décevra aucun joueur.


Et pourtant, on reste avec l'impression que Microsoft est passé à côté de quelque chose de plus gros encore que le jeu vidéo de pointe, laissant dans l'ombre une facette importante de sa populaire console.


Jeu vidéo ou maison connectée?


Générant des revenus de 33,5G$US en 2017, le marché des consoles compte pour environ le tiers du marché total du jeu vidéo (108,9G$US selon Newzoo). C'est gros, mais en même temps, sa croissance annuelle ne dépasse pas 3,6 pourcent. L'ensemble du jeu vidéo croît à une vitesse annuelle de 7,8%.


jeu


Un marché de 33,5 milliards $, c'est bien. Surtout quand on ne compte essentiellement que trois joueurs : Microsoft, Nintendo et Sony.


Coïncidence amusante, il existe un autre marché de 33,5 milliards $US qui, en 2017, fait probablement beaucoup plus parler de lui : celui de la maison connectée. Celui-ci se décline en plein de sous-segments : éclairage, énergie, divertissement, sécurité résidentielle, etc.


Chose plus intéressante encore, ce marché est appelé à doubler d'ici 2020, selon une étude publiée le mois dernier par Statista.


Maison


Un des joueurs qui est en train de se tailler une place énorme dans ce marché s'appelle Amazon. Google le talonne de près. Tous deux ont placé au cœur de leur stratégie une commande vocale, qui passe par une petite enceinte connectée qu'on installe dans le milieu de la pièce, et qui s'active simplement en disant son nom.


«Hé Alexa!»


Préparez-vous à l'entendre, celle-là : après un succès complètement inattendu aux États-Unis depuis deux ans, Amazon a lancé ses enceintes Echo et Echo Dot au Canada plus tôt cette semaine. Ce n'est donc qu'une question de temps avant qu'Alexa n'apprenne le français, comme les Google Home et Google Home Mini le font déjà.


Cortana vs Alexa


Google a donc l'avantage de la langue, mais au niveau des talents, ou habiletés («skills») de ces commandes vocales nouveau genre, c'est Amazon qui est en avance. Et de beaucoup.


À tel point qu'on doute qu'Apple puisse déloger Amazon de son piédestal avec son éventuel HomePod, dont le lancement aux États-Unis a été repoussé à 2018, après avoir été annoncé pour "avant les Fêtes 2017". Apple, dit-on, aurait des tracas avec Siri et sa capacité à livrer une expérience comparable à celle de ses rivales.


Remarquez comment, dans toute cette histoire, il n'est nullement question de Microsoft? Harman-Kardon a bien laissé miroiter une enceinte connectée animée par Cortana, mais à Redmond, on n'en parle pas trop.


Microsoft a pourtant tout ce qu'il faut pour débouler dans ce marché comme un éléphant chez un marchand de porcelaine : Cortana fait bien, en anglais comme en français, et possède déjà une entrée de choix dans des centaines de millions de ménages de par le monde via Windows 10.


La Xbox One, S ou X, incarne le vieux rêve de Bill Gates d'avoir un PC dans les salons de ces mêmes gens. Cortana, dont le nom, ne l'oublions pas, est tiré de Halo, un jeu vidéo cher à Microsoft et à sa console, y est déjà installée. En fait, on peut déjà effectuer certaines commandes vocales à même la console, comme éteindre les lumières, ou même se commander une pizza.


Dans plusieurs foyers, elle est déjà accessible en double, sur PC et sur console. Pourquoi ne pense-t-on pas plus souvent à elle, plutôt qu'à Alexa ou à l'Assistant Google?


Peut-être est-ce à cause de la relation difficile entre Microsoft et les développeurs d'applications. Ça semble expliquer pourquoi Redmond peine de plus en plus à assumer son rôle du côté de l'informatique grand public. Ces derniers temps, en délaissant notamment sa plateforme mobile et en effectuant un important virage vers les services infonuagiques, son PDG Satya Nadella semble avoir signalé un virage vers le marché des entreprises, un mouvement auquel la Xbox échappe, évidemment.


S'il voulait faire d'une pierre trois coups, Nadella pourrait laisser plus de place à Cortana sur sa Xbox, s'ouvrant au marché de la maison connectée à peu de frais, et moussant en plus le recours à ses services infonuagiques (sur lesquels reposent lourdement les appareils connectés et les assistants vocaux). Cortana est déjà dans le salon. Il suffit qu'elle ouvre l'oreille en tout temps, et la voilà prête à en découdre avec Alexa.


Les prochains mois nous diront quelle sera sa stratégie à ce niveau. En attendant Noël, la Xbox One X risque de miser davantage sur ses prouesses vidéoludiques que sur sa capacité à vous livrer une pizza sans vous faire sortir de votre sofa…


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À propos de ce blogue

Autrefois, on appelait ça de l'électronique mais de nos jours, les nouvelles technologies vont bien au-delà des transistors et des circuits imprimés. Des transactions bancaires à l'écoute en rafale d'émissions de télé les plus populaires, la technologie est omniprésente. Et elle comporte son lot de questionnements. Journaliste spécialiste des technologies depuis bien avant l'avénement du premier téléphone intelligent, Alain McKenna a observé cette évolution sous tous ses angles et livre ici ses impressions sur le sujet.

Alain McKenna
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