Tempête en vue dans le milieu universitaire


Édition du 13 Février 2016

Tempête en vue dans le milieu universitaire


Édition du 13 Février 2016

[Photo : Shutterstock]

Dans The End of College, un essai sur l'université publié en 2015, Kevin Carey fait valoir que c'est la structure même de l'université traditionnelle qui causera sa perte. Selon l'auteur, l'université commet un péché capital en subordonnant la recherche à l'enseignement, de sorte que le pire des professeurs peut mener une brillante carrière, pourvu qu'il publie des articles scientifiques à intervalle régulier. «Il s'agit d'une institution profondément défectueuse, conçue pour être mauvaise dans la chose la plus importante qu'elle fait : enseigner», soutient-il dans son livre.

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Selon la thèse sévère de Kevin Carey, l'université moderne a réussi à prospérer malgré cette faille fondamentale, parce que les étudiants n'avaient historiquement pas leur mot à dire. Aujourd'hui, toutefois, ils peuvent donner une mauvaise note aux piètres pédagogues sur Rate My Professors, mais surtout, ils peuvent faire valoir leur mécontentement en allant voir ailleurs. «L'augmentation de la concurrence entre les universités est très claire, note Simon Collin, professeur d'éducation à l'Université du Québec à Montréal. Au Québec, on le voit avec les programmes en ligne, mais aussi avec les campus satellites comme le campus de Longueuil de l'Université de Sherbrooke.»

Dans les faits, la concurrence entre les universités québécoises n'est qu'un avant-goût de celle à l'échelle internationale qui ne manquera pas de bousculer nos universités. Déjà, il est possible à quiconque de suivre des cours en ligne gratuitement, souvent dispensés par des professeurs de renom attachés à des universités d'élite. Et, de plus en plus, les universités offrant des MOOC, dont Stanford, offrent des cours crédités en ligne. En d'autres termes, les étudiants peuvent désormais tester la marchandise avant de l'acheter.

Ce qui fait dire à Phil Cyrenne, professeur spécialisé dans le financement des universités à l'Université de Winnipeg, que les organisations moins réputées ne manqueront pas d'écoper : «Les établissements les plus à risque sont ceux de second rang ou qui font moins de recherche, car la menace provient d'organisations qui sont capables d'offrir un enseignement de meilleure qualité.»

Tendance à la spécialisation

La Téluq, l'université à distance affiliée à l'Université du Québec, est l'une des universités québécoises qui ressentent le plus ce vent de concurrence. Après avoir bénéficié d'un quasi-monopole en tant que seule université à distance au Québec, la Téluq est aujourd'hui en concurrence avec un nombre grandissant d'universités québécoises et étrangères.

«Le fait qu'on puisse faire un MBA à distance dans une université étrangère, c'est sûr que ça aura un impact sur tout le monde, dit Martin Noël, directeur général par intérim de la Téluq. La tendance qu'on observe, c'est que les universités vont se spécialiser. L'idée est de travailler sur ses forces plutôt que de développer les mêmes cours que les autres.» Pour illustrer son propos, M. Noël évoque le cas de l'Université du Québec à Rimouski, qui n'a rien à craindre de la concurrence des autres universités québécoises, étant la seule à offrir un baccalauréat en océanographie.

Martin Noël aimerait ainsi amener les universités québécoises à collaborer davantage, de sorte qu'un même cours d'introduction à la micro-économie, par exemple, ne soit pas mis en œuvre par les 18 universités québécoises séparément. Une redondance coûteuse, puisque le développement d'un cours à distance coûte entre 75 000 et 200 000 $ à la Téluq.

Le patron de la Téluq souhaiterait qu'un étudiant puisse aller chercher les compétences dont il a besoin dans plusieurs universités différentes et les combiner pour obtenir un bac ou une maîtrise par cumul. «Présentement, lorsqu'un étudiant s'inscrit à un cours dans une autre université, c'est une perte de revenu, même si ce cours n'est pas offert chez nous, dit M. Noël. Je pense qu'on va dans cette direction, mais l'enjeu, c'est la formule de financement et la reconnaissance des acquis.»

Alan Shepard, recteur de l'Université Concordia, abonde dans le même sens. Selon lui, les universités réagiront à la concurrence accrue en formant des alliances internationales qui permettront aux étudiants de choisir dans une gamme de cours beaucoup plus vaste : «Les universités feront probablement comme les lignes aériennes qui ont formé des alliances internationales, comme Star Alliance, de manière à donner plus de choix à leurs étudiants.»

Les autres grandes universités québécoises contactées pour ce reportage n'ont pas donné suite à notre demande d'entrevue.

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