Résolu accusée de brimer la liberté d'expression dans le New York Times

Publié le 22/11/2016 à 11:48

Résolu accusée de brimer la liberté d'expression dans le New York Times

Publié le 22/11/2016 à 11:48

Par François Normand

Extrait de la publicité signée par plusieurs organismes et publiée dans le New York Times du 16 novembre.

La tension monte entre Produits forestiers Résolu (RFP, Toronto) et des groupes environnementaux. Dans une publicité publiée le 16 novembre dans le New York Times, 80 organismes accusent l'entreprise québécoise de brimer la liberté d'expression avec sa poursuite de 100 millions de dollars américains contre Stand.earth et Greenpeace.

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Le 31 mai, l'entreprise québécoise –qui a des usines au Canada et aux États-Unis– a intenté une poursuite pour «manoeuvres frauduleuses» devant un tribunal américain, en Géorgie, contre Greenpeace international, Greenpeace USA, Greenpeace Fund inc., Stand (auparavant ForestEthics), ainsi que des dirigeants de ces organisations.

Résolu leur reproche de la désigner comme étant responsable de la destruction de la forêt boréale, de provoquer la destruction du caribou forestier, d'appauvrir les Amérindiens de la forêt boréale, et de compromettre la capacité de la forêt à atténuer les changements climatiques.

La poursuite de Résolu aux États-Unis a été effectuée en vertu de la loi anti-racket (RICO), une législation qui a été créée pour lutter contre les activités criminelles (au départ pour poursuivre la mafia), fait remarquer Greenpeace Canada dans un courriel à Les Affaires.

«Cela signifie que la poursuite est beaucoup plus qu’une poursuite de diffamation, car Résolu accuse des organisations qui luttent pour l’environnement d’être des organisations criminelles», déplore l'organisme.

Le noeud du problème

La toile de fonds de ce conflit découle de la perte par Résolu de sa certification environnementale FSC (Forest Stewardship Council), en 2013, et ce, pour deux territoires de coupe dans la région du Lac-Saint-Jean.

Cette certification internationale donne l'assurance que les produits issus de la forêt (bois, papier, etc.) proviennent de territoires aménagés de manière responsable.

Greenpeace a dénoncé Résolu pour la perte de sa certification, en faisant notamment des pressions auprès des clients de la papetière québécoise, dont Best Buy. La multinationale a par la suite changé sa politique d'approvisionnement en papier et a mis fin à sa relation avec Résolu.

Cette dernière a toujours affirmé que la perte de sa certification n'était pas liée à ses pratiques forestières, mais plutôt à d'autres facteurs: les négociations territoriales avec les Cris et les Innus et le strict respect du plan de rétablissement du caribou forestier du gouvernement du Québec.

Dans la publicité publiée dans le New York Times, les 80 organismes, dont la Fondation David Suzuki et la California Environmental Justice Alliance, affirment que la réaction de la papetière est une tentative pour museler le débat public, en tentant de criminaliser la campagne de groupes environnementaux contre les pratiques de Résolu.

«Tenter de convaincre les tribunaux des États-Unis de qualifier la défense de l'environnement comme une entreprise criminelle constitue un précédent dangereux», écrivent les organismes.

Selon eux, cette stratégie menace non seulement les efforts pour protéger la forêt boréale, mais aussi le droit fondamental de la liberté d'expression garanti par le premier amendement de la constitution des États-Unis.

Résolu dit défendre sa réputation

Jointe par Les Affaires pour commenter cette publicité, Résolu affirme que sa poursuite de 100 M$US ne vise pas à brimer la liberté d'expression, mais plutôt à défendre sa réputation qui est injustement attaquée.

«Notre réputation est importante, les travailleurs sont importants et les communautés sont importantes, souligne le porte-parole Karl Blackburn, au siège social de l'entreprise à Montréal. C'est pour cette raison qu'on prend les mesures nécessaires pour se défendre.»

Resolu rejette en bloc les quatre choses qu'on lui reproche, soit la destruction de la forêt boréale, la destruction du caribou forestier, l'appauvrissement des Amérindiens et de compromettre la capacité de la forêt à atténuer les changements climatiques.

«La forêt boréale québécoise et canadienne est soumise à l'un des régimes forestiers qui est le plus strict dans le monde. Alors, ce n'est pas vrai de dire que cette forêt est menacée», affirme Karl Blackburn.

Selon lui, l'entreprise respecte les règles «les plus sévères» en matière de foresterie.

«Nous ne pouvons pas aller sur des territoires qui ne nous sont pas octroyés. C'est le forestier en chef, au Québec, entre autres, qui les détermine», dit-il, en précisant que c'est le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs qui accorde les autorisations et les permis nécessaires.

Par ailleurs, la protection du caribou forestier est de la responsabilité du gouvernement québécois, souligne Karl Blackburn. «On applique le plan qui est préparé par le gouvernement du Québec. D'aucune façon on ne contrevient aux règles et aux lois», dit-il.

Enfin, même si elle a perdu sa norme FSC sur deux territoires au Lac-Saint-Jean, l'entreprise affirme qu'elle est la deuxième plus importante détentrice de cette norme en Amérique du Nord.

«On a réussi à renouveler la norme sur plusieurs territoires, principalement au Québec», affirme Karl Blackburn. Selon lui, tous les territoires où Résolu a des activités sont certifiés sous une ou plusieurs formes de certification telles que la SFI (Sustainable Forestry Initiative), la CSA (Canadian Standards Association) ou la FSC.

 

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