Le Canada mal positionné pour profiter du F-35

Publié le 24/03/2012 à 00:01, mis à jour le 22/03/2012 à 09:33

Le Canada mal positionné pour profiter du F-35

Publié le 24/03/2012 à 00:01, mis à jour le 22/03/2012 à 09:33

Par Olivier Schmouker

Les premiers F-35 doivent être livrés en 2016. Photo : DR.

Le gouvernement Harper commence à se faire hésitant à propos du programme F-35, en raison de l'envol des coûts de fabrication de l'appareil. À cela s'ajoute un autre problème de taille : les retombées économiques espérées ne seront vraisemblablement pas au rendez-vous...

Le programme d'achat de F-35, des avions de chasse furtifs destinés à remplacer les vieillissants F-18, s'illustre par son aspect collaboratif : chaque partenaire doit empocher des contrats d'un montant global proportionnel à son niveau d'implication. L'ennui, c'est que le Canada n'est qu'un partenaire de niveau 3, avec sa participation de 160 millions de dollars américains (M$ US) au financement initial.

Depuis le début, le premier ministre Harper a martelé que les retombées économiques seraient de l'ordre de 12 milliards (G$) pour le Canada, sans jamais préciser son calcul. Mais pour l'instant, celles-ci ne sont estimées qu'à 400 M$ par différents organismes, notamment l'Association des industries aérospatiales du Canada (AIAC).

L'une des entreprises québécoises à avoir d'ores et déjà profité de la manne est Héroux-Devtek. Le spécialiste des trains d'atterrissage entend se battre pour rafler d'autres contrats, en particulier en matière d'entretien des appareils. «Nous avons déjà beaucoup de contrats militaires avec les Américains, nous avons donc toutes nos chances pour le F-35», dit son pdg Gilles Labbé, en indiquant que les soumissions sont prévues pour le printemps.

Le principal hic ? D'après une étude qui circule discrètement à Ottawa, les retombées économiques tant espérées ne devraient pas être au rendez-vous, surtout en ce qui concerne l'entretien des F-35.

«Le Canada ne paraît tout simplement pas en mesure d'influer de manière significative sur le partage industriel et technologique qui devait en principe accompagner le programme F-35», affirme sans ambages l'auteur de cette étude, Yannick Quéau, chercheur associé à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS), à Paris.

Les États-Unis veulent garder le contrôle

L'expert français, qui a longtemps oeuvré à l'UQAM, ajoute : «Des sources proches du dossier m'ont dit que Lockheed Martin, le constructeur du F-35, entendait conserver pour lui-même le plus gros des contrats d'entretien, comme il l'avait fait pour le F-22». La raison essentielle : «Les États-Unis veulent garder le contrôle sur certains secrets technologiques», dit-il.

Alors, que faire ? Réduire radicalement le nombre d'avions commandés, comme l'ont fait la Grande-Bretagne, la Norvège et les Pays-Bas l'an dernier et le Japon tout récemment ? Ou carrément tirer un trait sur le programme, en cherchant ailleurs des appareils fiables ? Ce serait dès lors accepter de perdre gros, comme l'a dit la semaine dernière à la Chambre des communes Peter MacKay, ministre de la Défense : «L'annulation de la transaction coûterait un milliard de dollars au Canada». Peut-être que tout s'éclaircira dans deux semaines, quand le vérificateur général du Canada déposera un rapport qu'on dit «cinglant» sur le programme F-35.

*****

DES COÛTS QUI FONT PEUR

Personne ne s'accorde sur les coûts de fabrication du F-35. Le gouvernement de Stephen Harper a toujours soutenu que chaque appareil coûterait 75 millions de dollars (M$) et a fondé sa politique d'achat sur ce prix-là. Mais d'autres observateurs ne sont pas de cet avis. La Navy américaine, par exemple, en a acquis 30 en décembre dernier, au coût unitaire de 133 millions de dollars. Et Kevin Page, directeur parlementaire du Budget à Ottawa, a avancé une évaluation de 148 M$.

Face à cet envol des coûts, le gouvernement canadien a commencé à prendre peur. La semaine dernière, Julian Fantino, ministre associé de la Défense nationale, a déclaré devant un comité parlementaire que «tous les plans étaient sur la table» concernant le programme d'achat de F-35. Quelques heures plus tard, le premier ministre Stephen Harper lui a fait écho, à Montréal : «Nous n'avons pas encore signé de contrat, et nous gardons toute la flexibilité nécessaire pour assurer un bon prix aux contribuables», a-t-il dit, en soulignant que ce programme avait été lancé par le gouvernement précédent, libéral, et non le sien... O.S.

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