Entrepreneuriat: conquérir le monde, pas un must pour les Y

Publié le 16/02/2015 à 06:28

Entrepreneuriat: conquérir le monde, pas un must pour les Y

Publié le 16/02/2015 à 06:28

Photo: Shutterstock

Voir grand pour son entreprise reste l’exception même chez la génération Y au Québec, pourtant perçue comme ambitieuse et ouverte sur le monde. Une étude de l’Université Laval pour le compte de la Caisse de dépôt et de placement du Québec montre en effet que seulement 10% des entrepreneurs participants envisagent de faire de leur entreprise un acteur de classe mondiale.

«Ce n’est pas une valeur incarnée. Et ce serait souhaitable qu’il y ait davantage d’entrepreneurs qui veuillent bâtir une entreprise de classe mondiale, mais souvent, les gens de la génération Y veulent quelque chose de pas trop gros, qu’ils peuvent gérer eux-mêmes et avoir tout le pouvoir décisionnel», remarque la professeure Maripier Tremblay, de la Chaire en entrepreneuriat et innovation de la Faculté des sciences de l’administration de l’Université Laval.

L’étude a été menée auprès de 143 entrepreneurs de 20 à 46 ans (les X et Y) et 167 entrepreneurs de 47 à 68 ans (babyboomers). L’échantillon restreint n’est pas statistiquement infaillible, reconnaît la chercheure, mais il permet de dégager des tendances et d’identifier des besoins. Des groupes de discussions ont aussi permis d’approfondir certains aspects du questionnaire.

Outiller pour la pédagogie entrepreneuriale

Le peu d’attrait pour les marchés étrangers amène la Chaire de recherche à recommander davantage de soutien à l’étape du démarrage d’entreprise, l’accès facile à des services conseil et à des mentors. De même, si le nombre de formations en entrepreneuriat a explosé ces dernières années, tant dans les écoles secondaires, les cégeps et les universités, il y aurait intérêt à mieux coordonner ces formations, de manière à partager une philosophie commune, ou à tout le moins pouvoir offrir une complémentarité.

«Il y a aussi une expertise à partager et à développer. Il faut être outillé pour la pédagogie entrepreneuriale. Ça prend plus de synergies et de cohérence», estime Mme Tremblay.

La formation (autre qu’en gestion) est d’ailleurs perçue par les Y (21-37 ans) comme l’élément facilitant le plus l’entrepreneuriat – ce qui marque une rupture avec les X (38-47 ans), qui considèrent que le principal élément est la confiance.

«Contrairement aux X qui sont arrivés dans un marché de l’emploi difficile, les Y sont nés dans la confiance; ils ont foi en leurs moyens, naturellement. Donc, ça leur donne un potentiel entrepreneurial très fort. Mais puisque c’est acquis pour eux, leur défi est d’aller chercher de la formation», souligne Mme Tremblay.

Plus scolarisés et à l'aise face à l'échec

De fait, les Y sont plus scolarisés que leurs prédécesseurs. Alors que 16% des répondants de la génération X n’ont atteint que le diplôme d’étude secondaires, seulement 3% des Y était aussi peu scolarisés. Et 36% des Y ont un baccalauréat, tandis que c’est 25% chez les X.

«Il y a de bonnes nouvelles, car on a des jeunes qui sont intéressés par l’entrepreneuriat, ils sont scolarisés et ont souvent une formation en gestion. Comme on sait que ceux qui ont ce type de formation sont plus susceptibles d’atteindre la rentabilité et de bâtir des entreprises de plus grande taille, c’est une signe intéressant», remarque la professeure Tremblay.

Elle ajoute que les jeunes entrepreneurs sont très ouverts à aller chercher de l’aide, à demander conseil, tandis que les babyboomers ont souvent mené leur barque en solo, percevant la demande d’aide comme l’aveu d’un manque de compétence ou de capacités.

L’étude de l’Université Laval montre par ailleurs que les Y ont un rapport à l’échec complètement différent des babyboomers, pour qui cela était honteux.

«Le quart des répondants de la génération Y mettent l’accent sur le plaisir, le style de vie. Ils sont dans les projets. Le tiers d’entre eux a plus d’une entreprise et l’entreprise représente une expérience. Si elle ne fonctionne pas, ils feront autre chose», note Mme Tremblay, ajoutant que les Y ont plus d’intérêt à démarrer une entreprise qu’à en reprendre une qui existe. D’ailleurs, 30% des répondants ont l’intention de démarrer une autre entreprise au cours des cinq prochaines années.

Les Y travaillent tout autant (en moyenne 50 heures par semaine) que les entrepreneurs des autres générations, mais dans un cadre plus flexible.

 

 

 

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