«Le pire séisme géopolitique depuis les attentats du 11 septembre 2001» - Ian Bremmer, d'Eurasia Group


Édition du 08 Mars 2014

«Le pire séisme géopolitique depuis les attentats du 11 septembre 2001» - Ian Bremmer, d'Eurasia Group


Édition du 08 Mars 2014

Par François Normand

L'intervention militaire de la Russie en Ukraine est le pire «séisme géopolitique» depuis les attentats du 11 septembre 2001, selon l'analyste américain Ian Bremmer, président et fondateur de la firme Eurasia Group, spécialisée dans la gestion du risque géopolitique pour les multinationales. Dans un entretien à Les Affaires, il explique comment cette crise peut toucher les entreprises et les investisseurs étrangers dans cette région du monde.

Les Affaires - Pourquoi l'intervention russe en Ukraine constitue-t-elle selon vous le plus important séisme géopolitique depuis le 11 septembre 2001 ?

Ian Bremmer - Le ministre britannique des Affaires étrangères, William Hague, a déclaré que la situation en Ukraine est «la plus grande crise» à laquelle l'Europe fait face au 21e siècle. Cette crise est en effet très importante dans une perspective globale. Pourquoi ? Parce qu'elle est directement liée à des enjeux de sécurité et de conflits transfrontaliers politique et économique, qui risquent de provoquer une escalade majeure dans une partie stratégique et sensible du monde. Et qu'il s'agit d'une confrontation directe de grandes puissances entre elles. La crédibilité de l'Europe, des États-Unis et des dirigeants de la Russie sont en jeu, et les enjeux en cause sont très élevés.

L.A. - Quels sont les risques auxquels s'exposent les entreprises qui investissent ou qui font des affaires dans cette région du monde ?

I.B. - Pour les multinationales présentes en Russie, il y a peu de nouveaux risques plus importants que ceux auxquels elles faisaient déjà face avant la récente crise en Ukraine. Bien entendu, nous assistons actuellement à des liquidations d'actifs financiers en Russie. Mais en ce qui a trait aux conditions d'investissement, il est peu probable que d'éventuelles sanctions coordonnées par les puissances occidentales changent la donne économique dans ce pays. En revanche, c'est une tout autre histoire en Ukraine, où la crise pourrait causer de sérieux problèmes. Il y a un risque important de défaut de paiement du gouvernement ukrainien, sans parler du fait que le commerce pourrait même être carrément interrompu si la Russie continuait d'agir militairement en Ukraine.

L.A. - Que peuvent faire les entreprises ou les investisseurs pour réduire leurs risques ?

I.B. - Il est impératif de limiter son exposition à l'Ukraine dans la mesure du possible, de même qu'aux oligarques [la classe dominante liée au gouvernement], considérés comme proches du gouvernement russe et qui pourraient voir leurs avoirs gelés ou leurs déplacements limités. Toutefois, le risque fondamental, c'est de savoir si la Russie envahira l'est de l'Ukraine. Bien que ce scénario soit peu probable, le président russe Vladimir Poutine ne restera pas les bras croisés si l'on assiste à une flambée de violence contre les Russes en Ukraine orientale. Si Poutine ordonne un déplacement des opérations militaires au-delà de la Crimée, il y aura des impacts économiques majeurs, y compris une menace pour l'intégrité des principaux oléoducs de l'Ukraine.

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