Le cycle des émotions


Édition du 20 Mai 2017

Le cycle des émotions


Édition du 20 Mai 2017

On dit que le génie est constitué de «1 % d'inspiration et de 99 % de transpiration». Je crois que le contrôle de ses émotions est tout aussi important pour l'investisseur qui veut réussir en Bourse. Bien sûr, il faut posséder les notions de base afin d'évaluer le titre d'une société. Mais si c'étaient les seuls prérequis, tous les comptables et les évaluateurs agréés seraient des millionnaires boursiers. La capacité de bien gérer ses émotions est, à mon avis, la qualité plutôt rare qui sépare les bons investisseurs des investisseurs ordinaires.

Vous pourrez trouver l'illustration qui accompagne cette chronique un peu partout sur Internet. Il reste que, avec les années, je la trouve de plus en plus pertinente. Elle explique une foule de phénomènes qui se sont produits en Bourse au cours des dernières décennies.

Cette illustration me rappelle la citation de Sir John Templeton : «Les marchés haussiers naissent dans le pessimisme, progressent dans le scepticisme, atteignent la maturité dans l'optimisme et meurent dans l'euphorie».

De l'euphorie à la dépression

Prenez le temps d'analyser les diverses étapes qui marquent le parcours de la courbe des émotions. On part de l'état d'optimisme et on évolue tranquillement vers l'état d'euphorie. Serions-nous présentement quelque part entre ces deux états dans le marché boursier ? À ce stade, les rendements boursiers sont favorables depuis un certain temps et les investisseurs sont généralement optimistes quant aux perspectives du marché. Puis, avec le temps, on approche de ce que j'appellerais l'emballement (thrill, en anglais), pour éventuellement atteindre le paroxysme du risque financier, l'«euphorie».

C'est généralement à ce moment que surviennent les corrections ou les krachs boursiers. Il est assez bizarre que les marchés trouvent presque toujours le moyen de faire un maximum de victimes... Après une telle correction, par exemple en 2009, les investisseurs passent au stade de l'anxiété, puis au déni. À ce stade, bon nombre se disent toujours des investisseurs à long terme et se convainquent que la correction ne sera que temporaire. Puis, alors que le marché poursuit sa correction, vient la crainte... Suivie du désespoir et de la panique - tout le monde semble vouloir sortir par les mêmes portes. C'est ainsi que des titres jusqu'alors très liquides deviennent des titres illiquides, car il n'y a plus beaucoup d'acheteurs. Enfin, viennent la capitulation et le découragement. Non seulement de nombreux investisseurs vendent-ils leurs placements boursiers, mais ils se disent qu'«ils ne s'y feront plus jamais prendre».

C'est aussi à peu près à ce stade que le marché représente la meilleure occasion d'investissement. Les évaluations sont très faibles par rapport aux évaluations historiques du marché et les aubaines foisonnent. Je pense notamment à 2009-2010 où à peu près n'importe quel titre était une belle occasion d'achat pour l'investisseur assez courageux pour regarder plus loin que le trimestre suivant. Bien entendu, pour profiter des occasions à ce stade, il faut être courageux, car le sentiment général est très négatif.

Où nous situons-nous sur la courbe ?

Il est possible de se situer approximativement sur la courbe des émotions boursières, mais on ne peut pas vraiment savoir quand nous passerons d'une étape à l'autre. Sans pouvoir arrêter un positionnement exact sur la courbe, force est d'admettre que nous ne sommes pas en période de capitulation, de découragement ou de dépression, mais plutôt quelque part dans la portion ascendante. À cet égard, il y a toujours des occasions dans le marché, mais elles se font plus rares.

Autre point important, la courbe des émotions touche des titres spécifiques et même des secteurs entiers, peu importe où le marché boursier se situe sur la courbe des émotions. C'est ce qui explique qu'il y ait toujours des occasions d'achat dans le marché boursier, même si ce dernier est bien évalué. Et que dire des titres de sociétés spécifiques ? Il y a pratiquement tous les jours des titres qui connaissent leur propre marché baissier, alors même que les indices fracassent de nouveaux records.

Pour réussir en Bourse, il faut avant tout maîtriser ses émotions et rester calme face à l'euphorie ou à la dépression ambiante. Pour l'investisseur qui recherche des aubaines, il est bon de comprendre le cycle des émotions que les investisseurs éprouvent inéluctablement. Ce sont les émotions qui produisent les occasions pour les investisseurs rationnels.

EXPERT INVITÉ

Philippe Le Blanc, CFA, MBA, est président et chef des placements chez COTE 100, une boutique de gestion de portefeuille. Il est également éditeur de la Lettre financière de COTE 100, publiée mensuellement depuis 1988.

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