Québec ne touchera pas aux baisses d'impôt d'Ottawa


Édition du 05 Juillet 2014

Québec ne touchera pas aux baisses d'impôt d'Ottawa


Édition du 05 Juillet 2014

Par Stéphane Rolland

« Si j’avais un seul souhait à formuler, c’est que les excédents soient utilisés pour stimuler l’économie », estime le ministre des Finances, Carlos Leitao.

Si Ottawa allège l'impôt des Canadiens, le gouvernement Couillard laissera cet argent entre les mains des Québécois. Carlos Leitao n'a pas l'intention d'occuper l'espace fiscal libéré par le fédéral, a dit le nouveau ministre des Finances du Québec, en entrevue éditoriale avec Les Affaires.

«Je ne pense pas que ça serait approprié, répond l'ex-économiste en chef de la Banque Laurentienne. D'autant plus que l'objectif du gouvernement fédéral est d'alléger le fardeau fiscal des contribuables.»

À moins d'un changement de cap inattendu, le gouvernement conservateur annoncera des baisses d'impôt dans son prochain budget, juste à temps pour l'élection prévue à l'automne 2015. Le ministère des Finances prévoit un surplus de 6,5 milliards de dollars pour l'exercice 2015-2016. Aux prises avec une croissance économique décevante, Québec, pour sa part, projette des compressions de 2,7 G$ cette année et de 3,2 G$ l'année suivante afin de revenir à l'équilibre budgétaire.

Prudent, M. Leitao répète à deux reprises qu'il ne veut pas dire à son homologue fédéral «quoi faire». «Mais, si j'avais un seul souhait à formuler, c'est que les excédents soient utilisés pour stimuler l'économie, avance-t-il. Cela pourrait se faire de deux façons : en réduisant le fardeau fiscal des contribuables et en augmentant les dépenses dans les infrastructures.»

Une nouvelle taxe sur le carbone ?

En entrevue, l'élu semble avoir laissé ses nouveaux habits de politicien chez le tailleur. Le député de Robert-Baldwin, un château fort libéral de l'ouest de l'île de Montréal, conserve le ton professoral qu'il avait lorsqu'il commentait l'actualité économique dans les médias en tant qu'économiste de la Banque Laurentienne.

Le ministre devra mettre à profit ses qualités de pédagogue lorsque viendra le moment de défendre la nécessité de «moderniser» la fiscalité. En décembre, la commission spéciale sur la fiscalité dirigée par le professeur Luc Godbout proposera au gouvernement des pistes pour entreprendre sa réforme.

M. Leitao donne en exemple la possibilité d'adopter une taxe sur le carbone. «Une avenue dans laquelle je n'aurais peut-être pas dû me lancer en entrevue», dit-il sur un ton moqueur en regardant son attaché de presse du coin de l'oeil. «Au point de vue écologique, si on veut vraiment changer les comportements, une taxe sur le carbone est un moyen qui est très efficace et très équitable.»

Protection des sièges sociaux

Les libéraux ont renoncé à utiliser le Fonds des générations pour protéger les sièges sociaux québécois contre une offre d'achat non sollicitée, confirme Carlos Leitao en entrevue, en réponse à une question portant sur l'absence de cet engagement électoral dans le premier budget du gouvernement Couillard. Après réflexion, M. Leitao s'est rendu compte qu'il n'était pas «approprié de changer» la mission du Fonds des générations, qui constitue un contrepoids à la dette publique.

Les ressources du Fonds du développement économique et d'Investissement Québec pourraient être mises à profit pour contrer une offre d'achat non sollicitée sur un fleuron du Québec inc. Quelle est la capacité financière de ce bouclier ? M. Leitao garde son jeu fermé afin de ne pas créer de remous sur les marchés financiers. «C'est délibéré, admet-il. Plus c'est ambigu, mieux c'est.»

Sur le même sujet, il faudra patienter avant de connaître le sort des recommandations du rapport d'expert sur la protection des sièges sociaux, commandé par le précédent gouvernement. Avant le déclenchement des élections, le ministre Nicolas Marceau avait dit souhaiter modifier «rapidement» la Loi sur les sociétés par actions (LSAQ) afin de donner au conseil d'administration des moyens de se protéger d'une offre d'achat non sollicitée.

Même s'il estime que le rapport est «assez complet», M. Leitao se donne plus de temps pour digérer son contenu. D'abord, il veut s'assurer que les changements législatifs proposés ne donneront pas d'arguments à Ottawa pour revenir à la charge avec son projet de commission unique des valeurs mobilières. Puis, le ministre s'inquiète de la réputation du Québec auprès des marchés financiers. «On ne veut pas que toutes les actions des sociétés québécoises fassent l'objet d'un escompte en Bourse en raison d'une loi perçue comme trop protectionniste par les investisseurs», prévient le ministre des Finances.

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