«Les entrepreneurs se sentent vulnérables, mais sont prêts à se battre» - Alain Giguère, de CROP

Publié le 24/08/2013 à 00:00

«Les entrepreneurs se sentent vulnérables, mais sont prêts à se battre» - Alain Giguère, de CROP

Publié le 24/08/2013 à 00:00

Dans quel sens les entrepreneurs ont-ils changé depuis la crise financière et économique de 2008 ?

Les entrepreneurs et les gestionnaires - vice-présidents, directeurs généraux, consultants, etc. - sont en état de guerre comme je n'ai jamais vu depuis que je fais ce métier. La faillite de Lehman Brothers a changé le monde ; l'argent ne circule plus comme avant. Les entrepreneurs ont maintenant l'impression que c'est la loi de la jungle, que les gros poissons mangent les petits. Ils ont le sentiment que le prochain bidule à sortir sur le marché peut remettre en cause leur modèle d'entreprise. Il y a quelques années, ils croyaient que le monde leur appartenait ; aujourd'hui, ils en sont pas mal moins sûrs et ils sont devenus, par conséquent, plus humbles.

Ce changement d'état d'esprit est-il de mauvais augure pour l'économie ?

Tout n'est pas si noir. Dans l'enquête que nous menons depuis 1984 et que nous mettons à jour à la fin de chaque année, si le darwinisme social [la loi de la jungle] arrivait en tête des profils socioculturels en décembre 2012, l'adaptabilité se classait au deuxième rang, et ça c'est une bonne nouvelle. Les entrepreneurs se sentent vulnérables, mais ils sont prêts à se battre. Ils ont de la drive, comme on dit. Ils n'ont pas peur de prendre des risques. Ils ne sont surtout pas fatalistes. Et en ce sens, ils sont complètement à l'opposé de la population québécoise qui, face au déficit des caisses de retraite, à la dette publique, à la corruption municipale et autres, a l'impression de ne plus avoir d'emprise sur ce qui se passe.

Les dirigeants d'entreprise ont-ils modifié leurs habitudes ?

Oui, on note chez eux une plus grande recherche du plaisir. Ils sont devenus plus hédonistes. Avant, l'hygiène de vie commençait après la crise cardiaque, et encore ! Cette prise de conscience de leur vulnérabilité les a poussés à prendre davantage soin d'eux ; ils font de l'exercice, font attention à ce qu'ils mangent, ils prennent des vacances, etc. En outre, pour la première fois sur mon écran radar, j'ai vu apparaître «implication des gouvernements». J'ai l'impression que c'est une critique envers le gouvernement du Parti québécois. Tous les problèmes avec la nouvelle loi sur les mines, l'exploitation des énergies fossiles, l'avortement du projet de la Banque de développement économique leur donnent à penser que le climat n'est pas propice aux affaires.

CV

Nom : Alain Giguère

Titre : Président

ENTREPRISE : CROP

Président de la firme de recherche marketing CROP depuis 1987, Alain Giguère est l'architecte du 3SC (Panorama), la plus longue étude jamais menée au Canada sur les valeurs sociales des consommateurs. Cette entrevue est basée sur la dernière mise à jour de cette étude.

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Note attribuée par les dirigeants d'entreprise au darwinisme social dans la grille d'éléments proposée par CROP. Ce concept réfère à la croyance selon laquelle «les règles qui régissent les rapports sociaux sont exactement celles de la jungle.» Depuis la première étude, en 1984, aucun élément de la liste n'a atteint un résultat si élevé.

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