Quelles sont les intentions des employeurs québécois en 2016?


Édition du 30 Janvier 2016

Quelles sont les intentions des employeurs québécois en 2016?


Édition du 30 Janvier 2016

Par Olivier Schmouker

[Photo : Shutterstock]

Au Québec, 9 entreprises sur 10 recruteront du personnel en 2016. Et elles ont la ferme volonté d'offrir surtout des emplois stables et à temps plein. C'est ce qui ressort d'un sondage exclusif mené par l'Ordre des conseillers en ressources humaines agréés (CRHA) en partenariat avec le journal Les Affaires, portant sur les intentions de recrutement des employeurs québécois cette année. Un sondage qui indique, de surcroît, les compétences à maîtriser pour décrocher ces nouveaux emplois.

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L'emploi pourrait-il connaître cette année une nouvelle embellie au Québec ? Il semble bien que oui, si l'on en croit les résultats du sondage. De fait, 91 % des entreprises sondées prévoient embaucher durant l'année qui commence, en offrant, plus d'une fois sur deux, un poste permanent et à temps plein.

«C'est là un signe très encourageant, tant pour les employeurs que pour les candidats à un nouvel emploi. Encourageant, parce qu'il indique que les entreprises sentent que l'économie du Québec se porte mieux depuis quelques mois, à tel point qu'elles s'apprêtent à se renforcer pour en tirer profit au plus vite», dit Olivier Cuilleret, associé, recrutement et services conseils RH, du cabinet montréalais de chasse de têtes Fauve & Associés.

En 2015, l'emploi au Québec avait augmenté de 1,2 %, une hausse «entièrement attribuable au travail à temps plein» qui s'était «produite surtout dans les quatre premiers mois de l'année», selon Statistique Canada. En décembre, le taux de chômage s'établissait encore à 7,8 %, soit au dessus de la moyenne canadienne (7,1%).

L'envers de la médaille ? Une concurrence plus exacerbée que jamais entre les employeurs, comme l'explique Alexandre Dumouchel, conseiller, développement des compétences, de l'Ordre des CRHA : «Une telle volonté d'embaucher signifie que les entreprises vont toutes redoubler d'efforts pour dénicher la perle rare et, en particulier, tenter de la débaucher chez l'un de leurs concurrents. Les employeurs devront donc être actifs non seulement pour recruter, mais aussi pour conserver leurs talents dans leurs rangs», dit-il.

Où va-t-il, par conséquent, y avoir le plus d'action en 2016 ? Essentiellement dans deux catégories d'emploi : «production et opération» (37 %) et «professionnel et cadre intermédiaire» (36 %). C'est-à-dire dans les équipes au front, celles au premier rang de la production et de la vente des biens et des services de l'entreprise. «C'est là que les besoins en main-d'oeuvre qualifiée se font d'ores et déjà les plus criants, et donc là où la lutte sera la plus chaude dans les mois à venir», souligne Francine Sabourin, directrice, développement de la profession, de l'Ordre.

Des besoins criants, mais surtout difficiles à satisfaire. C'est que les exigences des entreprises sont de plus en plus élevées : pour rester en tête du peloton, il leur faut viser des objectifs de plus en plus audacieux, ce qui ne peut se faire qu'avec des employés à la fois talentueux et engagés. Une rareté, démographie oblige (les baby-boomers partent massivement à la retraite, tandis que la relève arrive au compte-goutte sur le marché du travail) : «Un exemple frappant est celui des pharmaceutiques. Elles ont aujourd'hui un mal fou pour recruter tous les jeunes prodiges dont elles ont besoin, si bien que nombre d'entre elles lorgnent actuellement à l'étranger pour pourvoir leurs postes ouverts», illustre Sandrine Théard, consultante, formation et recrutement, du cabinet-conseil montréalais La Source humaine.

L'avantage de la marque employeur confirmé

C'est bien simple, les entreprises québécoises reçoivent en moyenne 40 candidatures par poste ouvert. Un nombre qui peut sembler gros à première vue, mais qui dissimule en réalité une grande disparité : les entreprises qui disent avoir peu de difficultés à pourvoir des postes en reçoivent en général 62, tandis que celles qui éprouvent vraiment de la difficulté en ont 26. C'est que certaines disposent d'un atout : une marque employeur.

«Avoir une véritable marque employeur est un atout considérable, sans l'ombre d'un doute. Pourquoi ? Parce que ça envoie le signal aux candidats potentiels que l'entreprise se souciera vraiment du bien-être professionnel de la personne recrutée. Attention toutefois à une chose : une marque employeur, ça s'entretient. C'est d'ailleurs beaucoup pour ça que, parmi les entreprises dotées d'une marque employeur, une sur dix dit avoir malgré tout du mal à embaucher», indique Francine Sabourin, de Ordre des CRHA.

Entretenir sa marque employeur ? «Ça veut dire, par exemple, faire travailler ensemble les services des RH et du marketing afin de mettre au point le message qui traduira l'expérience de vie que l'on peut avoir à l'intérieur de l'entreprise. Et surtout, veiller à ce que la promesse de ce message soit tenue, sans quoi la déception sera immense, d'un côté comme de l'autre», ajoute M. Dumouchel. Et M. Cuilleret de donner une image lumineuse à ce sujet : «Quand je pense au fail d'une marque employeur, je songe toujours à cette scène du film La grande séduction, lorsque les habitants de Sainte-Marie-la-Mauderne tentent de faire vivre au médecin les joies de la pêche à la ligne et ne trouvent rien de mieux que de lui faire attraper un poisson... congelé ! D'un seul coup, tout s'écroule. Bonne chance, par la suite, pour corriger le tir...»


