Crédit agricole : du rural à l'international

Publié le 15/12/2012 à 00:00

Crédit agricole : du rural à l'international

Publié le 15/12/2012 à 00:00

La plus grande coopérative du monde compte 54 millions de clients et des encours de crédit de 800 milliards d'euros. La Fédération nationale du Crédit agricole finance le quart de l'économie française. Comment assumer son rôle de géant tout en étant au service des communautés rurales ? Le président Dominique Lefebvre s'est entretenu avec Les Affaires lors de sa participation au Sommet international des coopératives à Québec cet automne.

Les Affaires - En choisissant la croissance, les coopératives risquent-elles de se comporter comme des entreprises traditionnelles ?

Dominique Lefebvre - Je pense que la croissance n'est pas une mauvaise chose en soi, à condition qu'elle soit au service d'une finalité. Par exemple, ma coopérative a pour objet d'aider des producteurs agricoles à développer leur production et à la vendre. Tout ce que je pourrai faire pour croître dans cette direction est à leur service. Si la gouvernance est bien assurée, le contrôle vérifie que les investissements que nous engageons vont en ce sens. Une croissance qui vise uniquement le profit financier, et donc le service à un actionnaire axé sur le profit rapide, immédiat et sur la plus-value, pose davantage problème. Ça me laisse plus dubitatif, parce qu'on s'éloigne des finalités et on ne s'intéresse plus à celles-ci, mais au profit.

L.A. - C'est un défi, on le voit chez Desjardins, de continuer à offrir des services dans les petites localités à mesure que la coopérative grandit. Cet enjeu vous touche-t-il de près aussi ?

D.L. - On a la même sociologie de membres sociétaires que Desjardins : beaucoup vivent dans des milieux ruraux et ont le sentiment que les services autour d'eux sont en train de disparaître. Pour autant, si nous nous étions recroquevillés sur ces territoires-là, nous serions morts, et ce n'est pas qu'il y aurait moins de services, il n'y en aurait plus du tout. Donc, le seul facteur qui a permis de maintenir en milieu rural des services à un bon niveau de qualité a été l'ouverture à d'autres professions, à d'autres activités et a été, en quelque sorte, la croissance. C'est très intéressant de le constater. Je peux vous dire que si, il y a 30 ans, le Crédit agricole avait décidé de rester lié au monde agricole et seulement en France, probablement qu'il serait en train de mourir aujourd'hui.

L.A. - Que diriez-vous des forces et faiblesses de votre organisation, aujourd'hui ?

D.L. - Elle a été secouée par la crise financière, parce qu'elle s'est beaucoup développée au moment où la crise mondiale germait. Par conséquent, elle en a beaucoup souffert, parce qu'elle avait énormément grandi au moment où elle était vulnérable dans cette croissance. Nous en tirons les leçons et nous avons abandonné une série d'activités qui n'étaient pas assez liées à ce que nous devions faire pour nos sociétaires. Nous reformulons le projet de répondre aux besoins essentiels de la population, qui ont trait aux questions de santé, de vieillissement, de logement, d'énergie et d'environnement. Ce sont pour nous des terrains de croissance, et nous avons de fortes ambitions dans ces domaines qui répondent aux besoins des habitants de nos pays.

L.A. - Quels types d'activités avez-vous dû abandonner ?

D.L. - On a clairement abandonné les activités de dérivés de crédit. En effet, elles étaient très rentables à un moment donné, mais elles nous ont entraînés dans la crise des prêts hypothécaires à risque. On a cessé les activités de spéculation sur fonds propres qui n'avaient d'autre intérêt que de produire des résultats et qui n'avaient rien à voir avec les besoins de financement d'une économie réelle. On a arrêté tout ça en 2008.

L.A. - Comment entrevoyez-vous les prochaines années ?

D.L. - La prochaine année sera encore marquée par les effets de la crise mondiale, mais nous avons passé cette période douloureuse d'ajustements et je suis maintenant optimiste concernant nos capacités à mener à bien les projets dans les nouveaux terrains de croissance que nous avons déterminés.

L.A. - On dit souvent que le pouvoir économique des coopératives est occulté. Est-ce le cas concernant votre organisation ?

D.L. - Oui et non. Non, parce que le Crédit agricole étant une institution financière mondiale très connue, ce serait abusif de dire que notre pouvoir est occulté. Oui, parce que le Crédit agricole est détenu majoritairement par des coopératives, mais le système financier mondial ne voit finalement que ses activités cotées. C'est une leçon à méditer pour l'ensemble des entreprises coopératives.

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