«Intégrons l'environnement dans les comptes nationaux» - Paul Martin, ex-premier ministre du Canada

Publié le 05/11/2011 à 00:00

«Intégrons l'environnement dans les comptes nationaux» - Paul Martin, ex-premier ministre du Canada

Publié le 05/11/2011 à 00:00

Vous dites que le produit intérieur brut (PIB) ne suffit pas à mesurer l'économie des pays et qu'il faut tenir compte d'autres indicateurs, comme le capital naturel. Qu'entendez-vous par là ?

Le PIB mesure les activités qui font l'objet d'échanges commerciaux, mais il écarte tout ce qui ne se monnaye pas. Or, l'économie, c'est plus que le commerce, c'est aussi l'eau, la forêt, les poissons, les ressources renouvelables et non renouvelables - que l'on appelle le capital naturel. À mon avis, il faut bâtir des indicateurs environnementaux pour mieux mesurer ce capital. Il faut développer ces outils de mesure, parce qu'en économie, ce qui n'est pas mesuré n'existe pas. Si on veut protéger l'environnement ou faire les bons choix, il faut parler avec des chiffres, pas juste des principes.

Qui s'en servirait ?

Ces indicateurs devraient être inscrits aux comptes nationaux de l'État. Le gouvernement s'en servirait pour élaborer des politiques publiques plus éclairées. Les indicateurs environnementaux donneraient aussi l'heure juste aux entreprises. Si une entreprise dans le secteur des ressources naturelles propose un projet dont elle dit qu'il rapportera tant de profits, mais sans pouvoir mesurer l'épuisement des ressources, elle surestime ses profits. Je ne suis pas antibusiness en disant cela : je crois que l'ajout d'indicateurs environnementaux ne nuira pas aux bons projets et qu'il créera des occasions d'affaires dans les technologies vertes, qui sont l'avenir.

Prêchez-vous dans le désert ?

La Banque mondiale examine la question. Les Japonais aussi, et les Chinois s'y mettent. Avec le coût des inondations en Asie, l'intérêt s'accroît envers le développement d'une méthodologie sérieuse. Sur le front européen, la France a formé une équipe dirigée par l'économiste Joseph Stiglitz [prix Nobel 2001] pour élaborer des solutions de rechange au PIB, dont des indicateurs environnementaux et sociaux. Au Canada, la Fondation Atkinson travaille sur l'Indice canadien du mieux-être qui mesure aussi ce qu'on appelle le capital social, un concept qui risque, selon moi, d'être plus contestable. Mais c'est une excellente initiative. Rappelons-nous que l'économie n'est pas une science pure. Elle est au service des populations.

CV

Nom : Paul Martin

Âge : 73 ans

Fonctions : Administrateur et philanthrope

Premier ministre du Canada de 2003 à 2006, Paul Martin copréside le Fonds pour les Forêts du Bassin du Congo. Il est membre du Conseil consultatif de l'hémisphère Ouest au sein du Fonds monétaire international. Au Canada, il préside l'Initiative d'éducation autochtone Martin, qui vise à réduire le décrochage scolaire des autochtones, ainsi qu'un fonds pour promouvoir l'entrepreneuriat autochtone. Il a été cadre chez Power Corporation et à la tête du Groupe CSL.

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