Six mois après la légalisation du cannabis, le marché noir résiste

Publié le 16/04/2019 à 10:40

Six mois après la légalisation du cannabis, le marché noir résiste

Publié le 16/04/2019 à 10:40

Par AFP
Boîte de cannabis

(Photo: Getty Images)

Prix en hausse, offre insuffisante, files d’attente : six mois après la légalisation du cannabis récréatif au Canada, les consommateurs continuent de se tourner majoritairement vers le marché noir, que les autorités promettent d’assécher d’ici quelques années.

« Je continue d’acheter auprès de mon “dealer” parce que le prix du cannabis légal est scandaleux », confie John, un trentenaire d’Ottawa, rencontré par l’AFP à deux pas d’une boutique officielle qui vient d’ouvrir dans son quartier. 

« Il y a clairement encore des problèmes dans la chaîne d’approvisionnement », reconnaissait jeudi Bill Blair, le ministre chargé par Justin Trudeau de réaliser cette promesse phare de son premier mandat à la tête du pays. 

Promesse tenue le 17 octobre dernier, lorsque le Canada est devenu le deuxième pays au monde à légaliser le cannabis récréatif, cinq ans après l’Uruguay.

Six mois plus tard, files d’attente et pénuries continuent de rythmer le quotidien des magasins de vente au détail, publics ou privés selon les provinces, seules boutiques avec pignon sur rue habilitées à vendre le cannabis. Les derniers en date, des succursales privées, ont ouvert leurs portes début avril en Ontario, qui jusqu’alors devait se contenter de commandes sur internet.

« Mais (...) nous constatons chaque mois des progrès dans l’éradication du marché illégal », ajoutait M. Blair. 

Tarir le marché noir était l’un des objectifs affichés de cette légalisation controversée, qui faisait notamment craindre à ses opposants une recrudescence des accidents routiers dus à la conduite sous emprise du cannabis. Des craintes qui ne se sont jamais matérialisées, selon les responsables de la police.

Beaucoup cependant reste à faire pour assécher le marché illégal : pour les trois derniers mois de 2018, il continuait de se tailler la part du lion, avec près de 80 % des ventes (1,2 milliard de dollars canadiens), selon Statistique Canada.

Les ventes légales ne représentaient que 21 % des parts de marché (307 millions de dollars canadiens).

Ces chiffres tiennent également compte des ventes de cannabis thérapeutique, légal au Canada depuis 2001, mais qui ne représentent qu’une infime partie du total.

Facture salée

La pénurie d’herbe, dans un pays où 15 % de la population en consomme, s’explique en partie par le lourd processus d’attribution des licences de production imposé par le ministère fédéral de la Santé.

Autre explication avancée : le peu de temps, moins de quatre mois, dont les producteurs existants ont disposé entre l’adoption de la loi et sa date d’entrée en vigueur.

Résultat, le prix moyen du cannabis séché au Canada a augmenté de plus de 17 % depuis la légalisation, à 8,04 dollars par gramme, estime Statistique Canada.

Mais la facture s’avère encore plus salée pour les consommateurs s’approvisionnant légalement : ils paient leur gramme d’herbe en moyenne 57 % plus cher qu’au marché noir, où les prix ont même baissé depuis octobre.

« Je paie le même prix pour le pot que j’achète de ce gars-là depuis dix ans », explique John à Ottawa, ne voyant aucune raison de changer ses habitudes. « Cela n’a aucun sens ».

À Montréal, Anna Kagadeeva n’est pas du même avis. « Ça m’a pris du temps avant que je vienne en boutique parce qu’on me disait que c’était long, qu’il n’y avait pas beaucoup de choix... » 

Cette jeune femme y vient maintenant la plupart du temps, car elle trouve cela plus pratique et facile que de passer par un revendeur.

« La situation de l’approvisionnement s’améliore de semaine en semaine », et elle sera « très significative vers la fin du printemps », anticipe de son côté Fabrice Giguère, porte-parole de la Société québécoise du cannabis (SQDC), qui a passé cet hiver des contrats avec six nouveaux fournisseurs, dont la production ne cesse d’augmenter.

Au Québec, « notre objectif, c’est d’aller chercher 30 % du marché noir d’ici fin octobre », dit M. Giguère, la SQDC pariant sur 70 % des parts de ce même marché dans cinq ans.

 


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