Un bon leader doit avoir l'âme d'un poète

Publié le 27/10/2010 à 11:26, mis à jour le 28/10/2010 à 12:31

Un bon leader doit avoir l'âme d'un poète

Publié le 27/10/2010 à 11:26, mis à jour le 28/10/2010 à 12:31

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Hamlet est l’une de vos pièces favorites. Que peut-elle nous enseigner sur la difficile dynamique du leadership contemporain?

Une des choses les plus remarquables à propos de Hamlet, c’est la façon dont la pièce vous amène à vous demander : «Et si tout ça n’avait aucune importance…» Shakespeare n’affirme pas que c’est le cas, ni le contraire. Il vous invite simplement à vous poser la question, ce qui est en soi assez troublant.

La pièce est une magnifique version amplifiée d’un conflit que tout le monde doit affronter à certains moments de sa vie. Un conflit particulièrement vif chez les hommes d’âge mûr : dès qu’ils commencent à se sentir «le maître du jeu», ils sont confrontés à la dure réalité de leur propre mortalité. Quand on sent la mort approcher, on doit se poser de grandes questions. «Qu’est-ce que le bonheur, compte tenu que je vais disparaître un jour? Qu’est-ce qu’il y a derrière tout ça? Etc. »

Idem pour les dirigeants d’entreprise, qui doivent se poser le même genre de questions : «À quel stade sommes-nous? Quels changements se produisent autour de nous et risquent de rendre nos produits ou nos services désuets? Etc. » Ce sont là des questions courageuses qu’il faut se poser, que l’on soit un leader ou non.

Il y a de lourdes conséquences à «regarder passer les saisons» sans modifier son comportement. Pensez-y en termes d’évolution. Nos ancêtres devaient être très conscients de leur environnement pour savoir ce qu’ils pouvaient en tirer. S’ils se mettaient à suivre les traces d’un animal qui ne passe plus par là depuis six semaines, ils s’exposaient à de graves ennuis. De la même façon, nous devons savoir à quelle période de notre vie nous en sommes, et connaître le cycle de vie de nos produits. Si l’un d’eux arrive en fin de vie, inutile de s’entêter. La décision de cesser de fabriquer un produit peut être aussi courageuse que celle d’en fabriquer un nouveau.

Vous croyez que chacun de nous gère constamment «trois mariages». Que voulez-vous dire par là?

Chacun de nous gère, en fait, trois histoires d’amour : une avec notre propre vocation; une avec un compagnon ou une compagne, qu’on a ou qu’on espère trouver; et la troisième, la plus difficile, c’est une relation avec une créature complexe : soi-même. Comme le conjoint ou la vocation, la personne que nous sommes change constamment, et nous devons nous redécouvrir à différentes étapes de notre vie.

L’élément le plus important à propos de ces trois mariages, c’est qu’ils ne sont pas négociables : on ne peut prendre quelque chose à l’un pour le donner à l’autre. Tout ce qu’on peut faire, c’est établir une conversation entre chacun des trois mariages. Pensez-y d’une façon pratique. Si votre conjointe vous demande d’abandonner quelque chose qui vous tient à cœur dans votre travail, ça risque de saboter votre relation. Vous lui en voudrez parce qu’il vous manquera quelque chose, le centre de vos propres pouvoirs créatifs. Par la suite, vous exigerez peut-être d’elle, à grands renforts de menaces émotives, de vous donner le sentiment de satisfaction que vous n’obtenez plus de vous-même.

Comment vos clients réagissent-ils à ce concept des trois mariages?

La réponse classique est la suivante : «Je vais m’occuper de ces autres parties de ma vie dans une dizaine d’années, quand j’aurai assez d’argent». Mais comme je le dis dans mon livre, le geste de se rendre au travail n’est pas un processus passif. Il sert à construire votre identité et, durant le processus, vous risquez d’oublier les deux autres parties de vous-même, vos deux autres mariages. Après 10 années, vous serez peut-être trop effrayé par les autres formes d’engagement. Vous aurez peut-être perdu le portrait d’ensemble parce que vous aurez construit votre identité autour d’une dimension restreinte de vous-même.

Je travaille beaucoup dans le monde financier, où plusieurs personnes sont liées par des menottes dorées, ou par la peur démesurée de diminuer même modestement leur train de vie. La bonne nouvelle, c’est que les hommes et les femmes les plus dévoués à l’égard de leur travail peuvent consacrer la même énergie à la connaissance de soi, et qu’ils s’intéresseront alors en profondeur aux autres parties d’eux-mêmes jusque-là négligées.

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