Existe-t-il un type d'immigrant «juste» ?

Offert par Les Affaires


Édition du 16 Septembre 2017

Existe-t-il un type d'immigrant «juste» ?

Offert par Les Affaires


Édition du 16 Septembre 2017

Laura O’Laughlin est économiste principale au cabinet de consultation Groupe d’analyse.

Les Canadiens, tant au Québec que dans le reste du Canada, ont longtemps compris que notre croissance économique, notre stabilité et notre bien-être dépendent de notre capacité à attirer les immigrants plus jeunes pour renforcer la main-d'oeuvre, contribuer à la société et payer des impôts. Ces contributions sont nécessaires pour le maintien du niveau de vie de notre société, qui vieillit rapidement.

Cependant, les Canadiens ne sont pas à l'abri du scepticisme vis-à-vis des communautés d'immigrants. Deux mythes, notamment, liés à l'immigration et à ses effets économiques, n'ont aucun rapport avec la réalité du Canada.

Le premier mythe : les immigrants déstabilisent les quartiers parce que le crime augmente dans les secteurs où ils emménagent. Dans un sondage demandant aux Canadiens ce qu'ils pensent de l'association entre immigration et criminalité, environ 43 % des gens ont répondu que l'immigration empirait le crime, alors que près de 21 % des participants ont jugé que l'immigration aidait à le diminuer. Le reste (36 %) tombait au milieu, pensant sans doute que ce facteur n'a aucune influence sur le taux de crime. Ces résultats ont des échos dans un autre sondage, qui montre que le soutien canadien à l'immigration tend à s'affaisser à l'échelle locale. Même si plus des deux tiers des répondants à une enquête pancanadienne croient que l'immigration est positive pour le Canada (72 %) et pour leur province (67 %), seulement la moitié (52 %) pensent qu'elle a un impact positif sur leur quartier. Cela s'explique peut-être en grande partie par la peur de l'augmentation du crime.

Cette peur n'a pourtant aucun fondement. Une étude récente, qui tient compte des données du recensement et des statistiques sur la criminalité, montre clairement que seulement 21 % des Canadiens ont l'heure juste quant à la relation qui existe entre l'immigration et le crime. Plus spécifiquement, une augmentation de 10 % d'immigrants récents ou d'immigrants établis dans un quartier diminue de 2 % à 3 % le taux de criminalité de la propriété.

Le deuxième mythe : il faut accueillir davantage d'immigrants «riches» parce que les immigrants en général «prennent» plus en services qu'ils ne «contribuent» à l'économie par l'intermédiaire des gains et des impôts.

Certes, les immigrants - et surtout les réfugiés - ont souvent besoin de plusieurs années de soutien pour apprendre le français ou l'anglais, pour maîtriser les compétences requises et pour obtenir des diplômes pertinents sur le plan local. Néanmoins, même dans la première année de résidence, les immigrants de la classe réfugiés ont déclaré plus de revenus en moyenne (20 000 $) que les immigrants de la classe investisseurs (18 000 $).

L'image à moyen terme n'est pas différente. Cinq ans après l'arrivée au pays, seulement 39 % des immigrants de la classe investisseurs déclarent un revenu au Canada. Ce pourcentage est de 66 % dans le cas des immigrants de la classe réfugiés, proportion égale à la moyenne canadienne (67 %).

Ensemble, ces résultats indiquent que le système de «pointage» favorisant les immigrants ayant le bon âge, un ensemble de compétences et des ressources financières adéquates marche plus ou moins bien. En effet, cette méthode ne semble pas infaillible, car les immigrants de classe investisseurs, en dépit de toutes leurs ressources, contribuent finalement moins à la société canadienne que ceux de la classe réfugiés, qui arrivent avec très peu de ressources.

La politique d'immigration canadienne qui est peut-être la plus importante est de faciliter l'intégration économique des immigrants. En leur donnant la possibilité de travailler rapidement au Canada, peu importe leur statut, le Canada favorise les liens entre les immigrants et leur pays d'adoption, crée une cohésion sociale et oriente les individus et les familles vers l'indépendance.

Avec ce tableau global de la situation, on comprend qu'il y a très peu de raisons économiques de se faire du souci au sujet des répercussions de l'immigration.

*L’auteure est immigrante.

EXPERTE INVITÉE
Laura O'Laughlin est économiste principale au cabinet de consultation Groupe d'analyse. Elle est aussi fondatrice de l'Institut des générations, un organisme sans but lucratif qui s'intéresse à l'équité entre les générations.


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