Les risques du prêt levier

Publié le 10/06/2015 à 09:00, mis à jour le 14/06/2015 à 08:03

Les risques du prêt levier

Publié le 10/06/2015 à 09:00, mis à jour le 14/06/2015 à 08:03

«Pour faire de l’argent, il faut dépenser de l’argent», dit l’adage. Des investisseurs vont même jusqu’à dépenser de l’argent emprunté pour s’enrichir. Intéressant ou non, le prêt investissement? Lumière sur une pratique que l’Institut canadien des valeurs mobilières (ICVM) estime «audacieuse».


Imaginez l’offre séduisante suivante: pour 30 000$ à investir, une personne pourrait obtenir un prêt levier de 60 000$ qui lui permettrait d’injecter 90000$ dans un fonds commun de placement dont le rendement est, par exemple, de 10% par année. À la fin de l’année, il obtiendrait un gain de 9000$, avant le coût d’emprunt (90 000 $ X 10 %). Le gain net après les frais d’intérêt (à un taux de 7 %) serait donc de 4 800$ (9 000$ - (60 000$ X 7%)). Tout ça, en ne levant pas le petit doigt.


Vous vous frottez alors les mains en vous félicitant de votre sens des affaires. Si, pour certains, il s’agit d’une bonne stratégie, pour d’autres, cette «audace» pourrait bien se retourner contre eux et créer un effet de levier vers le bas.


Pour choisir cette avenue, il vous faut évaluer combien d’argent vous perdrez dans la pire des éventualités, plutôt qu’analyser combien vous gagnerez dans la meilleure…


Le profil idéal… et les autres


« Le prêt investissement n’est pas conçu pour monsieur et madame Tout-le-monde contrairement à d’autres prêts levier comme le prêt REER, précise Pierre-Marc Fontaine, conseiller principal, Information financière au Fonds FMOQ. L’investisseur type qui utilise cette voie possède un portefeuille constitué presque à 100 % d’actions, une bonne connaissance des marchés financiers et une tolérance au risque élevée. »


Et la raison en est simple : en plus d’avoir une situation financière aisée et un certain revenu, l’emprunteur ne doit pas avoir un niveau d’endettement élevé, comme il doit avoir la capacité de rembourser le prêt. Selon l’Autorité des marchés financiers, un prêt pour l’achat de placements ne devrait jamais dépasser 30 % de vos dettes et 50 % de vos liquidités, libres de dettes.


Pour en valoir la peine, un tel prêt requiert un horizon de placement à moyen ou à long terme, soit de 5 à 10 ans. « Si vous êtes le genre à paniquer lorsque vous n’avez pas connu le rendement espéré pour vos titres dans l’année, ce véhicule n’est pas adapté pour vous », prévient Pierre-Marc Fontaine.


Votre institution financière pourrait aussi exiger que vous remboursiez immédiatement une partie ou la totalité du prêt en cas de baisse de la valeur de vos titres. Et c’est sans compter que les taux d’intérêt peuvent varier. Combinés à un moins bon rendement, cela pourrait grandement nuire à votre capacité de rembourser.


Bémol à l’attrait fiscal


La déductibilité des intérêts d’emprunt, voilà qui allèche tout investisseur dont le revenu est imposé à un taux élevé. Des nuances doivent toutefois être apportées.


Au Québec, il est impossible de déduire plus d’intérêts que le revenu reçu. Si pour un prêt de 100 000 $ à un taux d’intérêt de 3 %, vous devez payer 3 000 $ en intérêts, mais n’avez obtenu qu’un revenu de 1000 $, la différence de 2000 $ ne pourra pas être déduite dans l’année, mais bien reportée dans les années futures. « Si un placement ne m’apporte jamais plus de revenus que ce que j’en ai payé, je ne pourrai donc jamais profiter de cette déduction d’intérêts », mentionne le conseiller principal au Fonds FMOQ.


La situation personnelle constitue enfin un autre frein à l’utilisation d’un prêt investissement. Un emploi récent, des enfants en bas âge, un divorce… Tous ces éléments doivent être évalués avant de prendre une décision aussi lourde de conséquences.


 

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