Au tour de Pauline Marois d'envisager un beau risque


Édition du 22 Février 2014

Au tour de Pauline Marois d'envisager un beau risque


Édition du 22 Février 2014

En 1984, René Lévesque, alors premier ministre souverainiste du Québec, s'engage à soutenir le chef du parti conservateur canadien, Brian Mulroney, lors des élections fédérales prévues pour l'automne. Le Parti québécois a perdu le référendum de 1980 sur l'indépendance du Québec et il se demande comment gérer la suite. Brian Mulroney suggère de travailler à réformer le fédéralisme. René Lévesque propose alors à ses troupes, qui finiront cependant par se rebeller, le «beau risque», c'est-à-dire de dévier de la ligne de parti pour récolter quelques gains concrets en faisant contre mauvaise fortune bon coeur.

Trente ans plus tard, c'est au tour de la première ministre, Pauline Marois, de dévier de ce qui fut la position du PQ lors des dernières élections - pas de pétrole, pas davantage de Plan Nord - pour injecter 115 millions de dollars de fonds publics dans l'exploration des possibles gisements pétroliers à Anticosti.

C'est vrai que des risques, il y en a beaucoup. Mais le pire risque serait d'élever l'ignorance au rang de stratégie. Et de faire du surplace en restant dans l'ignorance. Voilà pourquoi on peut à tout le moins saluer cet engagement du gouvernement à aller vérifier si le potentiel pétrolier d'Anticosti est réel. Après, le cas échéant, on décidera quoi en faire.

J'ai bien dû passer au fil des ans quatre ou cinq mois sur le sol d'Anticosti. Un relevé de la Caisse populaire de Port Menier en témoigne encore... J'ai parcouru de long en large cette île, longue et sauvage. À l'époque, elle était convoitée pour ses saumons, ses chevreuils et ses arbres. Elle recèle peut-être d'autres trésors.

Un engagement peu convaincant

Remarquez, cette soudaine profession de foi du gouvernement actuel n'est que modérément convaincante. Frileux, il a joué la carte du moratoire pour l'uranium et le gaz naturel, alors que son plan de match devrait le pousser à maximiser la capacité du Québec à ne plus dépendre du reste du pays. Il change maintenant de ton. «Tu veux ou tu veux pas ?» disait la chanson.

De plus, il engage plus de 100 M$ de fonds publics dans des programmes d'exploration qui auraient dû être pris en charge par des entreprises privées, quitte à ce qu'on perçoive un jour des redevances. On comprend, et de un, qu'elles n'ont pas les reins assez solides, et de deux, que le gouvernement est pressé de modifier son image. Et on n'est même pas certain de la rentabilité de l'exercice.

Dans un texte publié il y a exactement trois ans dans Les Affaires, mon collègue Jean-Paul Gagné écrivait : «Sur les trois puits forés l'été dernier à l'île d'Anticosti par Petrolia et Corridor Resources, on n'a trouvé des indices de pétrole que dans une carotte extraite d'un seul puits. Shell avait aussi trouvé des indices lors des 10 forages qu'elle y avait effectués avant qu'elle n'abandonne ses permis».

Pas grand-chose n'a changé depuis. En d'autres termes, si on veut au moins savoir ce qu'il en est, il faudra sonder, sonder et sonder. Les quelque 190 M$ prévus (privés et publics) ne suffiront certainement pas. Il faudra en allonger beaucoup d'autres.

Une manoeuvre électorale ?

L'autre option n'est pas enthousiasmante : ne rien faire, ce qui finit par alimenter toutes sortes de spéculations débridées. Une d'entre elles veut que le sous-sol d'Anticosti recèle 46 milliards de barils de pétrole. Admettons que ce soit le cas, même si rien n'est prouvé. Le gouvernement dit jouer de prudence en évaluant à 5 % la proportion de ce pétrole qui pourrait être extrait dans des conditions réalistes. C'est ce qui lui permet de rêver à des retombées de 45 milliards de dollars sur 30 ans, si le prix du baril se maintient au moins à 100 $.

Ce ne serait alors pas l'Arabie ni l'Alberta, mais une production de ce niveau rapprocherait sensiblement le Québec du rêve d'une certaine indépendance énergétique. Et le poids important du gouvernement dans les partenariats qui viennent d'être conclus devrait permettre aux travaux de se dérouler en toute transparence.

Évidemment, le projet suscite déjà de l'opposition. Le gouvernement Marois met de l'avant depuis des mois son objectif d'électrifier les transports, et le voilà qui se lance dans l'exploration pétrolière ! Sauf qu'il s'est rendu compte entre-temps que ce passage d'un mode à un autre ne se produira pas du jour au lendemain et qu'en attendant, le Québec paie 14 G$ par année pour s'approvisionner à l'étranger. Cette fuite de capitaux fait mal.

Imaginons que nous ayons vraiment du pétrole et que nous puissions devenir autosuffisants... C'est à ce moment que la discussion deviendra véritablement intéressante. Espérons pour l'instant que les avancées des derniers jours soient autre chose qu'une manoeuvre de diversion électoraliste.

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