«Le CV est mort et enterré !»

Plus de recrutement possible sans le Web. Les chiffres sont implacables : 90 % des entreprises affichent leurs postes vacants sur des sites d'offres d'emplois ; 81 % se servent des médias sociaux pour déceler la perle rare ; ou encore, 72 % tiennent scrupuleusement à jour la section Carrière de leur site Web. «Pour les TPE [très petites entreprises] comme pour les PME [petites et moyennes entreprises], afficher un poste sur le site d'Emploi-Québec est vraiment pertinent. Parce que ça touche directement la cible. Et puis, parce que c'est simple et gratuit», dit Sandrine Théard, de La Source humaine, pour expliquer l'engouement pour les sites d'offres d'emplois.

Olivier Cuilleret, de Fauve & Associés, poursuit : «Le CV est mort et enterré ! Plus personne, ou presque, ne s'en sert aujourd'hui. Tout le monde utilise LinkedIn pour trouver la crème de la crème», lance-t-il, en précisant que «LinkedIn est beaucoup plus qu'un service de CV en ligne, c'est un puissant moteur de recherche pour les employeurs comme pour les personnes à la recherche de nouvelles opportunités professionnelles».

Cela étant, le sondage met au jour une tendance émergente, à savoir les tentatives croissantes de trouver la perle rare... sans passer par le Web !

Quelques entreprises pionnières (1 sur 10 parmis celles sondées) semblent en effet miser franchement sur le réseau de relations de leurs employés pour déceler les candidats potentiels les plus intéressants. «Cette donnée est intéressante, en ce sens qu'on n'en est qu'au début d'une vague appelée, je crois, à gagner en importance dans les prochaines années. En effet, des études récentes sur les nouvelles générations - Y et Z - montrent que la relève s'appuie beaucoup plus que les autres sur leur réseau pour surmonter une difficulté ou pour trouver un emploi. À suivre, donc...», estime Francine Sabourin, de l'Ordre des CRHA.

Un signe ne trompe pas pour ce qui est de l'importance à venir de cette tendance émergente : les compétences les plus prisées actuellement par les employeurs ont toutes trait à la faculté de la recrue de grandir en harmonie au sein de l'écosystème qu'est l'entreprise. Autrement dit, à sa capacité à s'intégrer et à évoluer au sein de son nouveau réseau de relations - les membres de sa nouvelle équipe, son nouveau patron, ses nouveaux clients, etc.

De fait, 62 % des entreprises considèrent que la principale compétence que doit avoir un candidat, c'est l'aisance à travailler en équipe, à collaborer avec les autres, quels qu'ils soient. Une habileté qui surclasse même les compétences techniques (57 %). De même, elles apprécient grandement ceux qui savent s'adapter à n'importe quel contexte, et donc aux mutations de leur écosystème (34 %), ceux qui aiment communiquer avec la clientèle (32 %) ou ceux qui jouissent d'indéniables habiletés relationnelles (27 %).

«Pour décrocher un poste, il ne suffit plus d'être compétent. Il faut avant tout avoir le réflexe de compter davantage sur les autres que sur soi pour atteindre ses objectifs, et donc arrêter de penser "individuel" pour se mettre à penser "collectif". Ce qui est un changement de paradigme par rapport à l'univers de travail qu'ont connu les baby-boomers et la génération X», affirme Alexandre Dumouchel, de l'Ordre des CRHA.

Bref, les employeurs québécois veulent embaucher cette année, mais avant tout des personnes au profil très particulier : le candidat idéal, à leurs yeux, est celui qui aime travailler en équipe, qui est doué dans ce qu'il fait, qui est à l'aise avec les autres, notamment les clients, et enfin qui sait plier sans rompre lorsque la situation l'exige. Autrement dit, 2016 pourrait bien sourire à ceux qui brillent par leur intelligence et leur agilité.

Source : sondage Les Affaires - Ordre des conseillers en ressources humaines agréés ; compilation des données, Antoine Letellier

40 pour 1 : En moyenne, les employeurs reçoivent 40 candidatures par poste à pourvoir.

Un effet indéniable de la marque employeur

› 9 entreprises sur 10 estiment que leur marque employeur les aide dans leur recrutement.

› 1 entreprise sur 3 recourt à une marque employeur.

› Ces entreprises-là reçoivent en moyenne 12 candidatures de plus par poste à pourvoir par rapport à celles qui n'en ont pas.

Méthodologie

Ce sondage a été mené par l'Ordre des conseillers en ressources humaines agréés, en partenariat avec Les Affaires. Y ont répondu 151 professionnels de la gestion des ressources humaines et des relations industrielles - CRHA et CRIA - les plus haut placés dans leur organisation. Il a été effectué en ligne du 5 au 22 novembre 2015. À noter que, puisque le sondage a été mené en ligne, le calcul d'une marge d'erreur ne s'applique pas. La synthèse des données a été effectuée par Antoine Letellier.

Source : sondage Les Affaires - Ordre des conseillers en ressources humaines agréés ; compilation des données par Antoine Letellier


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