Enjeu 3 - L'Ebola et d'autres maladies infectieuses

Offert par Les Affaires


Édition du 20 Décembre 2014

Enjeu 3 - L'Ebola et d'autres maladies infectieuses

Offert par Les Affaires


Édition du 20 Décembre 2014

Les virus mortels posent des risques particuliers aux transporteurs aériens : doivent-ils continuer de desservir un pays touché par la maladie ?

Avec au-delà de 6 800 victimes sur un total de 18 464 cas enregistrés jusqu’à maintenant, l’épidémie de fièvre hémorragique Ebola en Afrique de l’Ouest constitue actuellement l’un des problèmes de santé publique les plus préoccupants pour les transporteurs aériens.

Lire tous les enjeux : Ce qui empêche les compagnies aériennes de dormir

Sa propagation rapide, en particulier au-delà des frontières de la Guinée, où le virus a éclaté, a posé et continuera de poser des défis logistiques, éthiques, stratégiques et économiques de la plus haute importance pour l’industrie aérienne, considérée comme un vecteur majeur de propagation.

« Contrairement au siècle dernier, un virus peut aujourd’hui, grâce à l’aviation, migrer et atteindre n’importe quelle destination dans le monde en moins de 24 heures », rappelait récemment Karl Weiss, chef du Département de maladies infectieuses et microbiologie médicale de l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont, à Montréal. Le médecin s’exprimait ainsi dans l’enceinte de l’OACI, dans le cadre d’un colloque organisé par l’Université du Québec à Montréal.

Un transporteur doit-il continuer de desservir un pays touché par la maladie ? Doit-il accepter de transporter ses ressortissants, au risque, même minime, de contaminer les autres passagers ou ses propres employés et de contribuer ainsi, en principe, à la diffusion du virus ailleurs sur la planète ?

De plus, comment réagir à la pression internationale ? À celle des organismes humanitaires qui demandent le maintien des services ? À celle de sa clientèle habituelle qui déserte en masse ses services par crainte de contamination ? Ou encore à celle d’un gouvernement mal informé, qui songerait à interdire à un avion de se poser sur son territoire, sous prétexte qu’il aurait déjà servi dans un pays infecté ?

Ces questions, bien réelles, ne sont pas simples. Et les réponses encore moins. Parlez-en à Geert Sciot, vice-président aux communications de Brussels Airlines, qui a choisi jusqu’à présent de maintenir tant bien que mal ses services dans les régions touchées de l’Afrique de l’Ouest.

« Nous avons beaucoup de soutien des pays concernés, admet M. Sciot. Mais si l’on tient compte de tous les défis qu’une telle décision entraîne, sur tous les plans, tant en ce qui concerne notre personnel, les passagers que le fret, et cela sans compter les impacts sur le marketing, je suis obligé d’avouer que ce n’est pas facile. Il serait sans doute plus facile de faire comme tout le monde et de cesser de desservir ces pays. »

À l’évidence, tous n’ont pas le même entêtement que le transporteur belge. Actuellement, le nombre de sièges en provenance ou à destination du Libéria, le pays comptant actuellement le plus de morts déclarés des suites d’Ebola, a baissé de plus de 80 % par rapport à il y a un an.

Le problème, les dilemmes posés ne sont pourtant pas nouveaux, rappelle Claude Thibeault, conseiller médical pour le compte de l’IATA. Si l’industrie doit composer avec le virus Ebola aujourd’hui, les mêmes questions se sont posées en 2009 avec la pandémie d’influenza H1N1, et en 2003 avec l’éclosion du SRAS à Hong Kong et en Chine. Le cas de la destruction des centrales nucléaires de Fukushima au Japon a aussi placé les compagnies aériennes dans une impasse semblable, rappelle le médecin.

Soulignant que l’industrie aérienne ne pourrait jamais se prétendre experte en santé, Claude Thibeault insiste pour dire qu’elle doit néanmoins faire partie de la solution. « Même si le risque zéro est impossible, un minimum de préparation, de coordination et de coopération entre chacun des intervenants du milieu – y compris ceux de l’aviation – s’avère essentiel pour permettre aux transporteurs de continuer de desservir les zones touchées en temps de crise.»

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Notre journaliste a été reçu par l’IATA à l’occasion de son Global Media Day, événement tenu à Genève le 10 décembre.

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