Le Québec comptera 5 000 entrepreneurs de moins en 2013

Publié le 05/06/2010 à 00:00

Le Québec comptera 5 000 entrepreneurs de moins en 2013

Publié le 05/06/2010 à 00:00

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On a beaucoup parlé d'une pénurie imminente de travailleurs au Québec. Il faudra aussi se résoudre à parler d'une pénurie d'entrepreneurs, car si rien ne change, nous en aurons perdu 5 000 d'ici 2013.

C'est la conclusion à laquelle en sont venus deux économistes du ministère du Développement économique, de l'Innovation et de l'Exportation (MDEIE), Jules Cossette et Sylvain Melançon, dans une étude intitulée Le renouvellement de l'entrepreneuriat au Québec... qui montre en fait que la relève entrepreneuriale sera insuffisante.

Les données ont été présentées au congrès de l'Association des centres locaux de développement, qui a eu lieu du 26 au 28 mai, à Mont-Tremblant. Il en ressort que la prospérité du Québec est menacée par l'affaiblissement de son bassin d'entrepreneurs. Les auteurs reprennent d'ailleurs, en introduction, une citation éloquente de Louis Jacques Filion, titulaire de la Chaire d'entrepreneuriat Rogers-J.-A. Bombardier, à HEC Montréal : " La création d'entreprises est la principale activité permettant de combattre la pauvreté et d'assurer le développement d'une société. "

Le problème, c'est que les entreprises ne se créent pas toutes seules, et que le Québec se dirige vers un déficit d'entrepreneurs. Pas énorme, mais nettement préoccupant.

Jusqu'à présent, les analyses s'étaient attardées à prévoir les départs à la retraite. À partir d'un sondage réalisé auprès de ses membres, par exemple, la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante (FCEI) a évalué que près d'un entrepreneur québécois sur trois (31 %) avait l'intention de prendre sa retraite d'ici cinq ans. Un relevé précédent du MDEIE prévoyait le départ à la retraite de 33 % des entrepreneurs entre 2004 et 2014. Cela est inquiétant... Sauf qu'on n'avait pas tenu compte de la relève, ceux qui pourraient reprendre le flambeau. Peut-on espérer qu'il y en ait suffisamment ?

Non, répondent MM. Cossette et Melançon. Ils établissent d'abord à 24 100 les départs à la retraite d'ici 2013, soit 13,3 % de l'effectif entrepreneurial du Québec.

Le portrait devrait quand même s'embellir en raison de l'arrivée de 19 100 nouveaux entrepreneurs, soit 10,6 % du total. Cependant, c'est bien peu par rapport à l'Ontario (52 300, 15,8 %) et à l'ensemble du pays (120 600, ou 14 %). Soustrayez 19 100 (les nouveaux entrepreneurs) de 24 100 (les départs), et vous obtenez une perte nette de 5 000 entrepreneurs. Et l'écart avec le reste du Canada risque de s'accentuer au cours de la décennie. Le Québec traînera la patte.

Pourquoi ? L'étude relève quatre causes possibles.

La première est bien connue : le vieillissement accéléré de la population, phénomène défavorable à un élan entrepreneurial. L'accès au capital pose encore problème, surtout en période de démarrage, où l'on doit souvent se rabattre sur le capital amical (love money), loin d'être abondant. Le niveau et la composition de l'immigration n'aident pas le Québec : nous attirons moins d'immigrants qui ont un potentiel entrepreneurial. Et il y a l'épineuse question de notre culture entrepreneuriale, à la fois embryonnaire et fragile. Si on ne valorise pas les entrepreneurs, si on ne peut pas donner de modèles, comment pourra-t-on inspirer des jeunes ? Surtout que les Québécois considèrent encore avec méfiance tout ce qui touche à l'argent.

Les deux auteurs du MDEIE soulignent qu'un éventuel déclin entrepreneurial signifie que bien des emplois locaux sont menacés, que l'innovation industrielle s'étiolera faute de renforts et que la lutte à la pauvreté sera freinée parce que la prospérité collective s'effritera. Et 2013, c'est très bientôt...

Il importe de réagir immédiatement. Comment ? En intensifiant les actions chez les 30 ans et plus, particulièrement les 30 à 39 ans, disent les deux économistes. Plusieurs organisations ont été mises sur pied au cours des dernières années pour venir en aide aux jeunes patrons en devenir, comme la Fondation canadienne des jeunes entrepreneurs et le Concours québécois en entrepreneuriat. Mais il faudra appuyer sur l'accélérateur, miser sur une culture réellement favorable à l'entrepreneuriat, faisait remarquer Paul-Arthur Fortin, qui se démène depuis des décennies pour faire avancer l'idée au Québec.

Pour l'instant, le terreau est moins fertile qu'on ne le souhaiterait. Mais comme nous ne pouvons pas tous aller travailler pour le gouvernement, il faut bien que des entreprises naissent pour remplacer celles qui vont disparaître. Et derrière les entreprises, il y a les entrepreneurs. Amenez-en !

De mon blogue

www.lesaffaires.com/rene-vezina

Le huard perd des plumes !

Oui, nous irons à Old Orchard cet été... Cependant, notre pouvoir d'achat risque d'être sensiblement moins élevé qu'il ne l'était il y a un mois à peine. Dans les faits, rien ne justifie une glissade du huard, à part le fait que le Canada ne compte pas aux yeux des grands investisseurs internationaux quand vient le moment de placer son argent en sûreté en période de tumulte.

Vos réactions

" J'ai acheté des dollars américains en prévision de mon voyage au sud de la frontière quand le huard frôlait la parité. Aujourd'hui, je me frotte les mains d'avoir vu juste. Bizarre tout de même que lorsque tout va mal, tous se tournent vers le dollar américain, et qu'en même temps, ils semblent bouder les sociétés qui composent ce beau pays. Les occasions sont actuellement au sud de la frontière ! "

- getalife

" Rien ne justifie la baisse du huard ? Le prix du baril de pétrole est passé de 0,87 à 0,68 $ US. Un taux d'endettement record au pays, un risque de ralentissement de la croissance mondiale... Heureusement que le dollar canadien baisse ! "

- Marlon75

rene.vezina@transcontinental.ca


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