Les nouvelles routes de la soie chinoises


Édition du 20 Août 2016

Les nouvelles routes de la soie chinoises


Édition du 20 Août 2016

Par Matthieu Charest

Pendant que les Québécois s'adonnent à leur sport national, zigzaguer entre les cônes orange, la Chine bouge. Et vite. Afin de relancer son économie, Beijing investit des dizaines de milliards de dollars américains dans le projet One Belt, One Road. Un mégaprojet d'infrastructure, à la fois politique et économique, qui recèle des occasions d'affaires en or pour les entrepreneurs canadiens.

Il s'agit de deux corridors, l'un maritime, l'autre terrestre, qui permettront à la Chine d'ouvrir de nouvelles voies pour exporter et asseoir son autorité en créant des liens avec des dizaines de pays sur trois continents. Du Sri Lanka au Kenya, jusqu'en Europe. De nouveaux ports, aéroports, barrages hydroélectriques, autoroutes et voies ferrées, notamment, sont prévus. Le tout financé en bonne partie, avec 100 G$ US de capital initial, par la nouvelle Banque asiatique d'investissement pour les infrastructures (BAII), qui est partiellement contrôlée par le gouvernement chinois - il possède environ 30 % des parts, selon l'AFP. Parmi les autres pays qui ont contribué au capital de la BAII, on retrouve l'Inde (8,4 %), la Russie (6,5 %), l'Allemagne (4,5 %) et la France (3,4 %).

«S'ils veulent maintenir leur croissance, ils doivent investir», affirme Huhua Cao, professeur de géographie à l'Université d'Ottawa. Même si la croissance du PIB annuel chinois a de quoi faire saliver les pays occidentaux, elle ralentit. De 14,2 % en 2007, elle sera de 6,45 % en 2017, prévoit la Banque mondiale.

«C'est une priorité pour la Chine, poursuit M. Cao. Et cette idée lancée en 2013 aide au passage Xi Jinping, qui cumule les fonctions de président et de secrétaire général du Parti communiste. Il a beaucoup de problèmes à l'interne, son style autoritaire "à la Mao" déplaît.»

Après des décennies de développement effréné, la Chine a non seulement atteint «une surcapacité de production dans tous les domaines, mais a aussi accumulé beaucoup de capitaux», explique Zhan Su, professeur de stratégie et de management international et titulaire de la Chaire Stephen-A.-Jarislowsky en gestion des affaires internationales à l'Université Laval. «[Les nouvelles routes de la soie], c'est un projet très sensé. Toutefois, les Américains et les Japonais ne sont pas très enthousiastes. Ça menace leur hégémonie.»

Malgré les réticences américaines, plusieurs pays occidentaux veulent se joindre à la BAII. Le Royaume-Uni et l'Australie, pour ne nommer que ceux-là, ont déjà manifesté leur intérêt, selon un rapport produit par The Economist Intelligence Unit.

Pourtant, les Canadiens se font discrets. «Nous n'en profitons vraiment pas assez ! Nous ne sommes pas assez à l'affût des occasions d'affaires qui découleront du projet One Belt, One Road», se désole M. Cao.

«Nous avons tout ce qu'il faut pour en bénéficier. Nous avons de bonnes relations avec la Chine et nous possédons beaucoup d'expertises, dans les infrastructures par exemple, qui sont très recherchées là-bas.»

Mais le gouvernement fédéral veut ménager la chèvre et le chou, soit profiter des volontés titanesques de Beijing, tout en maintenant ses relations privilégiées avec les États-Unis. «Nous sommes un peu menottés, dit M. Su. Nous dépendons beaucoup des Américains. Mais le Canada affichant un déficit commercial, il ne faut surtout pas boycotter les initiatives chinoises. Ça ne fait aucun doute, il y a plusieurs occasions d'affaires intéressantes à explorer dans ce projet.»

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