Les petites résidences pour aînés en mode survie


Édition du 08 Avril 2017

Les petites résidences pour aînés en mode survie


Édition du 08 Avril 2017

Par Claudine Hébert

La résidence Villa des Violettes, à Mont-Laurier, accueille 12 locataires.

En 2009, on recensait plus de 2 200 résidences pour aînés au Québec. Aujourd'hui, on en compte 1 840. Et le resserrement n'est pas terminé, soutient Yves Desjardins, président du Regroupement québécois des résidences pour aînés (RQRA). «Si le gouvernement n'assouplit pas ses cadres règlementaires, 300 autres résidences, pour la plupart situées dans les régions rurales du Québec, vont disparaître d'ici 2020», avertit-il.

Des formations et des dizaines de certifications désormais obligatoires, un code du bâtiment devenu le même pour toute résidence peu importe le nombre d'unités, obligeant l'installation de gicleurs, d'un système d'alarme relié à une centrale, de portes coupe-feu... «En soi, toute cette réglementation n'est pas mauvaise. Au contraire, notre industrie, comme plusieurs autres secteurs, devait se professionnaliser. Résultat ? Les cow-boys, qui n'étaient là que pour l'investissement et non pour le bien-être des aînés, ont quitté le marché», poursuit M. Desjardins. Et la tragédie de L'Isle-Verte, dit-il, est encore fraîche dans les mémoires. «On veut éviter que ça se reproduise.»

Mais voilà, plus de la moitié des résidences privées pour aînés (1 140) comptent moins de 50 chambres, et 650 d'entre elles en comptent même moins de 10. «Toutes ces nouvelles mesures ont pour effet d'étouffer des centaines de propriétaires de petites résidences qui ont très peu d'aide, très peu de ressources, ne serait-ce qu'un prêt de la part de leur institution financière, pour subvenir aux travaux, aux achats d'équipements et aux besoins de leur entreprise», concède M. Desjardins.

Propriétaire de deux petites résidences de sept et de neuf chambres à Senneterre, en Abitibi-Témiscamingue (Soleil et Arc-en-ciel, et Soleil sur La Belle), Sylvie Chabot-Roy a frappé, l'an dernier, à la porte de toutes les institutions financières de sa région. Elle avait besoin d'un prêt de 110 000 $ pour la mise à niveau d'un de ses immeubles, un ancien presbytère qu'elle a transformé en résidence. «Seule la Société d'assurance-dépôts du Canada [SADC] a accepté de m'accorder ce prêt... à un taux de plus de 7 %», dit-elle. Elle a aussi pigé dans ses REER.

Claire Normand, une jeune quinquagénaire préposée aux bénéficiaires, soutient s'être offert le plus beau cadeau de sa vie en achetant la résidence Bois de Rose, à Nicolet, en 2011. Un cadeau de 1,4 million de dollars. Pourtant, elle avoue avoir pleuré pendant les trois premières années suivant l'acquisition. «C'était la dixième résidence que je visitais. J'ai eu le coup de foudre pour cette entreprise de 31 unités réservées exclusivement à des personnes souffrant d'Alzheimer, dit-elle. Cependant, une fois le contrat signé, j'ai appris que la résidence n'était pas conforme aux nouvelles règlementations. J'ai dû verser 360 000 $ pour mettre à niveau la résidence. Ce n'était pas du tout prévu au budget.»

Et cette entrepreneure, qui gère maintenant 27 employés, a aussi appris qu'une résidence, ça ne s'achète pas sans l'avoir visitée de fond en comble. «L'ancienne proprio craignait d'insécuriser les familles des résidents et le personnel, alors j'ai eu droit à une visite sommaire de la résidence. Je lui ai fait confiance. Erreur. Une fois les clés en main, j'ai découvert que les matelas étaient complètement usés et devaient être remplacés. Tout comme les deux congélateurs. Heureusement, ces investissements ont été remboursés», raconte-t-elle.

Pas de répit

Les propriétaires de petites résidences ont aussi peu de répit. La plupart habite les lieux afin d'en assurer la surveillance. Du coup, le «sept jours sur sept, 24 heures sur 24» devient leur horaire. C'est le cas de Julie Dubé, 44 ans, propriétaire de la Maisonnée du Mieux-Être, à Saint-Alexandre-de-Kamouraska, depuis l'été 2016. «Ça me prend absolument une personne détenant une certification Principes pour le déplacement sécuritaire des bénéficiaires (PDSB) sur place pendant mon absence. Pourtant, mes huit locataires sont autonomes.» Heureusement que sa mère, ex-préposée aux bénéficiaires, peut venir surveiller la maison lorsque Julie Dubé doit aller faire l'épicerie à Rivière-du-Loup.

Ce besoin de surveillance constant soulève un autre problème. Tout le personnel doit maintenant être certifié, y compris un bénévole qui voudrait assurer la surveillance pendant l'absence de la propriétaire. Le gros bémol, explique Mme Dubé, c'est qu'il faut payer cette certification et les heures de l'employé durant sa formation. «Et rien ne garantit que cet employé, une fois formé, demeurera avec l'entreprise. En fait, plusieurs résidences profitent actuellement de la situation. Elles offrent un salaire horaire plus élevé aux travailleurs formés aux frais d'une autre. Ne serait-ce que 50 cents de plus. Du coup, on perd notre main-d'oeuvre... et notre investissement», décrit Julie Dubé.

Et la rentabilité ?

Les petites résidences peuvent difficilement ajuster le coût de location aux frais qui leur sont présentement imposés. À Senneterre, Sylvie Chabot-Roy estime que les soins et les services offerts à sa clientèle valent amplement 2 000 $ par mois, mais c'est impossible de demander un tel prix. Du moins, pas en Abitibi. «La plupart de mes locataires, principalement des veuves, peinent à payer des loyers de 1 250 $ et de 1 450 $ de mes deux résidences. Leur chèque de pension ne suffit pas. Par conséquent, c'est moi qui écope. Depuis que j'ai acheté ma première résidence en 2012, je ne me suis versé aucun salaire. Le seul avantage est que mon entreprise me permet d'être logée et nourrie. Pour le reste, je dois me fier aux chèques de pension que mon conjoint et moi recevons», soutient la propriétaire de 65 ans, qui souhaite pouvoir tenir le fort le plus longtemps possible.

À ce propos, les propriétaires vieillissent eux aussi. On commence à voir des locataires plus jeunes que leurs propriétaires. À Mont-Laurier, à la résidence Villa des Violettes, l'un des 12 locataires est d'un an le cadet du propriétaire Gilles Doré, âgé de 70 ans. Et bien que celui-ci commence à songer à la retraite, les acheteurs ne font pas la file.

Le RQRA multiplie actuellement les représentations auprès du gouvernement pour qu'on donne une chance aux propriétaires de petites résidences privés qui s'accrochent malgré tout, qui veulent venir en aide aux aînés de leur village. «Chaque fois qu'une petite résidence ferme ses portes, les aînés qui y étaient hébergés sont généralement transférés dans un CHSLD. Faut-il rappeler que chaque lit en CHSLD coûte en moyenne 7 000 $ par mois au gouvernement, soit cinq fois plus que ce que paie un locataire en résidence privée ? Il y aurait avantage à aider les petites résidences en milieu rural et à assurer leur survie», conclut M. Desjardins.

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