" L'objectif d'un pays devrait être d'importer, et non d'exporter "

Publié le 27/03/2010 à 00:00

" L'objectif d'un pays devrait être d'importer, et non d'exporter "

Publié le 27/03/2010 à 00:00

Par François Normand

Vous affirmez qu'il faut cesser de s'inquiéter de la force du huard par rapport au dollar américain, car le but du commerce international n'est pas d'exporter, mais d'importer. Pouvez-vous préciser votre pensée ?

Un bien que nous produisons pour un étranger est une perte sèche, parce qu'on ne consomme pas ce bien ici. C'est comme si une personne travaillait, mais qu'elle n'avait pas droit aux fruits de son travail. Ainsi, pour une économie, les biens exportés sont une perte. En fait, l'objectif d'un pays devrait être d'exporter un minimum de biens, mais d'en importer un maximum. Les importations donnent un pouvoir d'achat aux Canadiens, surtout si le huard est fort.

L'économie québécoise étant petite, nos entreprises doivent exporter leurs produits pour prospérer. N'y aurait-il pas de nombreuses pertes d'emplois si le Québec adoptait le modèle économique que vous proposez ?

Il y aurait des pertes d'emplois dans quelques secteurs, mais pas pour l'ensemble de l'économie québécoise. De 2002 à 2008, le Québec a connu une forte période d'expansion économique, et ce, malgré l'appréciation du taux de change et en dépit du déclin des exportations. Le taux d'emploi a atteint un niveau maximum et le taux de chômage est tombé à un plancher historique. C'est vrai que des gens ont perdu leur travail dans certains secteurs, mais la force du huard a rendu nos importations moins coûteuses. Cela a augmenté notre pouvoir d'achat et stimulé la demande pour d'autres biens et services produits au Québec. Enfin, une personne qui perd son emploi dans un secteur d'exportation au Québec peut en trouver un autre pour desservir le marché intérieur.

Si ce que vous dites est vrai, pourquoi les gouvernements insistent-ils donc autant sur la nécessité d'augmenter les exportations et de réduire nos importations ?

C'est un vieux réflexe inspiré du mercantilisme, une doctrine économique qui a connu son apogée au 16e et au 17e siècles, et qui vise à enrichir une nation par le commerce extérieur. Cette obsession pour les exportations tient aussi à la formule mathématique qui exprime la demande globale en économie : une balance commerciale positive semble être quelque chose de souhaitable, mais ce n'est pas le cas.

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